Nous avons vu 7h40 ce matin-là, le nouveau film de Nicole Garcia, présenté au FIFF de Namur.
Et on ne va pas vous raconter le film.
Parce qu’il y a des choses qu’il vaut mieux découvrir soi-même, et celui-ci en fait partie.
On peut simplement vous dire qu’Alice arrive dans une petite ville du sud de la France. Elle trouve un boulot dans une cafétéria. Pas très loin, il y a Milo, un jeune homme qui travaille dans un garage. Elle veut se rapprocher de lui, lui parler, le connaître.
Pourquoi ? On vous laisse le découvrir.
Mais derrière cette histoire, il y a quelque chose qui nous a particulièrement touchés à Radio Solidarité : la prison et surtout ce qui se passe après.
La porte s’ouvre. Et après ?
On parle souvent de la prison en parlant de la peine.
Six mois. Deux ans. Dix ans. Vingt ans.
Un jour, cette peine se termine. La porte s’ouvre et la personne sort.
Sur le papier, elle est libre.
Mais dans la vraie vie, c’est beaucoup moins simple.
Parce qu’on ne retrouve pas vingt ans de sa vie en récupérant simplement un sac avec ses affaires personnelles.
Pendant ce temps-là, les autres ont vécu. Les enfants ont grandi. Des familles se sont construites ou se sont cassées. Des gens sont partis. D’autres sont arrivés.
Et il faut revenir là-dedans.
Trouver un logement, retrouver du travail, refaire des démarches administratives… évidemment.
Mais il faut surtout retrouver une place parmi les autres.
Et parfois retrouver une place auprès de ceux qu’on aime.
C’est là que le film de Nicole Garcia nous a touchés.
Il y a aussi les choix qu’on traîne derrière soi
Alice porte son passé avec elle.
Elle a fait des choix. Certains ont eu des conséquences énormes. Et parmi ces choix, il y a celui de se séparer de son enfant.
On pourrait s’arrêter là.
Dire : « Moi, jamais je n’aurais fait ça. »
C’est facile.
Sauf que nous n’étions pas à sa place.
Nous n’avons pas vécu son histoire, son enfermement, ses peurs, ses convictions ni les circonstances dans lesquelles cette décision a été prise.
Et c’est probablement une des forces du film : il ne nous demande pas forcément d’approuver. Il nous oblige simplement à regarder un peu plus loin.
Nicole Garcia a d’ailleurs expliqué que son personnage était marqué par des engagements politiques de jeunesse ayant basculé dans la violence et par de longues années d’incarcération. Elle voulait aussi raconter ce que deviennent ces choix et ces convictions des décennies plus tard.
(Source : Cineuropa, entretien avec Nicole Garcia, septembre 2026)
Une mère qui abandonne son enfant aime-t-elle moins son enfant ?
C’est une question dérangeante.
Et pourtant, elle mérite d’être posée.
Parce qu’on aime ranger les gens dans des cases bien propres.
Une bonne mère fait ceci.
Une mauvaise mère fait cela.
Un bon père ne ferait jamais ça.
Un ancien détenu restera toujours un ancien détenu.
Mais une vie humaine n’entre pas facilement dans une case.
Parfois, quelqu’un peut prendre une décision terrible en pensant que c’est la moins mauvaise.
Parfois on croit protéger quelqu’un en s’éloignant.
Et parfois, des années plus tard, on se demande simplement comment réparer ce qui peut encore l’être.
Le temps perdu, lui, ne revient pas.
C’est aussi pour ça que Radio Solidarité existe
Ce film rejoint finalement quelque chose que nous rencontrons très souvent derrière nos micros.
On adore mettre des étiquettes sur les gens.
Le détenu. L’ex-détenu. Le SDF. Le pauvre. Le migrant. La mauvaise mère.
Une fois l’étiquette collée, on oublie facilement qu’il y a quelqu’un derrière.
Une histoire.
Des erreurs.
Des blessures.
Des choix que nous aurions peut-être faits autrement.
Mais aussi parfois l’envie de recommencer.
À Radio Solidarité, nous ne pensons pas qu’être solidaire signifie tout excuser.
Comprendre n’est pas excuser.
On peut condamner un acte sans décider que la personne qui l’a commis doit être condamnée à vie par toute la société.
Sinon, à quoi sert la réinsertion dont nous parlons tellement ?
Si quelqu’un sort de prison mais qu’on lui ferme ensuite la porte du travail, du logement, des relations et parfois même celle de sa propre famille, nous devons avoir le courage de nous demander ce que signifie réellement le mot « liberté ».
Un film qui reste après le générique
7h40 ce matin-là ne donne pas une grande leçon.
Et tant mieux.
Il raconte des êtres humains qui ont vécu, aimé, fait des choix et doivent maintenant vivre avec leurs conséquences.
Marion Cotillard incarne Alice avec énormément de retenue. Beaucoup de choses passent par les silences, les regards et les hésitations. Théodore Pellerin lui répond avec la même justesse.
Le reste, nous préférons vraiment ne pas vous le raconter.
Allez le découvrir.
Parce qu’en sortant de la salle, on ne se demande pas seulement ce qu’on aurait fait à la place d’Alice.
On se demande peut-être aussi quelle place nous sommes prêts à laisser à quelqu’un qui revient après avoir payé sa dette.
Et ça, ce n’est déjà plus seulement du cinéma.
A voir :
Jeu. 01.10 à 21h00
Delta Grande Salle
www.fiff.be
Radio Solidarité — La voix qui unit les paroles libres.
Sources : FIFF Namur, fiche du film « 7h40 ce matin-là » ; Cineuropa, entretien avec Nicole Garcia et présentation du film, septembre 2026 ; Festival international du film de Saint-Sébastien, présentation officielle du film, septembre 2026