Ce mardi 12 mai 2026, Bruxelles a vu défiler une véritable marée humaine. Selon les syndicats, plus de 75.000 personnes ont manifesté dans les rues de la capitale pour dénoncer les politiques d’austérité, la pression sociale grandissante et les attaques contre les droits sociaux.
Mais réduire cette mobilisation à une simple manifestation syndicale serait une erreur.
Car dans les rues de Bruxelles, quelque chose sautait immédiatement aux yeux : cette colère dépasse aujourd’hui largement le cadre des organisations syndicales.
Bien sûr, les drapeaux de la FGTB, de la CSC et de nombreux secteurs professionnels étaient très présents. Travailleurs du non-marchand, enseignants, cheminots, employés, ouvriers, personnel de santé ou fonctionnaires ont répondu massivement à l’appel du front commun syndical.
Mais autour des syndicats, une autre mobilisation s’est imposée.
Des associations de terrain, des collectifs citoyens, des militants associatifs, des groupes de lutte contre la pauvreté, des organisations engagées dans le logement, la santé, l’aide sociale ou encore la défense des droits humains étaient présents tout au long du parcours.
Et surtout, de très nombreux citoyens non syndiqués avaient eux aussi fait le déplacement.
Des familles. Des jeunes. Des pensionnés. Des travailleurs précaires. Des personnes sans engagement politique particulier. Des citoyens simplement inquiets pour leur avenir et celui de leurs proches.
Dans les discussions entendues durant la journée, beaucoup le disaient clairement : “Je ne suis pas syndiqué, mais je suis venu parce que ça devient impossible.” “On ne peut plus continuer comme ça.” “Cette fois, ça concerne tout le monde.”
Cette présence citoyenne importante donne à cette mobilisation une dimension particulière. Elle montre qu’aujourd’hui, le malaise social dépasse les structures traditionnelles de contestation.
Le coût de la vie, les difficultés à finir les fins de mois, les inquiétudes sur les pensions, les économies dans les services publics, la crise du logement, l’accès aux soins ou encore le sentiment d’abandon politique touchent désormais une partie beaucoup plus large de la population.
Dans les cortèges, les slogans parlaient autant de survie que de revendications sociales :
“On travaille plus pour vivre moins.”
“Nos pensions ne sont pas un luxe.”
“La solidarité n’est pas une dépense.”
“Les riches deviennent plus riches pendant qu’on compte chaque euro.”
Le monde associatif était particulièrement visible dans cette manifestation. Beaucoup d’associations dénoncent depuis longtemps l’explosion de la précarité sur le terrain : augmentation des demandes d’aide alimentaire, détresse psychologique, isolement, expulsions, endettement ou encore hausse du sans-abrisme.
Pour plusieurs militants associatifs présents, les politiques actuelles fragilisent toujours davantage les personnes déjà les plus vulnérables.
Dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et du social, les témoignages recueillis parlaient aussi d’un épuisement profond. Burn-out, manque de personnel, perte de sens, surcharge administrative et fatigue générale revenaient constamment dans les discussions.
Mais malgré cette colère, l’ambiance est restée profondément humaine et solidaire durant toute la journée.
Entre chants, pancartes, prises de parole et discussions improvisées, beaucoup avaient le sentiment de participer à quelque chose qui dépasse la simple journée d’action syndicale.
Une mobilisation populaire. Une mobilisation sociale. Une mobilisation citoyenne.
Et peut-être surtout un signal envoyé au monde politique.
Car si 75.000 personnes ont pris les rues de Bruxelles ce 12 mai, beaucoup se demandent désormais jusqu’où pourrait grandir cette contestation si les inquiétudes sociales continuent de s’aggraver.
Une chose semblait en tout cas claire dans les rues de la capitale : la colère sociale n’appartient plus uniquement aux syndicats.
Elle touche aujourd’hui une partie grandissante de la population.
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À Namur, la cérémonie organisée par la Coalition 8 Mai n’a pas été une simple commémoration historique. Pendant plusieurs heures, associations, syndicats, militantes, artistes et citoyennes ont mêlé mémoire de la Résistance et combats contemporains contre l’extrême droite, le racisme, les exclusions sociales et les violences faites aux femmes.
Dès l’ouverture, les organisateurs ont rappelé le sens profond du 8 mai 1945 : la victoire contre le nazisme et le fascisme en Europe. Mais pour la Coalition 8 Mai, cette date ne doit pas rester figée dans le passé. Elle doit devenir un outil de transmission, de vigilance démocratique et de mobilisation citoyenne. Trois objectifs ont été rappelés : faire du 8 mai un jour férié officiel en Belgique, mieux faire connaître l’histoire de la Résistance belge et alerter sur la montée actuelle des idées d’extrême droite.
Les intervenants ont insisté sur le fait que les idéologies autoritaires ne surgissent jamais du jour au lendemain. Elles progressent à travers les discours de division, la stigmatisation des migrants, les attaques contre les droits sociaux ou encore la banalisation de la haine. Plusieurs prises de parole ont dénoncé certaines politiques actuelles jugées dangereuses pour les libertés publiques et la solidarité sociale.
Les femmes résistantes au centre de la cérémonie
Le thème principal de cette édition était l’hommage aux femmes résistantes, longtemps effacées des récits officiels de la Seconde Guerre mondiale. Les organisateurs ont rappelé que derrière les figures masculines connues de la Résistance existaient des centaines de femmes ayant servi d’agentes de liaison, caché des familles juives, transporté des armes, imprimé des journaux clandestins ou organisé des réseaux de survie.
Tout au long de la soirée, plusieurs intervenantes ont raconté le parcours de résistantes namuroises ou belges.
Marie Mercier, par exemple, tenait un café qui servait de lieu de passage pour les résistants et les personnes traquées par les nazis. Son établissement était devenu un véritable point de résistance clandestin. Après la guerre, elle deviendra la première femme bourgmestre de Gembloux.
Marie-Noël, originaire de Viroinval, distribuait des journaux clandestins, ravitaillait des maquisards et hébergeait des réfractaires avant d’être arrêtée puis déportée à Ravensbrück où elle mourra quelques semaines avant la Libération.
D’autres figures comme Monique de Tisbar, Lucienne Pagès, Simone ou encore Hélène Bidoul ont également été évoquées. Toutes ont connu la prison, la torture, les camps ou la perte de proches. Pourtant, elles ont continué à agir, souvent dans un anonymat presque total après la guerre.
« Femme, vie, liberté »
Un des moments les plus marquants de la soirée a été l’hommage rendu à trois femmes assassinées récemment : Mahsa Amini, Renée Good et Amal Khalil.
Mahsa Amini, jeune Iranienne kurde, morte après son arrestation par la police des mœurs iranienne en 2022, a été présentée comme le symbole d’une résistance féminine mondiale contre les régimes autoritaires. Son nom a rappelé le slogan devenu international : « Femme, vie, liberté ».
Renée Good a été citée comme victime des violences liées aux politiques migratoires américaines et à la militarisation des services d’immigration sous l’ère Trump.
Quant à Amal Khalil, journaliste libanaise tuée dans le sud du Liban alors qu’elle réalisait un reportage, elle a été présentée comme une victime de la guerre et de la répression contre les journalistes couvrant Gaza et le Proche-Orient. Plusieurs intervenants ont dénoncé le silence des gouvernements occidentaux face aux massacres et aux atteintes aux droits humains dans la région.
La mémoire comme acte politique
Hélène de Soute, présidente nationale de la Coalition 8 Mai, a livré un témoignage particulièrement fort en racontant l’histoire de sa mère, entrée dans la Résistance à seulement 17 ans. Torturée par la Gestapo, elle ne dénoncera jamais ses camarades malgré les sévices subis. Son frère sera fusillé par les nazis.
À travers ce récit familial, Hélène de Soute a rappelé que la mémoire n’est pas qu’un devoir historique mais aussi un engagement politique actuel. Selon elle, le fascisme commence souvent par des mots : désigner des boucs émissaires, opposer les pauvres entre eux, attaquer les syndicats, les migrants, les minorités ou les associations.
Elle a insisté sur le fait que la résistance moderne passe aujourd’hui par la solidarité, la défense des droits humains, la culture, l’éducation populaire et le travail associatif.
Résister aujourd’hui : syndicalisme, pauvreté et luttes sociales
La cérémonie a aussi donné la parole à des femmes engagées aujourd’hui dans les luttes sociales.
Des responsables syndicales ont évoqué les difficultés des femmes dans le monde du travail, la montée des discours masculinistes et l’utilisation de la précarité comme terrain fertile pour l’extrême droite.
Des militantes LGBTQIA+, féministes et antiracistes ont rappelé que certaines personnes doivent « résister simplement pour exister ». Une intervenante trans noire a notamment expliqué que vivre, aimer et prendre la parole constitue déjà une forme de résistance dans une société marquée par les discriminations.
Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a également livré un témoignage fort sur les mécanismes d’exclusion sociale et sur la nécessité de construire des résistances collectives face aux politiques qui divisent les pauvres, les travailleurs et les allocataires sociaux.
Une cérémonie entre émotion, mémoire et mobilisation
La soirée a alterné témoignages, lectures, interventions militantes, extraits sonores et moments musicaux comme l’interprétation du Chant des Partisans, repris collectivement dans la salle.
L’événement n’avait rien d’une commémoration figée. Il s’agissait plutôt d’un appel à poursuivre les combats pour la démocratie, l’égalité et la dignité humaine.
Un message est revenu tout au long de la cérémonie :
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Le 8 mai 2026, au Cinex de Namur, la Coalition du 8 Mai organisait une soirée profondément humaine, politique et bouleversante autour d’un thème essentiel : les femmes résistantes d’hier et d’aujourd’hui.
Pendant plus d’une heure et vingt-six minutes, des femmes engagées ont pris la parole pour raconter des parcours de courage, de lutte et de dignité. Des résistantes de la Seconde Guerre mondiale aux militantes d’aujourd’hui, cette soirée a construit un pont entre les générations et rappelé une évidence devenue urgente :
Avant toute chose, il faut le dire honnêtement : ce podcast n’est pas une production studio parfaitement calibrée.
Le son fluctue parfois. Certaines voix sont plus lointaines. Des applaudissements couvrent quelques phrases. Des micros saturent par moments.
Mais cette captation a été réalisée en public, dans les conditions réelles d’une soirée militante et mémorielle. Et finalement, une question traverse tout cet enregistrement :
Qu’est-ce qui compte le plus ? La perfection technique… ou la force des histoires racontées ?
Chez Radio Solidarité, nous avons choisi depuis longtemps notre réponse.
Parce qu’au-delà des imperfections sonores, ce qui ressort de cette soirée, ce sont des paroles puissantes. Des récits qui frappent. Des témoignages qui rappellent que le fascisme, les exclusions et les violences ne sont pas seulement des souvenirs du passé.
Ellen De Soete : « La mémoire est un devoir »
L’un des moments les plus forts du podcast est sans doute le témoignage d’Ellen De Soete, présidente de la Coalition 8 Mai nationale. Elle y raconte l’histoire de sa mère, entrée dans la Résistance à seulement 17 ans à Bruges. Agent de liaison, transporteuse d’armes et de dynamite, elle sera arrêtée et torturée par la Gestapo sans jamais dénoncer ses camarades. Son frère Albert sera fusillé avec 60 autres résistants.
À travers ce récit familial, Ellen rappelle que le fascisme ne commence pas toujours avec des uniformes ou des bottes militaires :
« Le fascisme commence parfois par des mots. »
Des mots qui divisent. Des discours qui opposent les pauvres, les migrants, les minorités ou les syndicats. Des discours qui rendent progressivement l’inacceptable acceptable.
Des résistantes invisibilisées par l’Histoire
Tout au long de la soirée, plusieurs femmes ont présenté le parcours de résistantes belges trop souvent oubliées.
Marie Mercier, résistante communiste, transformait son café en lieu de refuge et de passage clandestin pour les personnes traquées par les nazis. Après la guerre, elle deviendra l’une des premières femmes bourgmestres de Belgique.
Marie-Noël, originaire de Viroinval, cachait des réfractaires, distribuait des journaux clandestins et ravitaillait le maquis avant d’être déportée à Ravensbrück où elle mourra quelques semaines avant la Libération.
Lucienne Pagès, surnommée « la rusée Lully », utilisait l’intelligence, la discrétion et la ruse comme armes de résistance. Son histoire a été reliée aux luttes LGBTQIA+, antiracistes et féministes actuelles par Kira, militante trans noire et migrante.
Monique, Simone, Joséphine, Hélène ou encore Madeleine ont également été mises à l’honneur à travers des témoignages bouleversants mêlant mémoire historique et combats sociaux contemporains.
Résister aujourd’hui : pauvreté, syndicalisme et droits humains
Cette soirée ne s’est jamais limitée à la mémoire du passé.
Chaque intervenante a fait le lien avec les résistances d’aujourd’hui : lutte contre la pauvreté, montée de l’extrême droite, discriminations, violences sociales, racisme, homophobie, transphobie ou destruction des droits sociaux.
Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a livré un témoignage particulièrement fort sur les mécanismes d’exclusion sociale et sur la manière dont certaines politiques désignent les pauvres comme responsables de leur situation.
Elle rappelle que résister, aujourd’hui, c’est aussi défendre le droit à la dignité humaine :
« Ça ira et il y aura un demain. »
De son côté, Malika a présenté son « Escape Game Extrême Droite », un outil pédagogique destiné à sensibiliser les jeunes et les travailleurs aux mécanismes de propagation des idées fascisantes et des discours de haine.
Gaza, migrations, camps et nouvelles formes de fascisme
Impossible également d’ignorer la portée politique de certains témoignages.
Plusieurs intervenantes ont évoqué Gaza, les camps de réfugiés, les politiques migratoires européennes, les violences policières ou encore les nouvelles formes de surveillance et d’enfermement.
Le slam final de Julie Lombé a probablement marqué durablement la salle. Dans un texte d’une intensité rare, elle relie les camps nazis d’hier aux centres fermés, aux politiques migratoires et aux logiques d’exclusion actuelles. Elle rappelle que les mécanismes de déshumanisation existent encore aujourd’hui sous d’autres formes.
Son texte est à la fois une alerte, une colère et un appel à continuer à parler, écrire, créer et résister.
Une soirée de mémoire… mais surtout de transmission
Ce podcast n’est pas seulement un document sonore.
C’est un morceau de mémoire collective. Une archive vivante. Un témoignage politique. Une transmission.
Dans une époque où les idées d’extrême droite progressent partout en Europe, cette soirée rappelle que les résistantes d’hier ne sont pas des statues figées dans les livres d’Histoire.
Elles vivent encore à travers celles et ceux qui refusent aujourd’hui l’injustice, la haine et l’exclusion.
Et comme le rappelle le générique de fin :
« Derrière leurs noms, il y en a des milliers d’autres. »
Cet enregistrement a été réalisé en captation publique. Malgré quelques variations de qualité sonore, nous avons choisi de préserver l’authenticité et la force des témoignages de ces femmes résistantes.
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Je vous propose un édito qui invite à la réflexion. Ensemble, nous prenons un moment pour regarder ce qui se passe dans le monde et essayer de mieux comprendre les grands sujets d’actualité.
L’idée n’est pas seulement de donner mon point de vue, mais aussi de vous faire réfléchir, de vous questionner, et surtout de vous permettre d’en parler autour de vous. Car réfléchir seul, c’est bien, mais réfléchir ensemble, c’est encore mieux.
Dans un esprit solidaire et ouvert, je vous présente chaque semaine un thème qui me touche ou qui fait débat. Ensuite, je développe pourquoi c’est important et ce que cela change pour nous tous, ici et ailleurs.
Alors, prenez un café ou un thé, installez-vous, et laissez-vous guider par cette réflexion du jeudi. Ensemble, faisons vivre la solidarité et le partage des idées.
Partout en Belgique, les associations tirent la sonnette d’alarme.
Les files s’allongent. Les demandes explosent. Et pourtant, les ressources diminuent.
Banques alimentaires, Restos du Cœur, épiceries solidaires… Tous décrivent la même réalité : une précarité qui s’installe durablement.
Donner devient aussi un luxe
Une générosité en recul
Selon plusieurs baromètres publiés ces derniers jours, les dons aux associations sont en baisse en France.
Inflation. Factures. Loyers. Beaucoup de familles doivent déjà choisir pour elles-mêmes.
Alors aider les autres devient plus difficile.
Et ce recul fragilise directement les structures de terrain.
Les bénévoles tiennent… mais jusqu’à quand ?
Derrière chaque distribution alimentaire, chaque maraude, chaque accueil social, il y a des bénévoles.
Des retraités. Des étudiants. Des travailleurs qui donnent du temps malgré leur propre fatigue.
Mais là aussi, les équipes s’essoufflent.
Les associations cherchent de nouveaux relais partout sur le territoire.
La pauvreté change de visage
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que la précarité touche désormais des profils qu’on imaginait protégés.
Des salariés
Des jeunes actifs
Des familles monoparentales
Des retraités modestes
On ne parle plus seulement de survie extrême.
On parle de personnes qui travaillent… mais ne tiennent plus.
Les associations deviennent le dernier rempart
Les structures solidaires compensent ce que beaucoup ne trouvent plus ailleurs : de l’écoute, de l’aide, du lien humain.
Mais elles ne peuvent pas tout absorber.
Quand les besoins augmentent plus vite que les moyens, c’est tout un équilibre social qui vacille.
Et derrière les chiffres, il y a une question simple : que devient une société quand même la solidarité commence à manquer ?
Refuser l’habitude de la détresse
Le danger, c’est l’accoutumance.
Voir des files alimentaires devenir normales. Voir des travailleurs dépendre d’aides pour manger. Voir les associations lancer des appels d’urgence en permanence.
À Radio Solidarité, on refuse cette banalisation.
Parce qu’une société digne ne peut pas fonctionner uniquement grâce à l’épuisement des bénévoles.
Laurent Frémal Radio Solidarité / Solidarité Records
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Pendant que certains parlent de “profiteurs”, de “fainéants” ou “d’assistés”, d’autres parlent simplement de survie. Survivre avec un revenu insuffisant. Survivre avec des loyers impossibles. Survivre entre dettes, convocations administratives, contrôles, exclusions et emplois précaires. Derrière les discours politiques sur “l’effort” et “la responsabilité”, ce sont des milliers de personnes qui vivent chaque jour une réalité faite de privations, d’angoisses et d’humiliations.
Ce 12 mai 2026, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), accompagné des témoins du vécu militant·es et du Belgian Anti-Poverty Network (BAPN), appelle à renforcer le rapport de force face aux politiques d’austérité et aux discours qui banalisent l’injustice sociale.
Le communiqué est clair : pour le RWLP, il est devenu inacceptable de voir la pauvreté traitée comme une fatalité normale ou comme une conséquence individuelle méritée. Derrière les mots employés dans certains discours politiques ou médiatiques, ce sont des êtres humains qui sont désignés comme responsables de leur propre précarité. Une mécanique bien connue qui permet ensuite de justifier les sanctions, les exclusions et les coupes budgétaires.
Le RWLP dénonce notamment une stratégie politique qui consiste à opposer les personnes entre elles : travailleurs contre allocataires sociaux, pauvres contre classe moyenne, précaires contre étrangers. Une manière de détourner l’attention des véritables enjeux économiques et fiscaux.
Car au cœur du débat se trouve une question essentielle : pourquoi affirme-t-on sans cesse qu’“il n’y a plus d’argent”, tout en refusant d’aborder sérieusement la justice fiscale ? Pourquoi l’effort est-il toujours demandé aux mêmes ? Pourquoi les sacrifices concernent-ils systématiquement celles et ceux qui ont déjà le moins ?
Le communiqué rappelle que l’austérité n’est pas neutre. Elle produit des conséquences concrètes : explosion de la précarité, isolement social, détérioration de la santé mentale, fragilisation des familles, décrochage scolaire, perte de confiance dans les institutions et épuisement du tissu associatif.
Mais au-delà des chiffres et des politiques, le RWLP pose aussi une question profondément humaine : qu’est-ce qu’une société qui abandonne une partie de sa population ? Que devient une démocratie lorsque les droits sociaux sont présentés comme des privilèges et non comme des garanties fondamentales ?
Dans un contexte où les discours de haine, de stigmatisation et de division prennent de plus en plus de place, le mouvement rappelle une évidence souvent oubliée : personne ne construit sa vie seul. Les parcours dépendent aussi du logement, de la santé, de l’éducation, des rencontres, du soutien familial, de l’accès aux droits ou encore des opportunités.
Pour cette mobilisation du 12 mai, le RWLP a également choisi une forme originale et visuelle avec deux personnages symboliques : Mme Merit Ocratie et Mme Fait Dumieux Quellepeut. Deux figures volontairement caricaturales pour illustrer les inégalités de départ dans la vie. L’une avance avec tous les privilèges possibles, l’autre tente simplement de tenir debout malgré les obstacles permanents.
Une manière de rappeler que certains naissent “avec le chemin tout tracé”, pendant que d’autres doivent mener un véritable parcours du combattant simplement pour accéder à leurs droits les plus élémentaires.
Le RWLP oppose ainsi à la violence sociale une mobilisation collective mêlant humour, colère, dignité et détermination. Une colère qui ne vise pas les individus, mais un système qui normalise les inégalités et culpabilise les plus fragiles.
Chez Radio Solidarit, cette mobilisation résonne particulièrement. Parce qu’au-delà des slogans, ce sont des réalités humaines que nous rencontrons chaque semaine sur le terrain : travailleurs pauvres, familles monoparentales, jeunes en errance, personnes sans logement, seniors isolés, associations à bout de souffle et citoyens qui refusent de se résigner.
Informer, donner la parole, documenter les luttes sociales et rappeler que derrière chaque statistique il y a une vie : c’est aussi cela le rôle d’un média associatif.
Et peut-être plus que jamais aujourd’hui, rappeler une chose simple :
Une société ne se juge pas à la richesse de ses plus puissants. Elle se juge à la manière dont elle traite les plus fragiles.
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En France, l’ouverture d’un fast-food à bas prix a suffi à déclencher une polémique nationale, une de ces séquences médiatiques où l’image prend le dessus sur le fond, où les files d’attente deviennent un sujet en soi, où l’on débat de nuisances, d’odeurs, de symboles, comme si quelques morceaux de poulet pouvaient, à eux seuls, résumer l’état d’une société. Mais derrière cette agitation, une question beaucoup plus essentielle reste en suspens, presque soigneusement évitée : que disent réellement ces images, et surtout, que disent-elles de nous ?
Et pendant que la France débat, une autre réalité s’installe, plus silencieuse, moins commentée, mais tout aussi visible pour qui veut bien regarder : en Belgique aussi, ces files existent, elles s’allongent, elles se banalisent, et avec elles, une évidence s’impose, celle d’une précarité qui ne se cache plus, qui ne se dilue plus dans les statistiques, mais qui s’incarne, désormais, dans l’espace public.
Des files qui dérangent parce qu’elles montrent
Il suffit de s’arrêter quelques minutes devant certains snacks ou fast-foods pour comprendre que quelque chose a changé, pas dans l’offre, mais dans la fréquentation, dans les regards, dans la manière dont ces lieux sont investis. On y voit des jeunes, bien sûr, mais pas seulement ; on y voit aussi des travailleurs, des familles, des personnes âgées parfois, toutes réunies par une même réalité, celle d’un budget contraint, d’un quotidien où chaque dépense compte, où chaque euro est pesé, calculé, optimisé.
Et ces files, qui pourraient sembler anodines, deviennent alors profondément dérangeantes, non pas parce qu’elles font du bruit ou qu’elles dégagent des odeurs, mais parce qu’elles rendent visible ce que l’on a longtemps réussi à maintenir à distance : la pauvreté. Une pauvreté qui ne se cache plus derrière les portes closes, qui ne se limite plus aux marges, mais qui s’expose, là, au coin de la rue, dans une file d’attente où personne ne fait semblant.
Quand le prix décide à la place des gens
On pourrait, bien sûr, réduire le débat à une question d’alimentation, parler de qualité, de santé publique, de “bons” ou de “mauvais” choix, mais ce serait passer à côté de l’essentiel, car dans la réalité de celles et ceux qui fréquentent ces lieux, la question du choix n’existe plus vraiment. Quand le budget est serré, quand les factures s’accumulent, quand les fins de mois commencent de plus en plus tôt, ce n’est plus le goût qui guide, ni même l’envie, mais le prix, et seulement le prix.
Dans ce contexte, un repas à quelques euros devient une solution, parfois la seule, une réponse immédiate à un besoin simple mais fondamental : manger. Et il faut le dire clairement, sans détour, sans jugement, sans détour rhétorique inutile : ce n’est pas un choix de consommation, c’est une contrainte économique, une adaptation à une réalité qui s’impose.
Des villes qui changent, des habitants qui disparaissent
Dans le même temps, nos villes se transforment, souvent au nom de la modernisation, de l’attractivité, de cette fameuse “mixité sociale” que l’on invoque comme une évidence positive, mais qui, dans les faits, se traduit bien souvent par autre chose, quelque chose de plus discret mais de profondément structurant : un déplacement progressif des populations les plus précaires, remplacées par des profils plus aisés, plus compatibles avec une certaine vision de la ville.
Les commerces changent, les loyers augmentent, les lieux accessibles se raréfient, et avec eux disparaît peu à peu une forme de vie locale, faite de proximité, de simplicité, de quotidien partagé. Ceux qui restent s’adaptent, comme ils peuvent, et ceux qui ne peuvent plus suivent le mouvement, parfois contraints, souvent invisibles.
Quand l’image devient un problème politique
Face à ces transformations, certains discours politiques et médiatiques choisissent de focaliser l’attention sur les conséquences visibles plutôt que sur les causes profondes, transformant ces lieux populaires en symboles de désordre, en problèmes d’image, en nuisances à réguler. On parle de bruit, d’odeur, de fréquentation, comme si le problème résidait dans la présence de ces personnes et non dans les conditions qui les y amènent.
Ce glissement n’est pas anodin. Il déplace le débat. Il évite les questions qui dérangent vraiment : pourquoi ces lieux sont-ils pleins ? pourquoi ces prix sont-ils devenus indispensables ? pourquoi une partie de la population n’a-t-elle plus accès à autre chose ? Et, en creux, il installe une forme de stigmatisation, plus ou moins assumée, à l’égard de celles et ceux qui n’ont pas les moyens de faire autrement.
Le vrai sujet : vivre dignement
Car au fond, le problème n’est pas qu’il existe des repas à bas prix, ni même que ces lieux soient fréquentés. Le problème, c’est qu’ils deviennent, pour un nombre croissant de personnes, la seule option possible, le seul espace accessible, le seul endroit où l’on peut manger sans avoir à choisir entre se nourrir et payer ses factures.
Et cela dit quelque chose de profond sur l’état de notre société, sur notre rapport à la solidarité, sur notre capacité — ou notre incapacité — à garantir à chacun des conditions de vie dignes.
Et maintenant ?
Si l’on prend au sérieux les enjeux d’alimentation, de santé publique, de cohésion sociale, alors il devient urgent de dépasser les débats superficiels pour poser les bonnes questions, celles qui engagent réellement l’action : comment garantir une alimentation accessible à tous ? quelles alternatives proposer ? quel rôle pour les pouvoirs publics, pour les collectivités, pour le tissu associatif ?
Parce que pointer du doigt est toujours plus simple que construire, mais que sans construction, sans volonté politique, sans vision collective, ces files continueront de s’allonger, et avec elles, le sentiment d’un abandon progressif.
Radio Solidarité
Derrière ces files, il y a des vies, des trajectoires, des histoires que l’on n’entend pas assez, des réalités que l’on préfère parfois ignorer, mais qui, pourtant, s’imposent à nous avec une force tranquille, presque silencieuse.
Ce ne sont pas des anomalies. Ce ne sont pas des dérives.
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Reportage Radio Solidarité — entre colère, dignité et détermination
Il y a quelque chose de particulier dans l’air, ce matin-là, à Namur. Ce n’est pas seulement une date. Ce n’est pas seulement un rassemblement. C’est une atmosphère.
Dans la salle, les drapeaux rouges accrochent le regard. Les discussions se croisent, se superposent. On se salue, on se retrouve, parfois on se reconnaît sans s’être jamais rencontrés. Il y a du bruit, oui, mais surtout une forme de gravité. Une tension calme.
Ici, personne ne parle de “fête du travail”.
On parle des travailleuses. Des travailleurs. De ce que cela signifie, aujourd’hui.
Une voix s’élève, et très vite, le ton est donné :
“Le travail, c’est une abstraction. Les travailleurs, ce sont des corps, des histoires, des réalités de vie.”
Dans la salle, les têtes acquiescent. Ce n’est pas une formule. C’est une réalité partagée.
Le micro circule. Les discours s’enchaînent, mais ils ne se répètent pas. Ils s’additionnent.
Très vite, une idée s’impose, presque comme un rappel nécessaire :
“Le 1er mai ne sera jamais une fête récupérée… il ne sera ni bleu, ni édulcoré… il sera toujours rouge.”
Rouge comme les luttes passées. Rouge comme celles qui continuent.
On ne parle pas ici de folklore. On parle d’histoire. Et cette histoire, quelqu’un la raconte, simplement.
Une jeune femme. Dix-huit ans. Un combat pour la journée des huit heures.
“Marie Blondeau… tuée pour avoir revendiqué ses droits.”
Le silence s’installe, brièvement. Pas un silence vide. Un silence qui pèse.
Puis la phrase tombe :
“C’est de cette résistance-là qu’est né le 1er mai.”
Et soudain, ce qui se passe ici prend une autre dimension. On n’est plus seulement dans le présent. On est dans une continuité.
Un mot revient, régulièrement. Pas comme un slogan. Comme une nécessité.
Résister.
Il revient dans les discours, dans les phrases, dans les regards aussi.
“Résister, ce n’est pas un choix. C’est refuser l’inacceptable.”
Alors on insiste. On répète. On reformule.
Parce que, comme le dit un intervenant avec une image simple :
“Quand une maison brûle, on ne crie pas au feu une seule fois.”
Dans la salle, certains sourient. D’autres hochent la tête. Tout le monde comprend.
Les discours deviennent plus directs. Plus concrets.
On parle de pensions. De services publics. De conditions de travail. On parle de ce qui change, et surtout de ce qui se dégrade.
“L’austérité, ce n’est pas la météo. Ce n’est pas quelque chose qui tombe du ciel.”
Ce sont des décisions. Des choix.
Et ces choix, ici, tout le monde en ressent les conséquences.
Une question est posée. Elle est simple, presque désarmante :
“Est-ce que ces gouvernements améliorent la vie des gens ?”
Personne ne répond à voix haute. Mais la réponse est là, dans les regards.
On parle des jeunes qui enchaînent les contrats précaires. Des femmes pénalisées par certaines réformes. Des travailleurs qui doivent faire toujours plus, pour vivre moins bien.
“On en est à devoir choisir qui on aide…”
La phrase reste suspendue. Elle dérange. Elle marque.
En marge des discours, il y a les rencontres. Les échanges. Les interviews.
Monique Simon prend la parole, sans détour.
“Ça fait deux ans qu’on se bat… et ça continue.”
Il n’y a pas de dramatisation. Pas d’effet. Juste un constat.
Elle parle des mobilisations passées. De celles à venir.
“On sera encore dans la rue.”
Et puis, elle insiste sur un point souvent oublié :
“Les demandeurs d’emploi sont aussi des travailleurs. On se bat pour eux aussi.”
C’est dit simplement. Mais c’est essentiel.
Un peu plus loin, on parle des services publics. Pas comme d’un concept abstrait, mais comme d’un quotidien.
“Les services publics, c’est la richesse d’un pays.”
Et pourtant :
“On les affaiblit, on les vide de leur substance.”
Derrière ces phrases, il y a une crainte. Celle d’une société qui bascule.
Une société où l’accès aux droits dépend des moyens. Une société qui se fragmente.
Ce qui frappe, au fil de la journée, ce n’est pas seulement le contenu des discours. C’est leur durée.
“Cela fait plus de 18 mois que nous nous mobilisons…”
Et malgré cela, personne ne parle d’essoufflement.
Au contraire.
“On ne lâchera rien.”
Ce n’est pas un cri. Ce n’est pas un slogan lancé à la volée. C’est une conviction.
Un autre sujet s’invite, plus sombre.
“L’extrême droite se nourrit de la misère.”
Là encore, ce n’est pas théorique. C’est une mise en garde.
Parce que ce qui se joue dépasse les seules réformes sociales. C’est une question de société.
Puis, presque à la fin, une image apparaît.
Simple. Presque fragile.
“Nous sommes comme des coquelicots… même coupés, nous repousserons.”
Dans la salle, certains sourient. D’autres prennent une photo. Mais tout le monde retient la phrase.
Parce qu’elle dit quelque chose de profond.
La journée se termine comme elle a commencé : sans grand effet. Sans mise en scène.
Mais avec une phrase qui reste.
“Ne jamais renoncer.”
Ce 1er mai à Namur n’était pas une fête au sens classique du terme. C’était un moment de lucidité.
Un moment où les mots ont retrouvé leur poids. Où les discours ont retrouvé leur ancrage.
Et où, surtout, une chose est apparue clairement :
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