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ManiFiesta à Ostende : Radio Solidarité au cœur des résistances, de la mémoire à Gaza

À ManiFiesta, Radio Solidarité a installé son studio mobile face à la mer pour deux heures de direct. Mémoire de la Résistance, lutte contre l’extrême droite, culture, Gaza, Palestine et liberté d’informer : des paroles fortes avec Hélène de la Coalition 8 Mai, Charles Ducal, Manon Marais et Colette Braeckman

Radio Solidarité

À Ostende, ManiFiesta porte bien son nom : ici, la fête et l’engagement ne vivent pas chacun de leur côté. Ils se croisent, discutent, parfois s’affrontent. Ce samedi, Radio Solidarité a posé son studio mobile au cœur du festival pour deux heures de direct. Deux heures durant lesquelles il a été question de résistance, d’extrême droite, de culture, de Palestine, de journalisme et, surtout, de cette solidarité qui ne peut pas rester un simple mot.

Il y a la mer, juste devant nous. Le soleil est là. Les drapeaux flottent au-dessus de l’entrée de ManiFiesta. Dans les allées, les stands associatifs se remplissent, les militant·es se retrouvent, les concerts se préparent.

Et au milieu de tout cela, quelques micros, des casques, un ordinateur et notre studio mobile.

À quatorze heures, Radio Solidarité ouvre l’antenne depuis l’hippodrome d’Ostende avec une idée simple : pendant deux heures, prendre le temps de parler avec celles et ceux qui ont quelque chose à défendre, à transmettre ou à questionner.

Se souvenir du 8 mai pour ne pas recommencer

Notre première rencontre nous ramène plus de quatre-vingts ans en arrière, mais certainement pas pour parler d’une histoire poussiéreuse.

Avec Hélène, à l’origine de la Coalition 8 Mai, la résistance prend immédiatement un visage humain : celui de sa propre mère.

À dix-sept ans, cette jeune femme entre dans la Résistance. Elle transporte des messages à vélo et participe à des missions dangereuses. Une de ces femmes dont l’Histoire a longtemps beaucoup moins parlé que des hommes.

Hélène le rappelle avec force : les femmes ont joué un rôle essentiel dans la Résistance, souvent dans l’ombre.

Cette mémoire est précisément au cœur du combat de la Coalition 8 Mai : faire à nouveau du 8 mai un jour férié en Belgique, transmettre l’histoire de la résistance aux jeunes générations et lutter contre l’extrême droite.

Mais commémorer ne signifie pas vivre dans le passé.

« C’est aussi fêter notre liberté. Fêter être ensemble. »

Et derrière ces quelques mots apparaît peut-être l’un des fils rouges de notre journée à ManiFiesta : la mémoire ne sert à rien si elle ne nous aide pas à regarder le présent.

Pour Hélène, connaître l’histoire permet justement de reconnaître certains mécanismes lorsqu’ils reviennent et de ne pas rester seul face à eux.

Charles Ducal : quand les mots deviennent un terrain de bataille

Autre voix, autre débat.

Le poète et écrivain Charles Ducal vient s’installer devant nos micros avec son ouvrage Le Butin de la guerre froide, publié aux Éditions Couleur Livres.

Et rapidement, la conversation dépasse largement la présentation d’un livre.

Charles Ducal interroge la manière dont l’histoire de l’Union soviétique et du communisme a été racontée après la Seconde Guerre mondiale. Il explique avoir consacré plusieurs années de travail à confronter différentes recherches historiques et insiste lui-même sur un point essentiel : son livre n’entend pas faire l’apologie de Staline. Il veut ouvrir une discussion sur les faits, leur interprétation et l’usage politique du concept de « totalitarisme ».

Puis nous parlons poésie.

Parce qu’un poète peut écrire sur l’amour, la vieillesse ou la mort, mais aussi sur le Congo, le climat ou Gaza.

Et Charles Ducal résume magnifiquement ce que peut être l’engagement lorsqu’il évoque le découragement qui guette celui qui reste seul.

« Quand on ouvre sa porte, on va dans le monde, on trouve les autres. »

Puis cette phrase :

« Mon message, c’est ouvrir la porte et chercher la solidarité. »

Difficile de trouver meilleure transition pour une émission de Radio Solidarité.

Quinze heures. Gaza entre dans notre studio

À quinze heures, le ton change.

Pendant une heure, nous décidons de consacrer notre antenne à Gaza et à la Palestine.

Pas en quelques minutes entre deux chansons. Pas avec une petite phrase.

Une heure.

Parce qu’il existe des sujets auxquels il faut laisser du temps.

Manon Marais, de l’Association belgo-palestinienne, rejoint le studio. L’association célèbre cette année ses cinquante ans et travaille à sensibiliser le public francophone en Belgique aux droits des Palestiniennes et Palestiniens, mais aussi à interpeller le monde politique.

La discussion revient sur Gaza, la Cisjordanie, la colonisation, l’apartheid, l’antisémitisme, l’antisionisme et surtout la nécessité de donner des clés pour comprendre.

Manon défend une idée essentielle : on répète souvent que la Palestine serait « trop compliquée » pour être comprise.

Pour elle, l’histoire est longue, mais cela ne signifie pas qu’elle soit incompréhensible.

Et comprendre est indispensable pour ne pas laisser les slogans remplacer les faits.

Des films pour mettre des visages derrière les mots

La discussion passe aussi par la culture.

Parce qu’une bande dessinée, un documentaire ou un film peuvent parfois rendre une réalité accessible autrement qu’un long discours.

Manon évoque notamment Wardi, mais aussi Alice au pays des colons, documentaire qui suit le quotidien de Palestiniens confrontés à la colonisation.

Et puis forcément, un autre titre surgit dans la conversation :

La Voix de Hind Rajab.

Parce que derrière les grands mots — guerre, occupation, colonisation, génocide — il y a toujours des êtres humains.

Des enfants.

Des familles.

Des vies.

Colette Braeckman : « Sans eux, on ne saurait rien »

Puis une autre voix s’installe devant notre micro.

La journaliste et autrice Colette Braeckman rejoint notre studio mobile pour parler notamment de l’ouvrage collectif Gaza, un génocide colonial.

Elle y a consacré des textes aux journalistes palestiniens et à l’impossibilité, pour les journalistes étrangers, d’accéder librement à Gaza.

Et ses mots frappent.

« Sans eux, on ne saurait rien. »

Elle parle des journalistes palestiniens qui continuent à travailler au milieu de la guerre, alors que leurs propres vies et celles de leurs proches sont menacées.

Elle parle aussi de cette situation qu’elle dit n’avoir jamais connue durant sa carrière : des journalistes occidentaux maintenus à l’écart et dépendant, pour comprendre ce qui se passe sur place, du travail de leurs collègues palestiniens.

Pour Colette Braeckman, leur travail touche à quelque chose de fondamental :

« Le droit de savoir. »

Parce qu’avant de juger, de condamner, de soutenir ou de décider politiquement, encore faut-il savoir ce qui se passe.

Quand la Belgique avait une voix

Colette Braeckman nous ramène également vers un épisode moins connu de notre propre histoire.

Elle rappelle qu’au cours des années cinquante, la Belgique, pourtant déjà un petit pays, défendait une politique propre au Proche-Orient et faisait entendre sa voix dans les institutions internationales.

Son propos n’est pas nostalgique.

Il pose une question très actuelle : qu’est-ce qui empêche aujourd’hui un petit pays de faire entendre une voix forte lorsqu’il estime que le droit est bafoué ?

La taille d’un pays ne condamne pas au silence.

Et le silence, lui non plus, n’est jamais inévitable.

ManiFiesta, là où les paroles se rencontrent

Voilà aussi pourquoi Radio Solidarité voulait être à ManiFiesta.

Nous ne sommes pas venus à Ostende uniquement pour raconter un festival.

Nous sommes venus installer nos micros au milieu de celui-ci.

Pour faire se rencontrer une fille de résistante, un poète néerlandophone, des militants, une représentante de la solidarité avec la Palestine, une grande journaliste belge et celles et ceux qui passent simplement devant notre studio.

Avec parfois un casque qui fonctionne moins bien qu’on voudrait.

Avec les bruits du festival autour de nous.

Avec la mer devant les micros.

Avec les hésitations et les imprévus du direct.

Bref, avec de la vraie radio.

Pas une conversation aseptisée enregistrée loin du monde.

Ouvrir la porte

Au fond, après ces deux heures, une phrase de Charles Ducal reste particulièrement en tête :

« Ouvrir la porte et chercher la solidarité. »

C’est peut-être exactement ce qui se passe ici.

À ManiFiesta, des milliers de personnes ouvrent des portes.

Entre générations.

Entre francophones et néerlandophones.

Entre mémoire et présent.

Entre culture et politique.

Entre celles et ceux qui témoignent et celles et ceux qui écoutent.

Et Radio Solidarité continuera à faire ce pour quoi elle est venue à Ostende : tendre le micro.

Parce que certaines paroles doivent circuler.

Parce que certaines mémoires doivent rester vivantes.

Parce que face aux injustices, au racisme, à l’extrême droite, à la guerre ou à l’indifférence, le pire serait peut-être de finir par s’habituer.

Et parce qu’ici, à ManiFiesta, une chose s’entend très clairement :

la solidarité n’est pas silencieuse.

Elle parle. Elle débat. Elle résiste.

Et nous sommes là pour la faire entendre.

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