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Le Phare aux Solidarités

Pour sa première année aux Solidarités à Namur, Le Phare a rempli son chapiteau autour de débats engagés. Avec Salomé Saqué et de nombreuses voix invitées, le public a exploré les moyens de résister à la désinformation, de défendre la démocratie et de faire face à l’extrême droite. Trois jours pour comprendre, échanger et garder l’envie d’agir ensemble.

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Un chapiteau plein pour ne pas laisser la haine gagner

Pour sa première année aux Solidarités, Le Phare a fait le plein. Pendant trois jours, ce chapiteau consacré aux débats a accueilli un public venu écouter, comprendre et chercher des pistes pour résister. À la désinformation, à la banalisation de l’extrême droite, mais aussi au découragement.

Aux Solidarités, on vient pour les concerts, les rencontres et le plaisir d’être ensemble. Cette année, on pouvait aussi s’arrêter au Phare pour prendre le temps de réfléchir à ce qui secoue notre société.

Et le public a répondu présent. Des places assises pratiquement toutes occupées, des personnes debout pour suivre les échanges : tout au long du week-end, l’affluence témoignait d’un besoin de comprendre et de débattre.

Dans un festival qui porte le nom de Solidarités, le fil conducteur avait du sens : comment défendre une société démocratique, solidaire et ouverte lorsque la haine et les discours autoritaires gagnent du terrain ?

Parler à ses proches, résister aux mensonges

Dès le vendredi, une première question touchait à une réalité parfois douloureuse : comment parler avec ses proches séduits par les idées d’extrême droite ? L’activiste rurale et autrice Lumir Lapray et le communicant politique Jérôme Van Ruychevelt ouvraient les échanges sur ce sujet qui peut traverser nos familles, nos amitiés et nos conversations quotidiennes.

Puis Salomé Saqué, journaliste, autrice et invitée d’honneur des Solidarités, retrouvait François Debras, docteur en sciences politiques et sociales, pour aborder la résistance aux fausses informations et la construction de discours alternatifs.

Un constat ressortait des échanges : lancer une contrevérité prend quelques secondes. La démonter demande du temps, des recherches, des sources et des explications. Pendant ce temps, le mensonge a déjà circulé.

Les demi-vérités participent au même brouillage. Un chiffre isolé, un fait privé de son contexte, une affirmation répétée avec assurance : il suffit parfois de peu pour donner une apparence d’évidence à un discours trompeur. Qu’il s’agisse de vendre un produit, de défendre des intérêts ou d’orienter un vote, les conséquences sont bien réelles.

Démocratie, climat et accélération du monde

Le samedi, Salomé Saqué abordait avec la RTBF une question fondamentale : qu’est-ce que la démocratie et pourquoi faut-il la protéger ?

Jérôme Colin, journaliste à la RTBF, proposait ensuite un regard sur l’accélération du monde. Un sujet qui trouvait toute sa place dans ce chapiteau où l’on prenait justement le temps de s’arrêter et d’écouter.

Plus tard, le débat « Et si notre santé dépendait du climat ? » réunissait Salomé Saqué, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele et l’activiste Adélaïde Charlier. De quoi rappeler que les enjeux climatiques concernent directement nos vies, notre santé et les conditions dans lesquelles nous construisons l’avenir.

D’un rendez-vous à l’autre, les personnes chargées de l’animation faisaient circuler la parole avec justesse. Les interventions pouvaient se compléter, les convergences apparaître, sans qu’une seule voix occupe tout l’espace. Cette qualité d’écoute contribuait aussi à l’intérêt des débats.

Comment grandir dans un monde traversé par les guerres ?

Le dimanche, Salomé Saqué et Claire Touzard, journalistes et autrices, se retrouvaient autour de cette interrogation : « Résister à la folie… du monde ? »

Puis le dernier débat s’adressait également aux plus jeunes, avec une question lourde à porter : « Comment se construire et s’informer en temps de guerres ? »

Maxime Dumoulin, connu comme Max des Niouzz à la RTBF, et François-Xavier Polis, psychiatre de l’adolescence, participaient à cet échange.

Face aux images et aux informations qui défilent, quelques repères peuvent aider : qui parle ? D’où vient cette information ? Est-elle reprise ailleurs par des sources différentes, ou voit-on simplement la même affirmation répétée partout ?

Et lorsqu’une information inquiète ou dépasse ce que l’on arrive à comprendre, il faut pouvoir en parler à une personne de confiance. Pour un jeune public, cet accompagnement compte autant que l’apprentissage de la vérification.

Ne pas s’habituer à l’inacceptable

Au fil du week-end, les échanges ont aussi mis en lumière la manière dont certains discours finissent par se banaliser. À force de répétitions, des idées qui auraient auparavant suscité un refus net trouvent progressivement leur place dans le débat public.

Les mots jouent un rôle central dans ce glissement. Ils peuvent éclairer une réalité, mais aussi la masquer, minimiser une violence ou rendre une discrimination plus acceptable. Prêter attention au vocabulaire, remettre les affirmations dans leur contexte et interroger ce qu’elles impliquent deviennent alors des gestes de résistance.

La défense des droits des femmes traversait également les discussions. Avec cette idée : l’égalité se construit dans une société où les droits des unes et des autres se renforcent, où chacun peut trouver sa place sans subir de domination.

Informer sans enfermer dans la peur

Les médias ont, eux aussi, une responsabilité. Rapporter un fait divers sans contexte, courir après le sensationnel ou accumuler les nouvelles dramatiques peut donner l’impression d’un monde sans issue.

Informer demande de montrer ce qui va mal. Mais cela demande aussi de raconter les initiatives, les solidarités qui s’organisent et les combats qui aboutissent. Le public a besoin de comprendre les dangers autant que de connaître les possibilités d’agir.

C’est peut-être ce que nous retenons le plus de ces trois jours au Phare : la situation est grave, mais elle n’est pas désespérée. Il reste des liens à construire, des paroles à faire entendre et des raisons de s’engager.

Pour une première édition, ce chapiteau a trouvé son public. Au milieu du festival, des centaines d’oreilles attentives et cette envie partagée de ne pas laisser le bruit du monde décider à notre place.

Aux Solidarités, on a dansé. On a aussi pris le temps de réfléchir à ce que nous voulons défendre ensemble.

Luc Bolssens