« Le cinéma peut être un acte de guérison »
Rencontrée juste après la projection du film Muganga, celui qui soigne, l’actrice Sadjo Babetida nous livre une parole rare, sincère et bouleversante. Dans ce long-métrage inspiré de l’histoire du docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, et de toutes ces femmes qui se battent chaque jour contre l’innommable à l’est du Congo, elle incarne la douleur, la résistance et la puissance du féminin.
Au micro de Radio Solidarité, elle revient sur ce rôle habité, sur l’importance du cinéma comme espace de mémoire et de révolte, et sur ce que signifie, pour elle, jouer dans un film où l’art se met au service de la justice et de l’humanité.
« Le prix du public du FIFF, c’est une réponse du cœur : il dit que les spectateurs ne veulent plus détourner le regard. »
Dans cet échange vibrant, Sadjo Babetida évoque le choc et la beauté de recevoir le Prix du Public à Namur pour un film aussi difficile, et la force symbolique que cela représente : “Cela veut dire que le public cherche du sens, cherche encore à ressentir, à comprendre.”
Elle parle aussi sans détour du silence collectif qui entoure les violences faites aux femmes, de la nécessité de briser ce silence par l’art, et de la guérison que peut procurer le jeu d’actrice :
“J’ai accepté ce rôle malgré mes propres blessures. Jouer cette scène terrible m’a libérée. Ce film m’a donné une force que je ne soupçonnais pas.”
Au fil de l’entretien, elle souligne que Muganga n’est pas seulement un film congolais, mais un cri universel contre toutes les guerres et toutes les injustices :
“Ce qui m’arrive à moi, vous arrive à vous. Me briser, moi, c’est vous briser, vous.”
Pour Sadjo, le cinéma n’est pas un simple divertissement, mais un acte politique, un miroir, une arme pacifique :
“On ne peut plus dire qu’on est loin. Nous sommes tous proches les uns des autres.”
À écouter sur Radio Solidarité
Une conversation essentielle, portée par une voix qui ne laisse pas indifférent.
Une parole d’artiste, de femme, de militante, pour qui l’écran devient un lieu où les personnes ne meurent jamais.
Interview réalisée par Laurent Frémal
Festival International du Film Francophone de Namur – 40e édition (2025)
Disponible en podcast
Laurent Frémal