Derrière le show XXL, un artiste qui n’a jamais cessé de porter ses combats.
Il aurait pu se contenter de faire chanter et danser quelque 30 000 personnes. Il l’a fait. Mais Soprano a aussi utilisé l’immense scène des Solidarités pour parler. De solidarité, d’espoir, de ceux qu’on oublie et d’une société qui semble parfois préférer les polémiques aux vrais problèmes. Derrière les danseurs, les acrobates et un show impressionnant, il y avait un message. Et ce message ne date pas d’hier.
Samedi soir, la Place des Arts est noire de monde.
Nous sommes aux Solidarités, à Namur, et il suffit de regarder autour de soi pour comprendre que quelque chose se prépare. Des enfants sur les épaules de leurs parents, des ados, des adultes, des générations qui ne fréquentent pas forcément les mêmes concerts mais qui, ce soir, attendent le même homme.
Puis Soprano arrive.
Et là, ça part.
Une claque
Soyons clairs : nous avons vu beaucoup de concerts et beaucoup de festivals avec Radio Solidarité.
Mais ce que Soprano propose ce soir-là est difficile à résumer par « un bon concert ».
C’est un spectacle.
Un vrai.
Des danseurs, des acrobates, des musiciens, une scénographie énorme, des changements de rythme permanents et un Soprano qui court, danse, parle, chante et semble décidé à ne laisser retomber l’énergie à aucun moment.
La Place des Arts devient une gigantesque piste de danse.
Près de 30 000 personnes qui sautent ensemble, ça se voit. Mais surtout, ça se ressent.
Et au milieu de cette débauche d’énergie, quelque chose nous interpelle.
Soprano aurait parfaitement pu dérouler ses tubes, remercier Namur et repartir.
Il choisit régulièrement de faire autre chose : il parle.
« Il y a des problèmes plus importants que le voile »
À plusieurs reprises, la fête laisse quelques instants de place aux mots.
Soprano parle de solidarité. D’espoir. De notre responsabilité les uns envers les autres. Il parle aussi aux politiques.
Et à un moment, le message tombe : il y a aujourd’hui des problèmes autrement plus importants auxquels s’attaquer que le voile.
Dans le contexte politique actuel, la phrase n’est évidemment pas anodine.
Mais elle n’arrive pas non plus de nulle part.
En 2024, à la sortie de Freedom, Soprano expliquait déjà au Parisien son inquiétude face aux divisions qui traversent la société. Sa formule résumait assez bien sa philosophie : « Au lieu de faire des raccourcis, faisons des ponts. » L’album abordait notamment la politique, l’identité, la tolérance et la santé mentale.
Ce samedi aux Solidarités, ces ponts, il essaie encore de les construire.
Pas lors d’une conférence.
Devant 30 000 personnes.
Et ça change forcément la portée des mots.
Faire danser n’interdit pas de prendre position
Soprano a parfois cette image d’artiste populaire, familial, positif. Presque consensuel.
Ce serait pourtant passer à côté d’une partie du personnage.
En pleine campagne des législatives françaises de 2024, interrogé par RTL sur la progression du Rassemblement national, il ne s’était pas caché derrière son statut d’artiste.
Il disait son inquiétude face à l’extrême droite, appelait les jeunes à utiliser leur droit de vote et insistait sur la responsabilité de sa génération : redonner de l’espoir et de la force aux jeunes pour qu’ils puissent construire quelque chose de meilleur.
Voilà probablement le mot qui relie le mieux cette interview à ce que nous avons entendu à Namur : l’espoir.
Parce que Soprano ne semble pas vouloir construire son engagement uniquement sur la colère.
Il alerte, parfois il attaque, mais il revient presque toujours à cette idée : ne pas laisser une génération entière penser que tout est foutu.
Cette histoire vient de loin
Il faut remonter encore quelques années pour comprendre d’où vient ce discours.
En 2019, dans un long entretien accordé au Monde, Soprano racontait son enfance dans les quartiers nord de Marseille.
Il se souvenait d’un quartier où les cultures et les religions se côtoyaient. Des familles italiennes, turques, vietnamiennes, algériennes, irakiennes, comoriennes… Il racontait également cette éducation religieuse dans laquelle on lui avait appris à ne pas juger mais à écouter et comprendre l’autre.
Bien avant Freedom, il parlait déjà de mélange, de vivre-ensemble et de cette « Cosmopolitanie » qu’il imaginait comme une Marseille où les origines et les cultures se rencontrent.
Alors lorsque, des années plus tard, Soprano parle du voile devant le public des Solidarités, la phrase peut faire réagir, être discutée ou contestée.
Mais elle appartient manifestement à une histoire beaucoup plus longue.
Et puis il y a les héros
Autre moment qui nous aura marqués : cette pensée pour les héros que l’on oublie.
Pas forcément ceux qui passent à la télévision.
Les autres.
Ceux qui soignent. Ceux qui accompagnent. Ceux qui éduquent. Ceux qui aident. Ceux qui continuent à tendre une main. Ceux qui portent des messages d’humanité sans caméra devant eux.
Cela aussi raconte quelque chose de Soprano.
Depuis 2018, il est ambassadeur de l’UNICEF France. Son engagement porte notamment sur les droits des enfants, l’éducation et la participation des jeunes. Aux Comores, pays d’origine de sa famille, sa fondation a notamment soutenu avec l’UNICEF la réhabilitation d’écoles endommagées après le cyclone Kenneth.
Et cet engagement est encore actuel : en février 2026, Soprano rencontrait des élèves marseillais avec l’UNICEF autour de la santé mentale et du bien-être psychologique des enfants et adolescents.
Ce n’est donc pas seulement une belle phrase placée entre deux chansons.
Il y a derrière une continuité.
Loam, quelques heures plus tard
Et puis il y a ce moment qui appartient vraiment au festival.
Quelques heures auparavant, Loam avait déjà chauffé cette même Place des Arts.
On le retrouve aux côtés de Soprano pour un duo.
Deux artistes, deux moments de la journée qui soudain se rejoignent sur la même scène.
C’est aussi cela, un festival : les rencontres que l’affiche ne raconte pas toujours.
Et le public adore.
Un artiste populaire peut-il encore être engagé ?
La question mérite d’être posée.
Parce qu’on oppose parfois facilement les deux.
D’un côté l’artiste engagé, supposément plus confidentiel, plus radical. De l’autre la grande machine populaire capable de remplir une place avec des familles et des milliers d’enfants.
Soprano brouille cette frontière.
Il fait du divertissement XXL, oui.
Il sait parfaitement fabriquer une fête gigantesque.
Mais il profite aussi du fait que des milliers de personnes l’écoutent pour glisser autre chose entre deux refrains.
Et peut-être que l’engagement populaire ressemble justement à cela.
Faire danser 30 000 personnes et, au milieu du bruit, obtenir quelques minutes de silence pour parler d’humanité.
Aux Solidarités, le décor était presque évident
Il y avait finalement quelque chose d’assez logique à entendre ces paroles ici.
Depuis trois jours, Radio Solidarité parcourt le festival avec ses micros.
Nous rencontrons des associations, des bénévoles, des jeunes, des militants, des artistes. Quelques heures avant Soprano, nous étions encore en direct de l’Urban Village à donner le micro à cette jeunesse que l’on entend trop rarement lorsqu’il s’agit de parler de son propre avenir.
Alors forcément, lorsqu’un artiste capable de rassembler une foule pareille utilise à son tour son micro pour dire qu’il faut regarder les vrais problèmes, défendre l’espoir et ne pas oublier ceux qui agissent dans l’ombre, cela résonne différemment.
On peut aimer Soprano ou ne pas aimer Soprano.
On peut discuter ses mots et ses positions.
Mais difficile, après ce samedi soir à Namur, de prétendre qu’il n’a rien à dire.
Nous étions venus voir un concert. Nous avons vu davantage.
Il reste évidemment les images.
Les acrobates.
Les danseurs.
Les musiciens.
Le duo avec Loam.
Les téléphones levés.
Les enfants qui chantent.
Et cette Place des Arts qui explose lorsque les premières notes d’un morceau connu retentissent.
Mais en quittant le concert, ce n’est étrangement pas seulement le gigantisme du spectacle qui reste.
Ce sont aussi quelques phrases.
Quelques messages.
Et cette volonté presque obstinée de parler d’espoir dans une époque qui en manque sérieusement.
Soprano n’a pas changé le monde samedi soir à Namur.
Un concert ne fait pas ça.
Mais pendant quelques heures, il a réuni près de 30 000 personnes, les a fait danser, chanter, rire et parfois réfléchir ensemble.
Et par les temps qui courent, ce n’est déjà pas rien.
Radio Solidarité – Les Solidarités 2026, Namur
La voix qui unit les paroles libres.