Il y a des films qui nous font rire et que l’on oublie assez vite.
Et puis il y a ceux qui nous font rire tout en glissant, presque discrètement, quelques questions dans nos poches.
Camembert, de Nicolas Slomka et Matthieu Rumani, fait partie de ceux-là.
Une comédie, une vraie. Avec des situations qui fonctionnent, des personnages que l’on reconnaît parfois un peu trop bien et ces petits moments de gêne où l’on rit justement parce qu’on sait que cela pourrait nous arriver.
Mais derrière l’humour, il y a autre chose.
Il y a le regard des autres.
Et surtout cette difficulté que nous pouvons tous avoir, un jour, à simplement assumer qui nous sommes.
Quand nos différences sociales arrivent à table
Nous ne venons pas tous du même endroit.
Nous n’avons pas fréquenté les mêmes écoles, lu les mêmes livres, vu les mêmes films. Nous n’avons pas appris les mêmes codes et nous n’utilisons pas toujours les mêmes mots.
Sur le papier, rien de bien grave.
Dans la réalité, ces différences peuvent peser lourd.
Camembert joue très bien avec cela. Avec légèreté, sans transformer ses personnages en caricatures sociales et sans nous faire la leçon.
On rigole.
Mais derrière certaines situations, on reconnaît cette petite violence que beaucoup connaissent : avoir l’impression de ne pas être à sa place.
Ne pas connaître la bonne réponse.
Ne pas comprendre une référence.
Se demander ce que les autres vont penser.
Et parfois commencer à avoir honte de quelque chose dont nous ne devrions jamais avoir honte : notre parcours.
La culture ne devrait pas être une frontière
C’est probablement ce qui nous a le plus touchés à Radio Solidarité.
La culture devrait rapprocher.
Elle devrait permettre de découvrir, de comprendre, de rencontrer.
Mais elle peut aussi devenir une manière de classer les gens.
Celui qui sait.
Celui qui ne sait pas.
Celui qui possède les codes.
Et celui qui essaye de suivre sans montrer qu’il ne les possède pas.
On connaît tous ces moments.
À l’école, au travail, dans une soirée, autour d’une table…
Un mot suffit parfois pour faire comprendre à quelqu’un qu’il n’appartient pas tout à fait au même monde.
Et ça, derrière les éclats de rire de Camembert, le film le raconte plutôt bien.
Un petit air de
Le Prénom
et du
Dîner de cons
En regardant Camembert, nous avons forcément pensé à Le Prénom.
Cette table autour de laquelle on s’installe tranquillement avant que les caractères, les différences et les non-dits commencent à sortir.
Et il y a aussi quelque chose qui nous rappelle Le Dîner de cons.
Pas dans l’histoire, mais dans cette façon de jouer avec celui que l’on croit supérieur, celui que l’on pense inférieur, celui dont on rit… jusqu’au moment où l’on se demande finalement de qui il faudrait rire.
Parce que l’intelligence ne se mesure pas uniquement au nombre de bonnes réponses données à un jeu.
Heureusement.
Des films qui ne nous laissent pas simplement spectateurs
C’est aussi ce que nous aimons retrouver au FIFF.
Des films engagés, parfois frontalement, parfois beaucoup plus discrètement.
Des films qui questionnent.
Qui dérangent quelquefois.
Qui remettent certaines choses à leur place.
Et qui peuvent aussi le faire en nous faisant rire.
Camembert ne cherche pas à nous donner une grande leçon sur les classes sociales.
Et c’est probablement mieux ainsi.
Il raconte simplement des êtres humains avec leurs différences, leurs complexes, leurs maladresses, leur affection et leurs contradictions.
On rit beaucoup.
Mais au milieu des rires reste une chose assez simple :
personne ne devrait avoir à avoir honte de l’endroit d’où il vient pour avoir le droit de s’asseoir à la table.
Et parfois, une comédie qui arrive à nous faire ressentir cela a déjà dit beaucoup.