Le 8 mai 2026, au Cinex de Namur, la Coalition du 8 Mai organisait une soirée profondément humaine, politique et bouleversante autour d’un thème essentiel : les femmes résistantes d’hier et d’aujourd’hui.
Pendant plus d’une heure et vingt-six minutes, des femmes engagées ont pris la parole pour raconter des parcours de courage, de lutte et de dignité. Des résistantes de la Seconde Guerre mondiale aux militantes d’aujourd’hui, cette soirée a construit un pont entre les générations et rappelé une évidence devenue urgente :
Avant toute chose, il faut le dire honnêtement : ce podcast n’est pas une production studio parfaitement calibrée.
Le son fluctue parfois. Certaines voix sont plus lointaines. Des applaudissements couvrent quelques phrases. Des micros saturent par moments.
Mais cette captation a été réalisée en public, dans les conditions réelles d’une soirée militante et mémorielle. Et finalement, une question traverse tout cet enregistrement :
Qu’est-ce qui compte le plus ? La perfection technique… ou la force des histoires racontées ?
Chez Radio Solidarité, nous avons choisi depuis longtemps notre réponse.
Parce qu’au-delà des imperfections sonores, ce qui ressort de cette soirée, ce sont des paroles puissantes. Des récits qui frappent. Des témoignages qui rappellent que le fascisme, les exclusions et les violences ne sont pas seulement des souvenirs du passé.
Ellen De Soete : « La mémoire est un devoir »
L’un des moments les plus forts du podcast est sans doute le témoignage d’Ellen De Soete, présidente de la Coalition 8 Mai nationale. Elle y raconte l’histoire de sa mère, entrée dans la Résistance à seulement 17 ans à Bruges. Agent de liaison, transporteuse d’armes et de dynamite, elle sera arrêtée et torturée par la Gestapo sans jamais dénoncer ses camarades. Son frère Albert sera fusillé avec 60 autres résistants.
À travers ce récit familial, Ellen rappelle que le fascisme ne commence pas toujours avec des uniformes ou des bottes militaires :
« Le fascisme commence parfois par des mots. »
Des mots qui divisent. Des discours qui opposent les pauvres, les migrants, les minorités ou les syndicats. Des discours qui rendent progressivement l’inacceptable acceptable.
Des résistantes invisibilisées par l’Histoire
Tout au long de la soirée, plusieurs femmes ont présenté le parcours de résistantes belges trop souvent oubliées.
Marie Mercier, résistante communiste, transformait son café en lieu de refuge et de passage clandestin pour les personnes traquées par les nazis. Après la guerre, elle deviendra l’une des premières femmes bourgmestres de Belgique.
Marie-Noël, originaire de Viroinval, cachait des réfractaires, distribuait des journaux clandestins et ravitaillait le maquis avant d’être déportée à Ravensbrück où elle mourra quelques semaines avant la Libération.
Lucienne Pagès, surnommée « la rusée Lully », utilisait l’intelligence, la discrétion et la ruse comme armes de résistance. Son histoire a été reliée aux luttes LGBTQIA+, antiracistes et féministes actuelles par Kira, militante trans noire et migrante.
Monique, Simone, Joséphine, Hélène ou encore Madeleine ont également été mises à l’honneur à travers des témoignages bouleversants mêlant mémoire historique et combats sociaux contemporains.
Résister aujourd’hui : pauvreté, syndicalisme et droits humains
Cette soirée ne s’est jamais limitée à la mémoire du passé.
Chaque intervenante a fait le lien avec les résistances d’aujourd’hui : lutte contre la pauvreté, montée de l’extrême droite, discriminations, violences sociales, racisme, homophobie, transphobie ou destruction des droits sociaux.
Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a livré un témoignage particulièrement fort sur les mécanismes d’exclusion sociale et sur la manière dont certaines politiques désignent les pauvres comme responsables de leur situation.
Elle rappelle que résister, aujourd’hui, c’est aussi défendre le droit à la dignité humaine :
« Ça ira et il y aura un demain. »
De son côté, Malika a présenté son « Escape Game Extrême Droite », un outil pédagogique destiné à sensibiliser les jeunes et les travailleurs aux mécanismes de propagation des idées fascisantes et des discours de haine.
Gaza, migrations, camps et nouvelles formes de fascisme
Impossible également d’ignorer la portée politique de certains témoignages.
Plusieurs intervenantes ont évoqué Gaza, les camps de réfugiés, les politiques migratoires européennes, les violences policières ou encore les nouvelles formes de surveillance et d’enfermement.
Le slam final de Julie Lombé a probablement marqué durablement la salle. Dans un texte d’une intensité rare, elle relie les camps nazis d’hier aux centres fermés, aux politiques migratoires et aux logiques d’exclusion actuelles. Elle rappelle que les mécanismes de déshumanisation existent encore aujourd’hui sous d’autres formes.
Son texte est à la fois une alerte, une colère et un appel à continuer à parler, écrire, créer et résister.
Une soirée de mémoire… mais surtout de transmission
Ce podcast n’est pas seulement un document sonore.
C’est un morceau de mémoire collective. Une archive vivante. Un témoignage politique. Une transmission.
Dans une époque où les idées d’extrême droite progressent partout en Europe, cette soirée rappelle que les résistantes d’hier ne sont pas des statues figées dans les livres d’Histoire.
Elles vivent encore à travers celles et ceux qui refusent aujourd’hui l’injustice, la haine et l’exclusion.
Et comme le rappelle le générique de fin :
« Derrière leurs noms, il y en a des milliers d’autres. »
Cet enregistrement a été réalisé en captation publique. Malgré quelques variations de qualité sonore, nous avons choisi de préserver l’authenticité et la force des témoignages de ces femmes résistantes.
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Ce 30 mars, notre équipe était présente à Bruxelles pour suivre la journée consacrée au Masterplan de lutte contre l’absence de chez-soi, porté par Bruss’help.
Pour Radio Solidarité, José et Luc, nos reporters, étaient sur place, micro en main, pour aller à la rencontre des acteurs du terrain, des responsables associatifs et des représentants politiques.
Une journée dense, marquée par une forte mobilisation, mais surtout par une réalité qui s’impose à tous : le sans-abrisme ne cesse de s’aggraver, et les réponses actuelles ne suffisent plus.
Dès les premières heures, le ton est donné. Plus de 200 participants, issus du secteur du sans-abrisme mais aussi de la santé, du logement, des administrations et du monde politique, sont réunis.
Pour Éric Crusson, cette diversité est essentielle :
Toutes les parties prenantes étaient présentes. Cela montre que la question du sans-abrisme dépasse aujourd’hui largement le seul secteur social.
Bruss’help ne se positionne pas comme un acteur militant, mais comme un coordinateur et producteur de recommandations, basé sur le terrain, la recherche et le dénombrement. Le message adressé au politique est clair : les solutions existent, encore faut-il les mettre en œuvre.
Un changement de paradigme : remettre le logement au centre
Le Masterplan marque une évolution importante dans la manière d’aborder le sans-abrisme.
Comme le souligne Pierre-Yves, impliqué dans sa mise en œuvre :
Le premier changement, c’est de remettre le logement au cœur. Le second, c’est de travailler ensemble, entre secteurs.
Fini le cloisonnement. Le sans-abrisme n’est plus considéré comme une problématique isolée, mais comme le résultat d’un ensemble de facteurs : précarité, santé, migration, ruptures familiales, accès aux droits.
Cette approche transversale est aujourd’hui largement partagée. Mais elle implique une transformation profonde des pratiques.
Prévenir plutôt que réparer
L’un des axes majeurs du Masterplan est la prévention.
Et sur ce point, certains témoignages sont sans appel.
Du côté de l’aide à la jeunesse, le constat est brutal : des centaines de jeunes sont identifiés très tôt comme étant à risque… sans qu’aucune solution structurelle ne leur soit garantie à leur majorité.
On n’est même plus dans la prévention, mais dans la prévisibilité.
Un aveu qui résume à lui seul l’urgence d’agir en amont.
Les invisibles du sans-abrisme : une réalité massive
Au fil des échanges, un mot revient sans cesse : les invisibles.
Ceux que l’on ne voit pas dans la rue. Ceux qui dorment chez un ami, dans un garage, sur un canapé, dans des conditions précaires et instables.
Les fameux “divans dormeurs”.
Pour Pierre Verbeeren, directeur du CPAS de Bruxelles :
Une partie importante des personnes que nous accompagnons vivent chez un tiers. Le problème n’est pas seulement de les identifier, mais de trouver des solutions de logement.
Même analyse du côté de la Fédération des services sociaux :
Le vrai problème, ce n’est pas qu’ils soient invisibles. C’est qu’il n’y a pas de solutions à leur proposer.
Une réalité qui élargit considérablement la définition du sans-abrisme.
Le logement : le nœud du problème
Tous les intervenants convergent sur un point : sans logement accessible, aucune politique ne pourra fonctionner.
Laurent Demoulin, de l’ASBL Diogène, le rappelle avec force :
Sortir de la rue et se maintenir en logement est devenu extrêmement difficile avec les revenus actuels et le prix du marché.
Son association développe des dispositifs comme le Housing First, avec des résultats concrets : des taux de maintien en logement proches de 80%.
Mais même ces initiatives se heurtent à une réalité incontournable : le manque de logements disponibles et abordables.
Le logement de transit, l’hébergement d’urgence, les solutions temporaires… tout finit par saturer.
Le problème, c’est la sortie. Il n’y a pas assez de solutions durables.
Des publics particulièrement fragilisés
Certains publics restent en première ligne.
Les personnes sans titre de séjour, d’abord, souvent exclues des dispositifs classiques et contraintes de vivre dans des conditions extrêmement précaires.
Les enfants et les familles, ensuite, dont la présence dans la rue reste une réalité malgré les engagements politiques.
Et enfin, toutes ces personnes en situation de précarité diffuse, ni totalement à la rue, ni réellement logées, qui naviguent entre débrouille et survie.
Une responsabilité politique assumée… mais attendue
Présents lors de cette journée, Karine Lalieux et Ahmed Laouej ont tous deux insisté sur la nécessité de mieux coordonner les politiques sociales et de logement.
Karine Lalieux rappelle que beaucoup de personnes vivent aujourd’hui dans des situations invisibles :
Beaucoup de personnes vivent les unes chez les autres, dans une instabilité permanente. Il faut leur permettre d’accéder à un toit digne.
Ahmed Laouej, lui, élargit encore le débat :
Ce n’est pas qu’une question de moyens. C’est une question de dignité humaine. Personne n’est à l’abri.
Pour lui, la lutte contre le sans-abrisme pose une question fondamentale :
Quelle société voulons-nous ? Une société du chacun pour soi, ou une société qui n’abandonne personne ?
Un plan ambitieux, mais un défi immense
Le Masterplan propose une vision claire :
prévenir l’entrée dans la rue
réduire le temps passé sans logement
stabiliser les parcours
lutter contre les violences institutionnelles
Sur le papier, le consensus est là.
Sur le terrain, l’urgence aussi.
Mais entre les deux, il reste une étape cruciale : le passage à l’action.
Car comme le rappellent de nombreux acteurs présents :
sans volonté politique forte, sans moyens adaptés, sans réforme du marché du logement, rien ne changera réellement.
Écouter, comprendre… et ne plus détourner le regard
Ce que cette journée a surtout mis en lumière, ce sont des réalités humaines.
Des parcours brisés. Des situations invisibles. Des professionnels à bout de souffle. Des solutions qui existent, mais qui peinent à être généralisées.
Et une conviction partagée :
le sans-abrisme n’est pas une fatalité.
Mais il ne disparaîtra pas non plus sans un choix clair, collectif et assumé.
Ils ont pris la parole. À vous d’écouter.
Le sans-abrisme ne se voit pas toujours. Il ne se limite pas à la rue. Il se cache aussi dans des canapés, des garages, des solutions de fortune… et dans des vies en suspens.
À Bruxelles, lors de la journée du Masterplan organisée par Bruss’help, notre équipe est allée à la rencontre de celles et ceux qui agissent, alertent et cherchent des solutions.
Au micro de José et Luc, des témoignages forts, des constats sans détour, et une question qui nous concerne tous :
quelle société voulons-nous construire ?
Écoutez dès maintenant notre podcast Des voix du terrain Des réalités souvent invisibles Et des pistes pour agir autrement
Parce que comprendre, c’est déjà commencer à changer les choses.
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Ce 8 avril 2026, à l’occasion de la Journée internationale des Roms, nous étions présents au Foyer à Molenbeek pour un déjeuner-rencontre réunissant associations, institutions et personnes issues des communautés roms. L’objectif : échanger sur la réalité des Roms aujourd’hui, déconstruire les stéréotypes et donner la parole à différentes générations.
Au cœur des discussions : l’évolution de la vie des Roms en Belgique à travers trois générations. De l’arrivée souvent marquée par la précarité, à la stabilisation progressive, jusqu’à une nouvelle génération qui étudie, s’engage et construit son avenir.
Après ce moment d’échanges, nous avons rencontré Koen Geurts du Foyer, puis Mariana, 21 ans, étudiante, pour prolonger la réflexion.
Briser les stéréotypes : « montrer la vraie vie des Roms »
Pour Koen Geurts, cette journée du 8 avril a une importance particulière. Elle permet de changer le regard porté sur les Roms et de sortir d’une vision uniquement centrée sur les difficultés.
Selon lui, la médiatisation des Roms se limite trop souvent à la mendicité, à la précarité ou aux problèmes sociaux. Or, la réalité est beaucoup plus complexe et surtout beaucoup plus diverse.
Il rappelle également que parler « des Roms » au singulier n’a pas vraiment de sens. Derrière ce terme se cachent de nombreuses communautés, avec des origines, des parcours et des réalités différentes. À Bruxelles, on retrouve par exemple des personnes originaires de Roumanie, de Bulgarie, de Slovaquie, de l’ex-Yougoslavie ou encore de Syrie.
Même au sein d’un même pays d’origine, les communautés sont multiples, avec des logiques et des vécus distincts. Koen insiste sur ce point : il n’existe pas une seule identité rom, mais une grande diversité.
Il rappelle aussi la présence en Belgique des Gens du voyage, parmi lesquels on retrouve notamment des Manouches, des Sinti et des Roms, mais aussi des voyageurs non roms. Là encore, la diversité est la règle.
Pour Koen, la nouvelle génération représente un véritable espoir. Elle grandit entre plusieurs cultures, s’adapte, garde certaines traditions tout en intégrant de nouvelles valeurs. Cette évolution progressive montre une dynamique positive au sein des communautés roms.
Mariana, 21 ans : une identité entre héritage et avenir
Mariana, 21 ans, d’origine roumaine et vivant à Bruxelles, incarne cette nouvelle génération évoquée par Koen. Pour elle, être Rom aujourd’hui, c’est avant tout une culture, des traditions et un héritage familial, mais aussi une identité qui évolue dans le temps.
Ayant grandi en Belgique, elle explique vivre entre deux cultures : la culture rom transmise par sa famille et la société belge dans laquelle elle a grandi. Cette double appartenance crée une identité en constante construction, différente de celle de ses parents.
Elle souligne aussi que la réalité a changé entre les générations. Ses parents ont connu des débuts difficiles, marqués par l’instabilité, les déplacements entre plusieurs pays et des conditions de vie précaires. Aujourd’hui, elle et ses frères vivent une réalité différente, avec comme priorités les études, les amis et la construction d’un avenir professionnel.
Mariana vient d’ailleurs d’obtenir un bachelier en sociologie-anthropologie et poursuit actuellement un master en sciences du travail avec l’objectif de travailler dans les ressources humaines. Elle assume fièrement ce parcours qu’elle considère comme une manière de montrer une autre réalité des Roms, loin des clichés.
La mendicité : une nécessité, pas une culture
Un autre point important abordé durant l’interview concerne la mendicité, souvent associée aux Roms. Mariana est très claire : ce n’est pas un choix culturel, mais une nécessité pour certaines personnes qui n’ont pas d’autres moyens de subsistance.
Selon elle, les personnes qui mendient cherchent avant tout à sortir de cette situation et aspirent à une vie meilleure. Elle rappelle que ces réalités concernent surtout des situations de grande précarité et ne représentent pas l’ensemble des communautés roms.
Le 8 avril, une journée symbolique
Pour Mariana, la Journée internationale des Roms est importante. Depuis son enfance, elle la célèbre avec sa famille au Foyer. C’est une journée pour se retrouver, échanger, déconstruire les stéréotypes et donner une autre image des communautés roms.
Cette journée permet aussi de mettre en avant des parcours inspirants et de rappeler que les Roms font partie intégrante de la société belge d’aujourd’hui.
Écoutez maintenant nos interviews réalisées après le déjeuner avec Koen Geurts et Mariana. Une rencontre humaine, sincère et porteuse d’espoir, qui montre l’évolution des communautés roms à travers les générations et l’importance de donner la parole à celles et ceux qui vivent ces réalités au quotidien.
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Le 12 mars 2026, Bruxelles a de nouveau été le théâtre d’une démonstration de force sociale majeure. La police a annoncé 80 000 manifestants, tandis que les syndicats ont avancé le chiffre de plus de 100 000 personnes. Tous les grands marqueurs d’une journée de mobilisation étaient là : transports fortement perturbés, départs annulés à Brussels Airport, écoles et services touchés, et une foule immense entre Bruxelles-Nord et Bruxelles-Midi.
Mais réduire cette journée à une simple manifestation syndicale serait passer à côté de l’essentiel.
Car dans les rues de Bruxelles, ce 12 mars, il n’y avait pas seulement des travailleurs en lutte. Il y avait aussi le monde associatif, des étudiants, des militants de la lutte contre la pauvreté, des acteurs de la culture, des personnes engagées dans l’accueil des migrants, des pensionnés, des travailleurs de la petite enfance, des jeunes, et même des voix venues d’ailleurs en Europe, notamment de La France insoumise, pour dire que cette bataille n’est pas seulement belge.
Car dans les rues de Bruxelles, ce 12 mars, il n’y avait pas seulement des travailleurs en lutte. Il y avait aussi le monde associatif, des étudiants, des militants de la lutte contre la pauvreté, des acteurs de la culture, des personnes engagées dans l’accueil des migrants, des pensionnés, des travailleurs de la petite enfance, des jeunes, et même des voix venues d’ailleurs en Europe pour dire que cette bataille dépasse largement les frontières de la Belgique.
Une mobilisation massive et déterminée
Dès les premières heures de la matinée, les cortèges se sont formés dans les rues de la capitale. Les drapeaux syndicaux dominaient, mais ils étaient loin d’être les seuls. Des associations, des collectifs citoyens, des organisations de solidarité et des militants venus de différents secteurs de la société se sont joints au mouvement.
La mobilisation s’inscrit dans une contestation plus large des réformes annoncées par le gouvernement fédéral, notamment sur les pensions, le chômage, les services publics et les politiques sociales.
Malgré quelques incidents isolés en marge de la manifestation, la mobilisation s’est déroulée dans une ambiance globalement déterminée mais pacifique. L’essentiel de la journée s’est concentré sur les revendications sociales et sur la volonté de montrer l’ampleur du mécontentement.
Une convergence entre syndicats et monde associatif
Ce qui a particulièrement marqué cette mobilisation, c’est la présence massive du monde associatif aux côtés des syndicats.
Lisa, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, explique que cette présence est logique. Selon elle, les politiques actuelles risquent d’aggraver une précarité déjà très présente dans la société.
« Tant que les mesures ne changeront pas et qu’il y aura toujours autant de précarité, on sera là », résume-t-elle.
Dans les cortèges, on croisait notamment des militants d’ATD Quart Monde, des Équipes populaires, des organisations de solidarité et de nombreux travailleurs sociaux.
Pour beaucoup, la manifestation est l’occasion de rappeler que la pauvreté ne se résume pas à des statistiques : elle touche des vies concrètes.
La pauvreté au cœur du débat
Parmi les voix présentes dans la manifestation, celle de Christine Mahy, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a rappelé l’enjeu central de cette mobilisation.
Pour elle, certaines mesures risquent de provoquer exactement l’inverse de ce qui est annoncé : non pas une société plus efficace, mais une société plus fragile.
Au fil des discussions dans la manifestation, elle rapporte des témoignages inquiétants. Des travailleuses de CPAS expliquent ne plus avoir suffisamment de temps pour accompagner les personnes en difficulté. Des enseignants évoquent la suppression de repas gratuits dans certaines écoles, alors que pour certains enfants, ce repas constitue parfois le seul de la journée.
« Créer de la pauvreté, c’est créer de la colère et des risques pour la démocratie », explique-t-elle.
Elle critique également une vision méritocratique de la société selon laquelle chacun pourrait s’en sortir par sa seule volonté. Pour elle, cette vision ignore les inégalités structurelles et les obstacles réels auxquels sont confrontées de nombreuses personnes.
Migrants et État de droit
Dans la manifestation, les organisations qui travaillent avec les personnes migrantes étaient également présentes.
Antoine, du CIRE (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers), rappelle que les associations observent une multiplication des difficultés administratives et des politiques de plus en plus restrictives.
Selon lui, la situation devient particulièrement préoccupante lorsque certaines décisions de justice ne sont plus respectées par les autorités politiques.
« L’État de droit est un pilier de la démocratie », explique-t-il. « Si les décisions de justice ne sont plus respectées, c’est toute la crédibilité des institutions qui est en jeu. »
Petite enfance : un secteur sous pression
Dans les cortèges, des travailleuses de la petite enfance étaient également présentes.
Sylvie décrit un secteur qui souffre d’un manque chronique de personnel et de moyens. Les professionnels doivent déjà faire face à une charge de travail importante, et les nouvelles mesures risquent d’accentuer encore la pression.
« On nous demande toujours de faire plus avec moins », explique-t-elle. « Mais les enfants ne sont pas des machines. Ce sont des vies. »
Selon elle, si la sécurité physique des enfants reste assurée, la qualité de l’accompagnement humain se dégrade faute de temps et de personnel.
Étudier devient un luxe
La jeunesse était elle aussi bien présente dans les rues de Bruxelles.
Juliette, étudiante à Bruxelles, évoque les difficultés financières auxquelles sont confrontés de nombreux étudiants.
Avec l’augmentation du minerval, le coût des logements étudiants et la hausse générale du coût de la vie, poursuivre des études supérieures devient de plus en plus difficile pour certaines familles.
« Avec le prix des études aujourd’hui, c’est presque un luxe de pouvoir étudier », explique-t-elle.
Le monde humanitaire également touché
Les conséquences des politiques budgétaires ne concernent pas seulement les travailleurs ou les étudiants.
Amédée, qui travaille à la Croix-Rouge, explique que certaines coupes budgétaires pourraient entraîner la fermeture de centres d’accueil pour demandeurs d’asile.
Pour lui, la situation est paradoxale : les besoins d’accueil restent importants, mais les moyens pour assurer ces missions diminuent.
Une mobilisation qui dépasse la Belgique
Dans le cortège, on pouvait également apercevoir des militants venus d’autres pays européens.
Des membres de La France insoumise étaient présents avec leurs drapeaux. Pour eux, la mobilisation belge s’inscrit dans un contexte plus large de politiques d’austérité et de réformes sociales contestées dans plusieurs pays européens.
Selon Arnaud et Victor, les débats sur les pensions, les services publics ou les politiques migratoires dépassent largement les frontières nationales.
« Les peuples européens sont confrontés à des politiques similaires », expliquent-ils. « C’est pour cela que les mobilisations doivent aussi dialoguer entre elles. »
Antifascisme et libertés démocratiques
Parmi les organisations présentes, des militants du front antifasciste participaient également à la manifestation.
Christophe explique que leur présence s’inscrit dans la défense des droits sociaux mais aussi des libertés démocratiques.
Selon lui, lorsque les gouvernements commencent à désigner les mouvements antifascistes comme des ennemis, cela peut être le signe d’un durcissement du climat politique.
Il insiste toutefois sur un point : la mobilisation doit rester pacifique et permettre de défendre les droits sans violence.
La jeunesse engagée
Juan, jeune militant du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, souligne l’importance de la présence des jeunes dans la mobilisation.
À 24 ans, il estime que la nouvelle génération doit participer aux luttes sociales et ne pas laisser uniquement aux générations précédentes la responsabilité de défendre les droits sociaux.
Pour lui, la manifestation est avant tout un message collectif.
« Si on arrive à rassembler plus de personnes, on aura plus de force. »
Une mobilisation qui ne fait que commencer
Au fil des interviews et des discussions dans les cortèges, un message revient constamment : cette manifestation n’est qu’une étape.
Les organisations syndicales et associatives envisagent déjà d’autres actions si les politiques actuelles ne changent pas.
Pour beaucoup de manifestants, le 12 mars marque surtout un moment de rencontre entre des luttes différentes : travailleurs, étudiants, militants associatifs, défenseurs des migrants, acteurs de la culture, du climat et de la solidarité.
Et dans cette convergence, certains voient déjà la construction d’un rapport de force capable de peser sur les décisions politiques à venir.
Une chose est sûre : avec plus de 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, la voix de la contestation sociale s’est faite entendre bien au-delà de la capitale belge.
Laurent Frémal
Écoutez nos replays podcast
Cette manifestation du 12 mars 2026 à Bruxelles ne se résume pas à des images de foule : ce sont avant tout des voix, des témoignages et des analyses venues du terrain. Pour prolonger cet article, Radio Solidarité vous propose deux replays podcast à écouter dès maintenant sur notre site. Dans le premier, retrouvez l’ensemble des rencontres réalisées dans la manifestation : militants associatifs, travailleurs, étudiants, acteurs du monde social et humanitaire partagent leurs préoccupations et leurs espoirs. Dans le second podcast, nous vous proposons un échange plus approfondi avec Christophe de la FGTB Namur-Luxembourg et Christine Mahy du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, pour analyser les enjeux de cette mobilisation et comprendre ce qui se joue aujourd’hui pour les droits sociaux en Belgique et en Europe.
Deux écoutes complémentaires pour prendre le temps d’entendre celles et ceux qui étaient dans la rue.
Les interviews ont été réalisées en direct au cœur de la manifestation, dans une ambiance sonore parfois très bruyante. La qualité audio peut donc varier selon les moments, mais nous avons choisi de préserver ces témoignages tels qu’ils ont été recueillis pour garder toute l’authenticité de cette journée de mobilisation.
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Depuis trois décennies, le festival Namur en Mai transforme le cœur de Namur en immense scène à ciel ouvert. Spectacles de rue, cirque, théâtre forain, cabarets, performances aériennes… chaque printemps, la ville devient un lieu de rencontres et d’émotions partagées.
À l’occasion de son 30ᵉ anniversaire, Radio Solidarité a rencontré Samuel Chappel, qui dirige le festival depuis une dizaine d’années. Une discussion autour de l’histoire du festival, de son rôle social et culturel, mais aussi des défis auxquels la culture de rue doit faire face aujourd’hui.
Lorsque l’on évoque les trente ans du festival, Samuel Chappel rappelle que l’idée fondatrice reste étonnamment moderne : rassembler les gens dans l’espace public autour de spectacles.
Selon lui, cette intuition née il y a trente ans reste plus pertinente que jamais. Le festival permet de transformer la rue en véritable théâtre et de créer un espace de rencontre entre les citoyens. Dans un monde marqué par les crises et les tensions, ces moments collectifs sont devenus essentiels.
Le festival devient ainsi un repère dans une société en mutation. Il offre la possibilité de rêver ensemble, de partager des émotions et de réfléchir à d’autres manières de vivre ensemble.
La culture comme espace de résistance
Pour l’équipe du festival, proposer des spectacles dans l’espace public relève presque aujourd’hui d’un acte de résistance culturelle.
Samuel Chappel souligne que notre société est de plus en plus fragmentée et que les réseaux sociaux ont remplacé une partie des espaces de dialogue. Les festivals comme Namur en Mai permettent au contraire de recréer du lien humain.
L’objectif n’est pas de donner des réponses toutes faites, mais plutôt de poser des questions à travers les spectacles. Les artistes invitent le public à réfléchir, à ressentir et à partager des émotions universelles.
Une programmation anniversaire riche et variée
Pour célébrer les 30 ans du festival, plusieurs nouveautés sont prévues.
Une réorganisation de certains espaces permettra d’accueillir davantage de spectacles. Le cabaret, quant à lui, sera déplacé au Delta, afin d’offrir de meilleures conditions de confort pour le public et les artistes.
Une exposition retraçant l’histoire visuelle du festival sera également organisée avant l’événement, avec une rétrospective des affiches qui ont marqué ces trente années.
Comme chaque année, la programmation réunira à la fois des compagnies invitées et des compagnies accueillies, proposant une grande diversité de disciplines : cirque, théâtre d’objets, performances aériennes ou encore spectacles de feu.
Ces créations mêlent souvent spectacle et réflexion, abordant des thématiques contemporaines tout en restant accessibles au grand public.
Des spectacles gratuits au cœur du projet
L’une des particularités du festival est de maintenir une grande partie de sa programmation gratuite ou au chapeau dans l’espace public.
Pour Samuel Chappel, cet aspect est fondamental. Les spectacles de rue permettent d’atteindre des personnes qui ne fréquentent pas forcément les salles de spectacle.
Dans la rue, il n’y a pas de filtre à l’entrée. Tout le monde peut s’arrêter, regarder un spectacle et découvrir une forme artistique.
Maintenir ce modèle reste cependant un véritable défi. Les financements diminuent, les coûts augmentent et les exigences de sécurité sont de plus en plus importantes. Malgré cela, l’équipe du festival se bat pour préserver cet accès à la culture pour tous.
Les arts de la rue, une tradition universelle
Les arts de la rue et les arts forains comptent parmi les formes artistiques les plus anciennes. Jonglerie, cirque, clown… ces expressions ont traversé les siècles et continuent aujourd’hui de toucher un public très large.
Pour les organisateurs, ces disciplines restent plus actuelles que jamais. Elles permettent de créer du lien social et participent aussi au dynamisme économique et touristique d’une ville.
Chaque année, des milliers de spectateurs se retrouvent dans les rues de Namur pour vivre ces moments collectifs. Un succès qui témoigne de l’attachement du public au festival.
Le cabaret, une autre facette du festival
Depuis plusieurs années, Namur en Mai développe également une programmation de cabarets.
Ces spectacles s’inscrivent dans l’esthétique historique des arts forains et permettent de proposer des formes artistiques variées dans un même spectacle. Ils offrent aussi l’occasion d’aborder des thèmes contemporains comme le rapport au corps, au genre ou à la sexualité.
Selon les organisateurs, ces cabarets rencontrent un public très enthousiaste et complètent parfaitement l’offre de spectacles en rue.
Un festival populaire et exigeant
Namur en Mai revendique son caractère populaire. Mais pour les organisateurs, ce terme signifie avant tout que le festival appartient aux habitants et qu’il est accessible à tous.
Cette popularité ne signifie pas pour autant un manque d’exigence artistique. Les artistes invités sont des professionnels reconnus qui se produisent dans le monde entier.
Leur travail, souvent fruit de nombreuses années de création, est présenté dans un cadre particulier : la rue. Un espace imprévisible où un chien peut aboyer, une cloche d’église sonner ou un enfant traverser la scène.
C’est justement cette fragilité qui rend les spectacles vivants et uniques.
Imaginer les 30 prochaines années
Pour Samuel Chappel, les décennies à venir seront déterminantes pour notre société.
Nous arrivons, selon lui, à la fin d’un modèle social, économique et écologique. Les prochaines années devront permettre d’inventer de nouvelles manières de vivre ensemble.
Les festivals comme Namur en Mai peuvent contribuer à cette réflexion en proposant des espaces de rencontre, de créativité et d’imagination collective.
L’objectif n’est pas d’imposer des solutions, mais de nourrir l’espoir et l’envie de construire un monde meilleur.
« Un lieu de rencontre qui casse les frontières »
Lorsqu’on lui demande de résumer le festival en une phrase, Samuel Chappel répond :
« Namur en Mai, c’est un lieu de rencontre autour de spectacles intergénérationnels qui cassent les frontières entre les gens et nous invitent à repenser notre manière de vivre ensemble. »
Rendez-vous en mai dans les rues de Namur
La prochaine édition du festival Namur en Mai se déroulera les 14, 15 et 16 mai dans le centre de Namur.
Durant trois jours, les places et les rues de la ville se transformeront une nouvelle fois en théâtre à ciel ouvert, avec au programme : spectacles de rue, cirque, cabarets et performances artistiques venues du monde entier.
Retrouvez également l’interview complète de Samuel Chappel dans notre podcast sur Radio Solidarité.
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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Namur pour rappeler que l’égalité n’est toujours pas acquise. Entre pancartes, chants militants et prises de parole, la manifestation organisée par le Collectif 8 mars Namur a transformé les rues de la ville en un espace de mobilisation et de solidarité.
Dès le rassemblement devant le palais de justice, l’ambiance était déterminée mais aussi festive. Des slogans s’élevaient dans la foule :
« Je suis une femme, je suis un être humain. » « On ne peut pas être féministe sans être antifasciste. » « Solidaire avec celles et ceux qui prennent des coups. »
Pour les participantes et participants, le message est clair : le 8 mars n’est pas une fête, c’est une journée de lutte.
Le 8 mars : une journée de grève et de lutte
Pour les militantes du Collectif 8 mars Namur, cette date doit rester un moment d’action politique.
« Le 8 mars, ce n’est pas seulement une journée symbolique », explique Aline, membre du collectif. « C’est aussi une journée de grève. Une façon de rappeler que lorsque les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. »
Cette grève concerne à la fois le travail salarié mais aussi le travail invisible, celui qui est encore très majoritairement assuré par les femmes : tâches domestiques, soins aux proches, organisation du quotidien.
« On ne veut pas que le 8 mars devienne une simple kermesse », insiste-t-elle. « C’est une journée de mobilisation. »
Un féminisme qui dépasse les droits des femmes
Pour les organisatrices, le féminisme est aussi une réflexion globale sur la société.
« Quand les droits des femmes reculent, c’est toute la société qui recule », explique Aline. « Les politiques qui précarisent la population touchent particulièrement les femmes, parce qu’elles occupent souvent les secteurs les plus fragilisés : le soin, l’enseignement, le secteur associatif. »
Anne, également membre du collectif, rappelle que le féminisme est multiple.
« Nous sommes un collectif féministe queer, inclusif envers les minorités de genre. Être féministe, c’est œuvrer pour les droits des femmes mais aussi pour toutes les personnes discriminées. »
Le Congo : une guerre oubliée
La manifestation a également donné la parole à des femmes venues rappeler que les luttes féministes dépassent les frontières.
Béatrice Bashizi, originaire de la République démocratique du Congo, a témoigné de la situation dramatique dans l’est du pays.
« Le 8 mars est une journée de communion entre les femmes du monde entier », explique-t-elle.
Depuis plus de trente ans, les conflits dans cette région ont fait des millions de victimes. Les violences sexuelles y sont utilisées comme armes de guerre.
« Les corps des femmes sont utilisés comme armes de guerre », dénonce-t-elle. « On viole les femmes pour humilier des communautés entières et briser des peuples. »
Elle appelle la communauté internationale à ne plus détourner le regard.
« Nous voulons que la guerre du Congo ne soit plus une guerre oubliée. »
Une mobilisation internationale
Lors de la manifestation, un appel international circulait également pour soutenir les femmes congolaises.
Le message est simple : le 8 mars à midi, partout dans le monde, les femmes sont invitées à porter un foulard blanc et à publier un message de solidarité sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences subies par les femmes et les enfants en République démocratique du Congo.
Le foulard blanc symbolise l’innocence volée aux victimes de ces violences.
Deux films à voir pour comprendre
Pour celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre les violences faites aux femmes et les combats menés pour leur dignité, deux films sont particulièrement recommandés.
Muganga – Celui qui soigne
Inspiré de faits réels, ce film raconte le combat du docteur Denis Mukwege, gynécologue congolais et prix Nobel de la paix, qui consacre sa vie à soigner les femmes victimes de violences sexuelles liées aux conflits dans l’est de la République démocratique du Congo. À travers son engagement et celui des femmes qu’il accompagne, le film rappelle l’ampleur des violences subies mais aussi la force et la dignité de celles qui se battent pour se reconstruire.
La Maison des Femmes
Inspiré d’histoires vraies, ce film nous plonge dans un centre dédié à l’accueil et à l’accompagnement des femmes victimes de violences. On y découvre les parcours de femmes qui tentent de se reconstruire, entourées de soignants et de travailleurs sociaux engagés. Le film met en lumière l’importance de l’écoute, du soutien et de la solidarité pour permettre à ces femmes de reprendre leur vie en main.
Une mobilisation qui continue
Après les prises de parole devant le palais de justice, la manifestation a parcouru les rues de Namur avant de se terminer au Grognon. La journée s’est poursuivie avec des stands associatifs et un concert aux Abattoirs de Bomel.
Mais pour les militantes présentes, la mobilisation ne s’arrête pas au 8 mars.
« Cette lutte doit durer toute l’année », rappelle Anicée, membre du collectif. « Le 8 mars est un moment fort, mais le combat pour l’égalité continue chaque jour. »
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Pendant Viva les Droits, Radio Solidarité a installé son studio éphémère dans les locaux du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), à Namur. Après deux jours déjà intenses, un constat s’impose : on parle souvent de mobilité comme d’un sujet “technique”… mais sur le terrain, c’est surtout un accès (ou un barrage) à tous les autres droits. Et le thème du jour le résume parfaitement : “Pas de mobilité, pas de recours aux droits.”
Ce podcast donne la parole à celles et ceux qui vivent la réalité au quotidien : Christine Louis (témoin du vécu militante), Louise Guillory (MobileSM, centrale locale de mobilité), Françoise Minguet (RWLP), et Christine Mailly (RWLP) qui recadre le débat : la mobilité ne concerne pas seulement les travailleurs et les étudiants. Elle conditionne l’accès à la santé, l’administration, la justice, la culture, les liens familiaux, les activités sportives, la formation, l’emploi… bref, la vie.
La mobilité, ce droit “invisible” quand il disparaît
L’un des points forts de l’échange est simple, mais terriblement puissant : l’immobilité ne se voit pas. On compte les voyageurs qui montent dans un bus, un train, un taxi social. Mais on ne comptabilise pas celles et ceux qui, à force de galérer, finissent par renoncer : renoncer au rendez-vous, à la formation, au cinéma, au club de sport du petit, à la visite à un proche hospitalisé, à un service social… parce que “c’est trop compliqué”, “trop cher”, “il n’y a pas de correspondance”, “je ne sais pas comment faire”.
Et ce renoncement crée un mécanisme silencieux : isolement, repli, perte de lien, fatigue mentale, parfois honte aussi. La mobilité devient alors un révélateur d’injustice : quand elle manque, tout le reste s’éloigne.
Ruralité : quand le territoire lui-même met des barrières
Le podcast insiste sur une réalité wallonne bien connue… mais rarement assumée politiquement : dès qu’on sort des centres urbains (Namur, Liège, Charleroi, Mons, Arlon…), le maillage se dégrade très vite. Week-ends “vides”, jours fériés “vides”, soirées impossibles, correspondances trop longues, arrêts inexistants, gares qui ferment, lignes menacées, prix qui augmentent.
Dans certaines zones, la mobilité ressemble à un désert : on peut parfois rejoindre une grande gare… mais le “dernier kilomètre” (souvent le plus dur) reste sans solution. Et là, on bascule vers du système D, du privé, ou du renoncement.
MobileSM : orienter, connecter, rendre visible l’offre… quand elle existe
Louise Guillory (MobileSM) explique le rôle d’une centrale locale de mobilité : aider les citoyens à trouver la solution la plus avantageuse, en partant du plus accessible (TEC/SNCB), puis en explorant les opérateurs locaux (CPAS, communes, mutuelles, associations), et seulement ensuite le privé.
Un point clé ressort : l’information est un frein énorme. Beaucoup de personnes ignorent :
qu’il existe des aides via les mutuelles (surtout pour les transports médicaux/paramédicaux),
que des services communaux/CPAS existent parfois,
ou que le transport à la demande (TAD) à finalité sociale se développe.
Mais même avec cette organisation, les limites sont claires : soirées, week-ends, jours fériés = trous noirs. Et quand il n’y a plus d’alternative, on renvoie vers le taxi privé… souvent hors budget.
Témoignage depuis “au milieu des bois” : la mobilité devient une gymnastique quotidienne
Le témoignage de Djamina, éducatrice dans une maison d’accueil en province de Luxembourg, frappe fort. L’établissement est isolé, à plusieurs kilomètres du premier village, et loin d’une ville “importante”. Résultat : aller à la pharmacie, au médecin, à un rendez-vous administratif… devient un puzzle logistique.
La solution ? Faire venir les services, regrouper les rendez-vous, remplir les véhicules au maximum, anticiper parfois 15 jours à l’avance pour trouver un chauffeur. Et au passage, une question qui dérange : est-ce normal que des éducateurs et assistants sociaux deviennent, par nécessité, des chauffeurs ?
L’échange évite le cliché “il faut quitter la ruralité”. Il rappelle aussi que certains lieux retirés peuvent être nécessaires à la reconstruction : se poser, souffler après la rue, retrouver du calme. Mais si ces lieux existent, ils doivent être pris en considération, avec des solutions adaptées, pas avec l’abandon.
Le Miroir Vagabond : “penser mobilité” avant même de penser activité
Élise Jacquemin (Miroir Vagabond) décrit la réalité associative en territoire rural : pour toucher les publics fragilisés, la mobilité n’est pas un détail — c’est le point de départ de chaque action.
Concrètement :
on adapte les horaires (démarrer plus tard à cause des bus),
on organise des “ramassages” et du covoiturage,
on déplace l’activité dans les villages, quartiers, lieux de vie,
on assume des coûts énormes, y compris du temps de travail.
Et là, une donnée qui fait mal : des dizaines de milliers d’euros de frais de déplacement, parce que sinon, les gens ne viendront pas… et parce qu’eux-mêmes ne peuvent pas toujours se déplacer. Conclusion : l’associatif compense, mais au prix de moyens, d’énergie, et d’un glissement de mission.
Dinant : quand “avoir une gare” ne suffit pas
Le témoignage de Christine Louis remet les pieds sur terre : même dans une ville qui a une gare, dès qu’on quitte le centre, les services s’éloignent. Les commerces ferment et se déplacent vers les zonings. Le bus ? Parfois toutes les deux heures. Pour l’hôpital, les courses, les démarches : il faut attendre, prévoir, commander des transports bénévoles 24h avant… et encore, ces solutions ne couvrent pas tout (ex. faire ses courses).
Et elle pose une question essentielle : et ceux qui n’ont pas de carte bancaire ? Ceux qui ne comprennent pas les automates ? Ceux qui n’osent plus demander ? L’hyperdigitalisation des titres de transport devient une barrière de plus. Certaines personnes finissent même par ne plus sortir, juste pour éviter la peur de “ne pas savoir faire”.
Tarifs, droits, et casse-tête : quand comprendre devient un luxe
Le podcast montre bien l’enjeu : il y a des dispositifs utiles (ex. abonnement TEC à tarif social), mais ils ne sont pas toujours connus, ni faciles à activer. Et côté SNCB, les changements de tarifs et la complexité des formules créent de l’incertitude, y compris pour les associations.
Le RWLP explique un point très concret : pour permettre la participation des militants, l’idée était de ne pas imposer d’avance de frais. Sauf qu’avec des tickets “uniques”, des procédures, des annulations à anticiper, des envois… l’organisation devient lourde, parfois irréaliste. Encore une fois : ceux qui ont le moins de marge sont ceux à qui on demande le plus d’anticipation.
Vélo, trottinettes, covoiturage : des pistes… mais pas des solutions magiques
Le débat refuse le “yaka”. Oui, le vélo peut aider, si on a la santé, si les routes sont sécurisées, si on peut s’équiper, si on peut garer et protéger le vélo. Sinon, on transforme une “bonne idée” en injonction culpabilisante.
Le covoiturage est présenté comme une piste intéressante, potentiellement créatrice de lien social, mais avec ses limites : fracture numérique, dépendance des personnes sans voiture, risques de tensions, besoin de relais humains. MobileSM évoque une application (Ecomobilis) et souligne le besoin d’accompagnement, notamment pour les publics éloignés du numérique.
Le point politique : ne pas mettre “la charrue avant les bœufs”
La conclusion de Christine Mailly ouvre un enjeu majeur : à partir de 2027, de nouvelles contraintes climatiques vont renchérir les énergies fossiles. Or, dans beaucoup de territoires, la voiture reste indispensable, et ceux qui en dépendent sont parfois ceux qui ont le moins de moyens, avec des véhicules anciens.
Le problème n’est pas l’objectif climatique : il est l’ordre des priorités. Si on augmente les contraintes sans mettre en place des alternatives solides (maillage, TAD, voitures partagées en ruralité, interconnexion, accessibilité tarifaire, accompagnement numérique), on fabrique une injustice supplémentaire — et on risque de retourner l’opinion contre la transition.
Pourquoi écouter ce podcast ?
Parce qu’il ne parle pas “mobilité” comme un sujet abstrait. Il parle de vie réelle : de rendez-vous ratés, de droits non exercés, d’isolement, de fatigue, d’associations qui portent trop, de territoires oubliés… mais aussi de solutions qui existent, d’acteurs qui innovent, et d’une question centrale :
Comment garantir un droit à la mobilité qui permette réellement l’accès aux autres droits, pour toutes et tous, partout en Wallonie ?
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Pendant trois jours, Radio Solidarité a transformé, avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, des bureaux en studio radio. Un défi humain et technique, mais surtout un choix politique au sens noble du terme : parler de droits, pas de charité. Parce que “Viva les Droits”, c’est refuser l’idée que l’accès à une vie digne serait une récompense, un privilège ou un parcours d’obstacles. C’est rappeler que toute personne qui vit sur le territoire — quelle que soit son histoire, son origine, son statut, son âge — doit pouvoir accéder aux mêmes protections.
Après avoir traversé le logement, l’alimentation, la mobilité… cette émission s’attaque à un “gros morceau” : la santé. Un droit que beaucoup imaginent acquis, parce que la Belgique dispose d’une sécurité sociale, de services, de dispositifs. Mais la question posée en direct est frontale : et si, malgré tout, le droit à la santé n’était pas une évidence pour tout le monde ?
Quand le droit existe… mais que l’accès échappe
L’émission met des mots sur une réalité connue des travailleurs sociaux, des associations et des personnes concernées : une partie de la population reste repoussée hors du droit, parfois pour des raisons de statut, parfois parce que le portefeuille est trop plat, parfois parce qu’on n’arrive tout simplement plus à “tenir” (se déplacer, comprendre, prendre rendez-vous, avancer les frais), parfois enfin parce qu’on a perdu confiance — en soi, dans les institutions, dans un système qui semble demander sans cesse des preuves, des formulaires, des démarches.
Ce que le direct rend visible, c’est la somme des barrières. Une barrière n’arrive jamais seule : quand le logement est instable, quand l’alimentation est incertaine, quand la mobilité coûte trop cher, la santé devient le droit qu’on reporte. On remet un examen à plus tard. On coupe un médicament. On renonce à un spécialiste. Et ce “plus tard” finit souvent par coûter plus cher… humainement et collectivement.
Le planning familial : un service de première ligne… trop méconnu
Premier invité : Thomas Vanderkam, assistant social et animateur EVRAS au planning familial Le Blé en Herbe (Namur). Son intervention casse un cliché : un planning familial, ce n’est pas “juste la contraception”. C’est une boîte à outils tout au long de la vie, ouverte à toutes et tous, avec une équipe pluridisciplinaire (assistant social, psychologues, juriste, médecins, sexologues, conseillères conjugales…).
Thomas explique l’organisation en trois piliers :
Accueil (permanences, sans rendez-vous, écoute, première analyse de la demande),
Consultations (suivis sur rendez-vous, selon le besoin),
Prévention (dont l’EVRAS, bien au-delà de l’école et des obligations).
Un exemple parle à tout le monde : une animation EVRAS peut déclencher, au bon moment, une demande urgente (contraception d’urgence), puis déboucher sur un rendez-vous médical et un accompagnement plus large. C’est du concret : la prévention évite des drames et réduit les renoncements.
Et surtout, Thomas insiste sur un point clé : le prix ne doit jamais être un frein. Les consultations sont encadrées et peuvent être adaptées selon la situation, sans basculer dans une logique intrusive et humiliant de “preuve permanente”.
Mais il révèle aussi le nœud du problème : la saturation. En santé mentale notamment, les listes d’attente se ferment. Et quand le réseau est sous tension partout, réorienter devient un casse-tête. On comprend alors une chose essentielle : le droit à la santé ne se résume pas à “il existe des services”, il se mesure à une question simple : est-ce qu’on peut y accéder, ici et maintenant, sans s’endetter et sans s’épuiser ?
Sans-papiers : “un seul droit”, et une procédure qui humilie
Deuxième intervention marquante : Sandrine Tibangou, formatrice au Monde des Possibles… et femme sans-papiers depuis 8 ans. Elle le dit sans détour : pour les personnes sans titre de séjour, l’accès aux soins se limite à l’Aide Médicale Urgente (AMU). Un dispositif censé protéger, mais qui, dans la pratique, se heurte à des obstacles massifs : procédures lourdes, exigences administratives, peur d’être repéré, difficulté de prouver une adresse, manque d’informations, exclusions de certains soins (lunettes, prothèses dentaires, certains médicaments…).
Sandrine décrit aussi une violence moins visible : le manque d’info entre CPAS et hôpitaux. Résultat : des refus, des factures, des situations où l’on demande de payer malgré des attestations. Le droit devient alors une loterie de guichets, de personnes informées… ou non.
Et c’est là que l’émission bascule dans un récit à la fois dur et admirable : face aux trous du système, des sans-papiers à Liège ont créé une “Sécu Solidaire”, une caisse de soutien alimentée par une cotisation symbolique (quand c’est possible) et par des appuis extérieurs, pour couvrir ce que l’AMU ne couvre pas, aider face aux factures, et même soutenir une partie des démarches juridiques. Un retour à l’histoire des caisses ouvrières d’avant la sécurité sociale… mais en 2026.
Autour de la table, un constat est posé : intégrer la prise en charge des personnes sans-papiers de manière globale serait aussi plus rationnel économiquement. Soigner tôt coûte moins cher que soigner tard. Mais au-delà de l’économie, c’est une question de dignité humaine.
Quand tomber malade fait basculer dans l’endettement
Puis vient un témoignage qui serre le ventre. Yvette Gérard, témoin du vécu militant, raconte la spirale qui suit l’agression grave de son mari : hospitalisation, factures, retards… et puis les huissiers. Elle pousse la porte du CPAS avec confiance. On lui demande ses extraits de compte. Et elle se retrouve dans une procédure qu’elle ne comprend pas, avec une gestion de ses biens, une mise sous contrôle, et la vente de sa maison. Une maison payée. Une maison destinée à leur fille.
La santé, ici, n’est pas seulement un problème médical : c’est un déclencheur d’effondrement social, de dépression, de perte d’emploi, de perte de repères. Et même quand on “s’en sort” administrativement, les séquelles restent. Yvette le résume par une réalité vécue par des milliers de personnes : se soigner quand on compte chaque euro devient un stress permanent.
Elle donne aussi un détail glaçant, pourtant très concret : pour éviter des surcoûts, elle doit demander sans cesse si un spécialiste est conventionné… et parfois, le conventionnement dépend du jour ou de l’heure. Mardi oui, mercredi non. Matin oui, après-midi non. Comment voulez-vous que les gens “choisissent bien” si l’information est inaccessible au moment où ils prennent rendez-vous ?
Malade de longue durée : la précarité qui broie, même quand on veut travailler
Julie (RWLP) rapporte ensuite le témoignage d’Aurélien, expert du vécu au Forum bruxellois contre les inégalités. Dépression, anxiété, parcours de soins, maladie de longue durée… et très vite : perte d’emploi, perte de logement, précarité.
Aurélien veut se réinsérer, reprendre en mi-temps médical. Et il découvre une autre violence : l’irrégularité des revenus, des périodes sans paiement, des loyers en retard, des frais de rappel, des heures passées à tenter de joindre la mutuelle. Et puis l’impôt qui tombe, lourd, imprévisible, impossible à anticiper quand on ne peut rien mettre de côté.
Ce passage démonte une caricature : non, les malades de longue durée ne sont pas une masse de “fraudeurs”. L’émission montre au contraire des personnes qui se battent pour rester debout, pour continuer à contribuer, mais qui se heurtent à des mécanismes qui les fragilisent encore davantage.
Des solutions qui vont vers les gens : les facilitateurs en santé
Enfin, l’émission se tourne vers un levier concret : les Community Health Workers (facilitateurs en santé), présentés par Laura Notelier. Le principe est simple et puissant : aller vers les personnes, au lieu d’attendre qu’elles franchissent seules toutes les portes.
Leur mission : reconnecter aux soins, expliquer le système, informer sur les droits, orienter vers les bons services, accompagner quand c’est nécessaire, et surtout prendre le temps. Parce qu’il faut du temps pour reconstruire la confiance, éviter aux personnes de répéter dix fois leur histoire, et s’assurer que le lien avec le service est réellement fait.
Laura évoque aussi leurs constats de terrain : pénurie de soins (notamment en santé mentale), manque de généralistes, confusion autour du conventionnement à l’hôpital, difficultés de mobilité (y compris pour les personnes à mobilité réduite). Autant de “petites” barrières qui, additionnées, fabriquent une grande injustice : le renoncement aux soins.
Le projet est reconduit pour 2026, mais reste dépendant des décisions annuelles. Et c’est aussi un message de cette émission : quand un dispositif fonctionne, qu’il devient une ressource pour un territoire, le laisser dans la précarité budgétaire, c’est prendre le risque de créer un manque… là où il faudrait du durable.
Une évidence à conquérir
Au fond, ce podcast raconte une chose : le droit à la santé n’est pas une case cochée dans un pays riche. C’est un équilibre fragile entre services disponibles, accessibilité financière, information claire, temps, mobilité, confiance… et respect.
Et c’est exactement l’ADN de Viva les Droits : dire ce qui ne va pas, sans angélisme, mais montrer aussi la combativité, les alliances, les solutions, et cette “niaque” qui refuse de laisser d’autres tomber dans le même trou.
Écoutez l’épisode “Droit à la santé” de Viva les Droits : parce que derrière chaque statistique, il y a des vies, des renoncements, des humiliations évitables… et aussi des chemins possibles vers un droit réel, pour toutes et tous.
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Le 10 février, à Namur, devant l’Hôtel de Ville, le monde associatif et le front commun syndical se sont rassemblés pour une étape du « marathon » d’actions mené à travers la Wallonie. Objectif : interpeller les responsables politiques sur les conséquences concrètes des réformes en cours.
À cette occasion, Radio Solidarité a recueilli les réactions de trois acteurs clés : Monsieur Dispa, président du Parlement wallon, Sébastien Carboni (FGTB Namur-Luxembourg) et Isabelle Meerhaghe (CSC).
Le reportage audio complet est disponible en podcast en bas d’article.
Une mobilisation pour « se faire entendre »
Pour Sébastien Carboni, la mobilisation du jour n’est pas symbolique mais nécessaire : les travailleurs, les jeunes et le secteur associatif ont le sentiment de ne plus être écoutés.
Selon lui, les réformes budgétaires actuellement menées se traduisent essentiellement par des économies touchant les publics les plus fragiles : chômage, jeunesse, services publics, climat ou encore aide à la jeunesse.
“On coupe d’abord et on regarde ensuite comment la société va tenir”
Le responsable syndical pointe également un écart entre les promesses politiques et les décisions appliquées, notamment concernant l’emploi, le pouvoir d’achat ou l’accompagnement des demandeurs d’emploi.
Le politique reconnaît les inquiétudes
De son côté, Monsieur Dispa insiste sur la nécessité du dialogue et sur la difficulté de gouverner dans un contexte budgétaire contraint.
Il affirme ne pas vouloir affaiblir les secteurs sociaux mais rappelle qu’un redressement financier est jugé indispensable pour préserver la cohésion sociale à long terme.
“Il faut préserver la cohésion sociale tout en acceptant des efforts collectifs”
Le président du Parlement reconnaît également qu’il existe une distance entre décideurs et terrain et que la concertation doit être renforcée pour éviter incompréhensions et conflits.
L’appel à la concertation sociale
Pour Isabelle Meerhaghe, la rencontre a été respectueuse mais reste insuffisante. Les organisations demandent surtout d’être associées en amont aux réformes, notamment celles concernant :
les aides à la promotion de l’emploi (APE)
l’insertion socio-professionnelle
la petite enfance
les pensions et le chômage
Elle souligne aussi l’impact concret de certaines mesures, particulièrement pour les femmes travaillant à temps partiel ou pour les familles sans solution d’accueil pour leurs enfants.
« Tout est lié : emploi, crèches, droits sociaux »
Un dialogue ouvert… mais sous tension
Si tous les participants reconnaissent l’importance du dialogue, les positions restent éloignées :
Les syndicats dénoncent une austérité qui fragilise la société
Le politique invoque la contrainte budgétaire et la nécessité d’adaptation
Les associations craignent d’être contraintes de réduire leur aide
La question centrale demeure donc : comment réformer sans affaiblir la cohésion sociale ?
Écouter les témoignages
Les échanges complets permettent de mieux comprendre les nuances, les tensions et les attentes de chacun.
Écoutez maintenant le podcast complet avec Monsieur Dispa, Sébastien Carboni et Isabelle Meerhaghe
Vous pouvez écouter le discours de Christine Mahy. Les trois premières minutes de l’enregistrement sont d’une qualité sonore plus faible, en raison des conditions de captation sur l’espace public. Le reste du discours est parfaitement audible. Merci pour votre compréhension.
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Pendant trois jours, Radio Solidarité a installé son studio dans les murs du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, à Namur, pour une émission spéciale : Viva les Droits. Des émissions longues, rares aujourd’hui, qui permettent d’aller au fond : des témoignages, des expériences de terrain, des projets concrets… et une même boussole : les droits structurants.
Dans cet épisode, place à un droit fondamental et pourtant trop souvent réduit à l’urgence : le droit à l’alimentation. Avec une question posée d’emblée, frontalement :
Charité alimentaire… ou droit des vivres ?
“Bien manger” n’est pas un luxe : c’est un droit
Dans l’émission, une idée revient comme un fil rouge : manger, c’est tous les jours. Quand le “portefeuille est plat”, la casserole vide n’est pas un concept : c’est une contrainte quotidienne, répétée, épuisante.
Et surtout : ce droit ne se résume pas à recevoir quelque chose. Il doit permettre une alimentation :
de qualité
en suffisance
librement choisie
dans la dignité
C’est précisément là que la charité alimentaire montre ses limites : colis non choisis, files, contrôles, attestations, sentiment d’être jugé… et parfois même gaspillage parce que ce qui est donné ne correspond pas aux besoins ou aux habitudes.
Le message est clair : la société ne peut pas se contenter de “réparer la faim”. Elle doit garantir un droit réel.
JADAC : reprendre la main, au champ, avec une communauté de “mangeurs”
Premier témoignage : Pierre Berthiaud, du Jardin d’à côté (JADAC) à Jambes.
Son projet part d’un constat concret : la terre disponible en ville est rare. Alors l’initiative s’installe dans des jardins de particuliers, de manière temporaire, avec une charte (bio, sans chimie), et une logique de proximité.
Le fonctionnement est pensé comme une agriculture soutenue par la communauté :
on devient membre à l’année
on vient au champ pendant les plages d’ouverture
on récolte ce dont on a besoin (logique de confiance)
les risques (maladies, pertes) ne reposent pas uniquement sur le maraîcher
une “épicerie au milieu du champ” permet aussi de compléter ses courses
Pierre insiste sur un choix fort : ne pas grossir et mécaniser, mais essaimer : créer d’autres petites unités, ailleurs, avec un maraîcher référent, pour rester humain, soutenable et cohérent.
Et pour l’accessibilité ? Une caisse de solidarité a été testée, mais l’émission met en lumière une réalité : l’engagement à l’année est trop lourd pour des personnes en précarité. Le projet cherche donc des modèles plus souples.Recherche participative : “la parole des gens est d’or”
Deuxième moment fort : la recherche participative menée avec RTA autour du Droit des vivres, présentée au téléphone par Jacqueline Fastré.
Ce que rappelle Jacqueline, c’est la différence essentielle avec une recherche “classique” : ici, la recherche est construite du début jusqu’à la fin avec les personnes concernées, pas seulement “sur” elles.
Elle résume sa méthode avec deux principes simples :
écouter vraiment, même quand ça semble “hors sujet”
partir des vécus avant d’arriver à une interprétation
Un autre élément clé : garder une trace concrète de tout ce qui a traversé le processus (rencontres, visites, carnets de bord, outils). Parce que ce travail doit devenir un outil politique, capable d’alimenter le débat, et pas un document qui dort.
Paysans Artisans : le juste prix… et l’accès pour tous
Arrive ensuite Thérèse-Marie Bouchat, responsable de la coopérative Paysans Artisans : producteurs + consommateurs, implantée sur une dizaine de communes autour de Namur, avec :
9 magasins de quartier/village
une vente en ligne
une activité de grossiste (écoles, épiceries, lieux d’hébergement, etc.)
un travail en direct avec 170 producteurs
L’objectif assumé : le juste prix pour les producteurs. Mais la coopérative refuse une société “cloisonnée” : un système où l’alimentation de qualité serait réservée à une catégorie.
Et c’est là que l’émission aborde un point très concret, né d’un “choc” réel : certaines personnes, lors des premières visites, se sont dit : “c’est impayable”. Pas par caprice, mais parce que le budget est déjà mangé par le logement et les charges.
La carte -50% : une solidarité sans humiliation
Paysans Artisans met alors en place un dispositif basé sur un mot que l’émission répète souvent : confiance.
une réduction de 50%
un plafond indicatif de 200 € / mois
pas de contrôle humiliant
pas besoin de “prouver” sa pauvreté au magasin
fonctionnement via des groupes “opérateurs de confiance” (maisons médicales, relais sociaux, services sociaux, etc.)
La question logique arrive : qui paye la différence ?
Réponse expliquée à l’antenne : une caisse de solidarité, alimentée par :
des cartes de soutien vendues 3 €
un soutien public (Région wallonne)
un financement complémentaire (ex. Loterie Nationale)
L’idée : préserver le juste prix producteur sans écraser les publics précarisés.
“Un tapis rouge” : quand l’accès redevient humain
La partie la plus forte, c’est le vécu militant.
Anne raconte le basculement : des périodes “correctes”, puis les revenus chutent, et là… la pauvreté s’installe, avec un sentiment violent : être “dans le local poubelle de la société”.
Ce que cette expérience a changé pour elle ?
être accueillie
être écoutée
ne pas être prise pour “une imbécile”
pouvoir poser des questions, comprendre les financements
ne pas devoir s’épuiser dans des démarches (“papier, contrôle, condition”)
et surtout : ne pas être stigmatisée
Virginie le dit aussi très clairement : venir au magasin avec une carte discrète, qui ressemble à d’autres, diminue la peur du regard. Et au-delà du prix : visiter la logistique, les fermes, comprendre le travail derrière… ça reconnecte producteurs et consommateurs. Ça redonne du sens.
Un détail très concret ressort : manger des produits de qualité, c’est parfois acheter moins mais être plus vite rassasié, parce que la nourriture nourrit réellement.
Biscoop & “La Class” : vers une sécurité sociale de l’alimentation ?
Dernier éclairage : Martin, de Biscoop (supermarché coopératif à Schaerbeek). Le modèle : membres-propriétaires, participation au travail du magasin, marge réduite, alimentation de qualité moins chère.
Mais Martin le reconnaît : malgré cela, certains restent exclus. D’où un pas de plus : La Class (Caisse Locale d’Alimentation Solidaire).
Le principe (tel que décrit au micro) :
une caisse où les gens cotisent selon revenus/patrimoine
chaque membre reçoit 150 € à dépenser dans des commerces conventionnés
personne ne sait combien l’autre a cotisé
objectif : dignité + démocratie alimentaire
Et là, l’émission élargit : une branche “alimentation” dans la sécurité sociale ? Le RWLP se dit favorable à l’idée, tout en rappelant le cœur du combat : des revenus suffisants. Car sinon, on colmate sans libérer.
Une conclusion simple : décloisonner, se rencontrer, reconstruire
Thérèse-Marie le résume à sa manière : refuser les “magasins division 1, division 2, division 3”. Faire se croiser les mondes. Déstigmatiser. Mélanger “dans le bon sens du terme”.
Anne conclut : “Frottons-nous”. Parlons-nous. Décloisonnons. Et l’alimentation est un levier puissant, parce qu’elle crée du lien : cuisiner, se mettre à table, discuter, reprendre une vie normale.
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