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On paie trop d’impôts” : vrai problème, faux coupable

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Fiscalité juste : le droit aux richesses partagées n’est pas un rêve

Série : Viva les Droits (12 épisodes)
Épisode : 11 / 12
Dates de la série : du 15 au 17 décembre 2025

Date d’enregistrement :
mercredi 17 décembre 2025, Horaire : 14h00 – 16h00

Animation / Intervention principale : Christine Mahy

Pendant que certains s’enferment dans un cube pour récolter des dons, d’autres votent des budgets d’austérité. Pendant qu’on appelle à la générosité individuelle, on fragilise les mécanismes collectifs. C’est dans ce contexte paradoxal que Radio Solidarité a consacré une émission entière à une question fondamentale : et si le vrai débat n’était pas la charité, mais la justice fiscale ?

Depuis les locaux du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté à Namur, transformés en studio pour trois jours d’émissions “Viva les Droits”, la discussion a posé une question simple mais puissante : qui contribue réellement à la solidarité collective, et comment ?

L’impôt : un problème… ou une solution ?

Le discours ambiant martèle que “la Belgique est le pays le plus taxé du monde” et que l’impôt serait un poids insupportable. Pourtant, derrière cette affirmation se cache une réalité plus nuancée.

Oui, les ménages belges contribuent fortement, notamment via l’impôt sur le travail et la TVA. Mais cette contribution finance l’école, les soins de santé, les routes, la justice, la culture, la sécurité sociale. L’impôt ne disparaît pas : il revient sous forme de services.

Les Équipes Populaires, à travers leur campagne “L’impôt, ça nous enrichit”, rappellent une évidence trop souvent oubliée : sans contributions collectives, six années d’enseignement primaire coûteraient des dizaines de milliers d’euros par enfant. Un accouchement sans complications atteindrait plusieurs milliers d’euros. L’accès aux transports, aux infrastructures sportives, aux bibliothèques, aux hôpitaux deviendrait un luxe.

L’impôt n’est pas un vol. C’est un outil d’organisation collective.

Le vrai problème : qui paie proportionnellement le moins ?

Le débat ne porte pas tant sur le niveau global d’imposition que sur sa répartition.

Aujourd’hui, en Belgique, les revenus du travail sont fortement taxés, de manière progressive. En revanche, une grande partie des revenus du capital — dividendes, plus-values, loyers — bénéficie d’un traitement plus favorable.

Le Réseau pour la Justice Fiscale, dont fait partie Oxfam Belgique, défend une idée simple : un euro est un euro. Qu’il provienne d’un salaire ou d’une plus-value boursière, il devrait être intégré dans un même panier et soumis à une fiscalité cohérente et progressive.

On appelle cela la globalisation des revenus.

Car aujourd’hui, les mécanismes d’optimisation fiscale — sociétés de management, dividendes faiblement taxés, niches fiscales — ne sont pas accessibles à tout le monde. Ils bénéficient principalement à ceux qui disposent déjà d’un patrimoine conséquent.

Pendant ce temps, les discours politiques oscillent entre deux messages contradictoires :

  • “Il faut récompenser le travail.”

  • “Il faut baisser les impôts des plus aisés pour stimuler l’économie.”

Résultat : une pression accrue sur les services publics, présentée comme une fatalité budgétaire.

30 milliards qui échappent chaque année

Autre angle mort du débat : la fraude et l’évasion fiscales.
Les estimations évoquent des dizaines de milliards d’euros perdus chaque année pour l’État belge.

En comparaison, la fraude sociale représente des montants sans commune mesure. Pourtant, c’est sur elle que se concentre souvent le discours politique.

La création annoncée d’un parquet financier pourrait constituer une avancée, à condition qu’il soit doté de moyens réels et d’une indépendance effective. Mais sans investissement massif dans les contrôles fiscaux, la lutte restera déséquilibrée.

Un “pognon de dingue” pour les entreprises ?

Le débat s’est élargi à une autre question rarement posée : combien coûte le soutien public aux entreprises privées lucratives ?

Le Grezéa (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative) a analysé l’ensemble des mécanismes : baisses d’impôts sur les sociétés, niches fiscales, subventions directes, aides à l’emploi.

Le chiffre avancé est vertigineux : plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Ce soutien est justifié au nom de la compétitivité et de la création d’emplois. Pourtant, les études montrent que les effets sur l’emploi sont souvent marginaux, tandis que les dividendes versés aux actionnaires continuent d’augmenter.

On appelle cela la théorie du ruissellement : enrichir les plus riches pour que les bénéfices “retombent” sur le reste de la société. Or, les données empiriques montrent que ce ruissellement est, au mieux, limité.

Austérité ou choix politique ?

Couper dans l’enseignement, restreindre l’accès au chômage, fragiliser les pensions, supprimer des dispositifs de gratuité… tout cela est présenté comme une nécessité technique.

Mais la fiscalité est un choix politique.

Réduire les droits de succession tout en diminuant les moyens des services publics, c’est un choix.
Alléger l’impôt sur les sociétés tout en demandant des efforts aux allocataires sociaux, c’est un choix.
Indexer moins certaines prestations tout en maintenant des niches fiscales, c’est un choix.

L’austérité n’est pas une fatalité économique. C’est une orientation.

Gratuité : l’outil le plus efficace contre les inégalités

Un point central est souvent oublié : la gratuité financée collectivement est l’un des instruments les plus puissants de réduction des inégalités.

Repas scolaires, transports publics accessibles, soins de santé abordables, enseignement quasi gratuit… Ce ne sont pas des cadeaux. Ce sont des investissements sociaux.

La gratuité financière ne signifie pas absence de coût. Elle signifie coût partagé.

Et c’est précisément là que la fiscalité prend tout son sens : transformer une charge individuelle insurmontable en contribution collective soutenable.

Reprendre le débat

Longtemps, la fiscalité a été présentée comme un domaine technique réservé aux experts. Aujourd’hui, les citoyens s’en saisissent davantage. Manifestations pour la justice fiscale, campagnes d’éducation permanente, mobilisations syndicales : le sujet sort de l’ombre.

Parler d’impôt, c’est parler :

  • de démocratie,

  • de répartition des richesses,

  • de modèle de société,

  • de solidarité réelle.

La question n’est pas “combien je perds en brut-net ?”
La question est : dans quelle société voulons-nous vivre ?

Une société où chacun se débrouille seul face aux factures ?
Ou une société où les richesses sont partagées pour garantir des droits effectifs à toutes et tous ?

Le droit aux richesses partagées

Le droit aux richesses partagées n’est pas une utopie.
C’est un choix d’organisation collective.

Une fiscalité plus juste permettrait :

  • d’alléger la pression sur les revenus les plus faibles,

  • de financer correctement les services publics,

  • de réduire les inégalités de patrimoine,

  • de renforcer la cohésion sociale.

La démocratie ne s’arrête pas au moment du vote. Elle se construit aussi dans ces débats-là.

Et s’il fallait résumer en une phrase :
Vive la fiscalité, pas la charité.

Laurent Frémal

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