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✎ Édito

Le passeport qui décide de notre liberté

Nous ne choisissons ni notre lieu de naissance ni notre passeport. Pourtant, ce document décide encore des frontières que nous pouvons franchir et de la liberté qui nous est accordée.

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Le passeport qui décide de notre liberté

Il suffit parfois d’un petit carnet pour séparer celles et ceux qui peuvent parcourir le monde de celles et ceux qui doivent rester derrière une frontière.

Ce carnet, c’est le passeport.

Selon le pays dans lequel nous sommes nés, il peut ouvrir presque toutes les portes ou, au contraire, les refermer les unes après les autres.

Avec certains passeports, on choisit une destination, on achète un billet et on part. Avec d’autres, voyager devient un parcours d’obstacles : formulaires, preuves de revenus, lettres d’invitation, rendez-vous, longues attentes… sans aucune garantie d’obtenir finalement un visa.

La liberté de circuler dépend alors moins de la personne que du document qu’elle présente.

Nous ne choisissons pourtant pas notre lieu de naissance.

Personne ne choisit de naître avec un passeport qui permet de voyager facilement. Personne ne choisit non plus de naître avec celui qui provoquera la méfiance, les contrôles, les refus ou les portes fermées.

Mais ce hasard peut décider de toute une vie.

Il peut déterminer si une personne pourra rendre visite à sa famille, poursuivre des études, accepter un emploi ou découvrir un autre pays. Il peut aussi décider si elle aura le droit de fuir une guerre, une persécution, la pauvreté ou les conséquences d’une catastrophe.

Pour les uns, une frontière est une simple formalité.

Pour les autres, elle devient un mur.

Nous parlons souvent de la liberté comme d’un droit universel. Mais une liberté qui dépend de la couleur d’un passeport est-elle vraiment universelle ?

Nous pouvons voyager pour le plaisir pendant que d’autres doivent expliquer pourquoi ils souhaitent simplement se déplacer. Nous pouvons franchir une frontière en quelques minutes pendant que d’autres attendent des mois une autorisation qui ne viendra peut-être jamais.

Un touriste venu d’un pays riche sera souvent accueilli comme un visiteur. Une personne venue d’un pays pauvre pourra être regardée comme une menace.

L’un apporte une valise et on lui souhaite la bienvenue.

L’autre apporte parfois la même valise, mais on lui demande de prouver qu’il ne restera pas.

Cette différence ne repose pas sur ce que ces personnes ont fait. Elle repose sur ce qu’elles représentent aux yeux d’un système : une nationalité, un pays d’origine et un passeport plus ou moins bien classé.

Les frontières ne sont donc pas seulement des lignes tracées sur une carte. Elles organisent aussi les inégalités du monde. Elles décident qui peut entrer, qui doit attendre, qui peut repartir et qui restera enfermé.

Elles rendent la mobilité facile pour les personnes qui possèdent déjà le plus de possibilités et presque inaccessible à celles qui cherchent une vie meilleure.

Bien sûr, chaque pays doit pouvoir organiser l’accueil sur son territoire. Mais organiser ne devrait jamais signifier humilier. Contrôler ne devrait jamais signifier oublier l’humanité de la personne qui se trouve en face.

À Radio Solidarité, nous refusons l’idée qu’un être humain puisse valoir davantage qu’un autre en fonction de son lieu de naissance.

Nous refusons un monde dans lequel la liberté de voyager serait réservée à quelques privilégiés.

Nous refusons que la peur de l’étranger devienne plus importante que le droit de vivre, de rejoindre ses proches, de chercher la sécurité ou simplement de découvrir le monde.

Un passeport devrait être un document d’identité.

Il ne devrait pas devenir un permis de liberté pour les uns et une condamnation à l’immobilité pour les autres.

La libre circulation des personnes ne signifie pas l’absence de toute règle. Elle signifie que les règles doivent être humaines, justes et les mêmes pour toutes et tous. Elle signifie que personne ne devrait être considéré comme suspect uniquement à cause de sa nationalité.

Nous sommes nombreux à ne jamais avoir réfléchi au pouvoir de notre passeport. Nous le sortons au contrôle, puis nous continuons notre voyage. Ce geste nous paraît normal parce que les portes s’ouvrent devant nous.

Mais lorsque toutes les portes s’ouvrent, nous devons aussi regarder celles qui restent fermées pour les autres.

La véritable liberté ne peut pas être un privilège accordé par le hasard de la naissance.

Car avant d’être Belge, Français, Afghan, Palestinien, Congolais ou Syrien, nous sommes des êtres humains.

Et aucun passeport ne devrait décider de la valeur de notre liberté.

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