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Et si le monde commençait à tourner le dos à l’extrême droite ?

De la Hongrie à la Serbie, en passant par le Brésil et Israël, plusieurs gouvernements nationalistes et d'extrême droite subissent des revers électoraux. Les peuples commencent-ils à rejeter les politiques autoritaires après en avoir fait l'expérience ? Radio Solidarité décrypte ces résultats et leurs enseignements pour l'Europe

Radio Solidarité

La Hongrie a tourné la page Orbán. En Serbie, un mouvement né dans les universités vient de faire tomber quatorze années de domination politique. Au Brésil, Lula a battu l’héritier du bolsonarisme. Et en Israël, la coalition de Benjamin Netanyahu a perdu sa majorité parlementaire. Quatre pays, quatre histoires différentes, mais une question qui mérite d’être posée : les peuples commencent-ils à se lasser des dirigeants autoritaires et des politiques nationalistes ?

Pendant des années, on nous a expliqué que la progression de l’extrême droite était presque inévitable. Que les peuples voulaient des hommes forts, des frontières fermées, des discours musclés et des gouvernements capables de désigner des ennemis à chaque difficulté.

Et puis, en quelques mois, les urnes ont commencé à raconter autre chose.

Il ne faut pas confondre ces quatre situations politiques, ni annoncer prématurément la disparition de l’extrême droite. Mais les résultats sont là. Des dirigeants qui semblaient indéboulonnables ont été battus. D’autres découvrent qu’ils ne disposent plus de la majorité nécessaire pour gouverner.

Hongrie : seize ans de pouvoir balayés par les urnes

Le 12 avril 2026, Viktor Orbán a perdu les élections législatives hongroises. Après seize années à la tête du gouvernement, celui qui avait fait de la Hongrie un laboratoire de la démocratie « illibérale » a dû reconnaître sa défaite.

Le parti Tisza, dirigé par Péter Magyar, a remporté 141 des 199 sièges du Parlement. Une majorité des deux tiers, suffisante pour engager des réformes constitutionnelles.

Pendant ses années au pouvoir, Orbán avait multiplié les affrontements avec l’Union européenne sur l’indépendance de la justice, les libertés publiques et l’État de droit. Son gouvernement était régulièrement accusé d’avoir progressivement placé les institutions sous son influence.

Les électeurs hongrois ont choisi de mettre fin à cette domination politique.

Mais attention : Péter Magyar n’est pas un dirigeant de gauche. Son mouvement conserve des positions conservatrices, notamment sur l’immigration. La défaite d’Orbán ne signifie donc pas que la Hongrie est devenue progressiste du jour au lendemain.

Elle prouve cependant qu’un pouvoir nationaliste installé depuis seize ans peut être renversé démocratiquement.

Serbie : quand les étudiants font tomber un système

En Serbie, l’histoire est encore plus saisissante.

Tout commence par un drame. En novembre 2024, l’effondrement d’un auvent à la gare de Novi Sad provoque la mort de seize personnes. La catastrophe déclenche une vague de colère contre la corruption et les responsabilités politiques.

Les étudiants se mobilisent. Ils manifestent, parcourent le pays et refusent de laisser disparaître les responsabilités derrière les discours officiels.

Le 25 octobre 2026, leur mouvement remporte les élections législatives face au Parti progressiste serbe d’Aleksandar Vučić, qui dominait le pays depuis quatorze ans.

Selon les estimations annoncées le soir du scrutin, la liste soutenue par les étudiants obtient entre 135 et 140 sièges sur 250.

Vučić reconnaît sa défaite. Les résultats définitifs doivent encore être officialisés et la transition prendra plusieurs semaines.

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est le point de départ : seize morts, des familles qui demandent des comptes, des jeunes qui refusent de se taire.

La mobilisation n’est pas née d’une campagne publicitaire ou d’un grand parti traditionnel. Elle est née d’une exigence de justice.

Et elle a fini par gagner dans les urnes.

Brésil : Lula inflige une nouvelle défaite au bolsonarisme

Dimanche 25 octobre, les Brésiliens ont eux aussi fait un choix lourd de conséquences.

Luiz Inácio Lula da Silva a remporté un quatrième mandat présidentiel en battant Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et candidat de l’extrême droite.

Le résultat était loin d’être acquis. Flávio Bolsonaro était arrivé en tête au premier tour. Mais Lula a renversé la situation au second, avec plus de quatre millions de voix d’avance.

Son adversaire a refusé de reconnaître sa défaite et annoncé vouloir contester le résultat.

Le Brésil connaît le bolsonarisme. Ses discours, ses attaques contre les institutions, sa manière de présenter les opposants politiques comme des ennemis.

Pour la deuxième fois consécutive à une présidentielle, les électeurs ont refusé de confier la présidence à cette famille politique.

Le résultat ne signifie pas que l’extrême droite brésilienne a disparu. Elle conserve un électorat important et une influence politique considérable.

Mais elle a perdu.

Et dans une Amérique latine où la droite radicale a remporté plusieurs succès récents, cette défaite compte.

Israël : Netanyahu perd sa majorité, mais pas encore le pouvoir

En Israël, les élections du 27 octobre ont placé Benjamin Netanyahu dans une situation délicate.

Le Likoud reste la première formation politique, mais la coalition sortante, composée notamment de partis ultranationalistes et religieux, n’atteint plus les 61 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité à la Knesset, qui compte 120 députés.

Les résultats partiels du 28 octobre donnaient environ 56 sièges au bloc gouvernemental, contre 63 auparavant. Les partis arabes pourraient jouer un rôle décisif dans la formation d’une autre majorité.

Il serait pourtant faux d’annoncer la chute de Netanyahu. L’opposition reste divisée et plusieurs de ses composantes refusent de gouverner avec les partis arabes. Le Premier ministre pourrait donc rester en fonction à titre intérimaire, voire bénéficier de nouvelles élections.

Autre élément préoccupant : Netanyahu a commencé à mettre en cause la régularité du scrutin, accusant les partis arabes de pratiques frauduleuses, sans que ces accusations soient établies.

La situation israélienne est particulièrement complexe. Le rejet de la coalition sortante ne constitue pas automatiquement une victoire du camp de la paix ou de la gauche. Une grande partie de l’opposition à Netanyahu appartient elle-même à la droite.

Mais après des années de tensions politiques, de guerre et de contestation, sa coalition ne dispose plus de la majorité parlementaire sur laquelle elle s’appuyait.

C’est déjà un changement important.

Le pouvoir de la peur a-t-il atteint ses limites ?

Quatre pays. Des histoires différentes. Des peuples qui n’ont pas nécessairement les mêmes aspirations politiques.

Pourtant, une mécanique commune apparaît.

Pendant longtemps, des dirigeants nationalistes ont construit leur autorité sur la peur : peur de l’étranger, peur du changement, peur de perdre son identité, peur d’un ennemi intérieur ou extérieur.

Ils ont promis l’ordre, la sécurité, la grandeur nationale.

Mais que reste-t-il de ces promesses lorsque les citoyens constatent que la corruption persiste, que les institutions s’affaiblissent ou que leur vie quotidienne ne s’améliore pas ?

En Hongrie, les électeurs ont sanctionné seize années de pouvoir. En Serbie, les étudiants ont refusé que la corruption et l’impunité deviennent une fatalité. Au Brésil, une majorité a préféré reconduire Lula plutôt que de rendre le pouvoir au clan Bolsonaro.

Ces votes ne racontent pas exactement la même histoire. Ils rappellent néanmoins que la peur ne suffit pas toujours à conserver le pouvoir.

Et qu’un gouvernement peut contrôler une grande partie du débat politique sans contrôler indéfiniment les choix des électeurs.

Et pendant ce temps, en Europe occidentale…

En France, en Belgique, en Allemagne et ailleurs, l’extrême droite continue pourtant de progresser ou de peser sur les débats.

Ses thèmes sont repris par des partis qui, hier encore, prétendaient s’y opposer. L’immigration devient une explication commode à des difficultés qui touchent aussi au logement, aux salaires, à l’accès aux soins et aux services publics.

On promet de remettre de l’ordre. On désigne des responsables. On durcit le vocabulaire.

Et l’on oublie parfois de poser une question toute simple : qu’est-ce que ces politiques ont réellement amélioré dans les pays où elles ont été appliquées ?

La Hongrie d’Orbán devrait nous pousser à examiner les conséquences de seize années de pouvoir nationaliste sur les institutions démocratiques.

La Serbie devrait nous rappeler ce qui peut arriver lorsque les citoyens perdent confiance dans ceux qui sont censés les protéger.

Et le Brésil nous enseigne au moins ceci : une victoire de l’extrême droite n’est jamais irréversible.

Il serait cependant dangereux de croire que ces résultats annoncent une vague mondiale uniforme. L’extrême droite conserve de puissants soutiens, et plusieurs pays connaissent toujours une progression des mouvements nationalistes.

L’histoire ne se déroule pas dans un seul sens.

Peut-être que les peuples commencent simplement à dire : ça suffit

Il y a quelque chose de particulièrement fort dans les images venues de Serbie.

Des étudiants qui ont marché pendant des mois. Des familles qui réclamaient justice. Des citoyens qui ont continué à manifester malgré les pressions. Puis, un dimanche, des bulletins de vote qui mettent fin à quatorze années de domination politique.

Cela ne garantit pas que le prochain gouvernement sera meilleur. Les nouveaux dirigeants devront eux aussi rendre des comptes.

Mais le pouvoir a changé de mains.

En Hongrie, Viktor Orbán semblait installé pour longtemps. Il a perdu.

Au Brésil, le nom Bolsonaro n’a pas suffi pour reconquérir la présidence.

En Israël, Benjamin Netanyahu découvre que même une coalition solidement ancrée à droite peut perdre sa majorité.

Alors, oui, nous pouvons poser cette question : et si les peuples qui ont expérimenté les gouvernements autoritaires commençaient à en mesurer le prix ?

À Radio Solidarité, nous défendons une conviction : la démocratie ne consiste pas simplement à déposer un bulletin dans une urne tous les quatre ou cinq ans. Elle suppose une justice indépendante, une presse libre, des institutions qui rendent des comptes et des citoyens qui peuvent contester le pouvoir sans être traités comme des ennemis.

Les résultats de ces dernières semaines ne prouvent pas que le monde se débarrasse de l’extrême droite. Ce serait aller trop vite.

Ils prouvent quelque chose de plus concret : même les dirigeants qui se croient indispensables peuvent être battus.

Et cette semaine, de Belgrade à Brasília, les électeurs viennent de le leur rappeler.

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