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« Ni vue, ni connue » : et ceux qui restent dans l’ombre, on les regarde quand ?

Nous avons découvert Ni vue, ni connue en avant-première, et cette histoire nous a parlé. Derrière Isabelle Huppert en figurante qui rêve d’être remarquée, nous avons pensé à tous ces travailleurs qui font vivre notre quotidien sans attirer les regards. Avant l’ouverture du FIFF Namur, Radio Solidarité vous invite à découvrir un film qui donne envie de regarder au-delà du premier plan.

Radio Solidarité

Nous avons eu la chance de découvrir le nouveau film de Marc Fitoussi en avant-première. À la veille de l’ouverture du FIFF Namur, nous avions envie de vous le conseiller. Parce que derrière cette histoire de cinéma, nous avons aussi vu quelque chose de notre quotidien.

Il y a une raison pour laquelle nous avions envie de vous parler de Ni vue, ni connue. Bien sûr, il y a Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain et les coulisses du cinéma. Mais ce qui nous touche dans cette histoire, c’est cette envie toute simple : être reconnu pour ce que l’on fait.

Isabelle Huppert incarne Corinne Maclou, une figurante qui enchaîne les tournages. Elle espère qu’un jour, quelqu’un la remarquera et lui donnera un véritable rôle. Alors, lorsque son chemin croise celui de Sandrine Kiberlain et qu’une relation commence à se nouer, elle se prend à y croire.

Nous avons vu le film le 16 septembre, lors de la projection de presse à Bruxelles. Et pour Radio Solidarité, cette histoire fait écho à des personnes que nous croisons bien loin des plateaux.

On voit leur travail. Mais les voit-on, eux ?

Quand nous arrivons dans une salle, les chaises sont installées. Le sol est propre. La lumière fonctionne. Quelqu’un a préparé tout cela. Nous n’y pensons pas forcément. Nous venons pour ce qui va se passer sur scène, pour le nom écrit sur l’affiche.

Dans nos reportages aussi, nous rencontrons ces personnes qui préparent, transportent, accueillent, rangent. Elles connaissent les lieux, les difficultés, les petits détails qui permettent à une journée de bien se dérouler. Et pourtant, ce sont rarement elles que l’on vient interviewer.

Nous avons beau défendre la parole de chacun, nous devons nous aussi nous poser la question : à qui tendons-nous spontanément le micro ? Qui oublions-nous encore ?

C’est pour cela que le personnage de Corinne nous intéresse. Elle est présente dans l’image, mais elle attend que quelqu’un la regarde vraiment.

Ce besoin de compter

On pourrait résumer son histoire à une envie de réussir dans le cinéma. Nous y voyons aussi ce besoin de sentir que nos efforts comptent.

Ce sentiment, beaucoup le connaissent. Faire son travail sérieusement. Se rendre disponible. Recommencer le lendemain. Et avoir parfois l’impression que personne ne remarque ce que cela demande.

Il ne s’agit pas forcément de recevoir des applaudissements. Parfois, on voudrait simplement que notre nom soit retenu, que notre avis soit demandé, que notre travail soit respecté. Et que ce respect se retrouve aussi dans la manière dont on nous emploie et dont on nous paie.

Corinne rêve d’un rôle plus important. C’est son désir, et il mérite d’être entendu. Mais pourquoi faudrait-il devenir une vedette pour que son travail ait de la valeur ? Une figurante mérite déjà de la considération.

Derrière le rêve, il y a un métier

Voir Isabelle Huppert dans la peau de cette femme a quelque chose de révélateur : nous reconnaissons immédiatement l’actrice, alors que son personnage se bat pour sortir de l’anonymat.

Marc Fitoussi explique dans le dossier de presse avoir voulu « rendre hommage aux figurants ». Il parle aussi des difficultés rencontrées par les actrices pour trouver leur place et la conserver, dans un milieu où l’âge et l’apparence pèsent lourd.

Cela nous rappelle une chose que l’on oublie facilement devant un écran : le cinéma est aussi fait de travail et d’incertitude. On peut aimer profondément ce que l’on fait et souffrir de ne pas savoir si l’on pourra continuer. La passion ne règle pas tout.

Un film à regarder, une discussion à poursuivre

Nous ne connaissons pas tous la vie d’un plateau. Mais nous connaissons tous quelqu’un dont le travail passe presque inaperçu. Peut-être même que nous nous reconnaissons un peu dans cette attente.

Voilà pourquoi nous vous conseillons de découvrir Ni vue, ni connue. Son histoire nous donne envie de parler de ces personnes, de leur place, de ce que nous leur devons aussi.

Notre fil rouge au FIFF sera « Ce qui fait société ». Et pour nous, cela commence là : prendre le temps de considérer la personne qui se trouve devant nous, même si son nom ne nous dit rien.

Demain, les lumières s’éteindront pour l’ouverture du festival. Sur l’écran, Corinne aura enfin le premier rôle. Nous aimerions que son histoire nous aide aussi à remarquer celles et ceux que nous croisons tous les jours.

Ni vue, ni connue, de Marc Fitoussi, avec Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, sera présenté en ouverture du FIFF Namur le mercredi 30 septembre : 20 h 15 au Caméo 1, 20 h 30 au Caméo 4 et 21 h au Delta, Grande Salle.

Programme et réservations sur www.fiff.be⁠.

Laurent Frémal — Radio Solidarité

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