Ce jeudi 15 octobre 2026, les rues de Namur ont accueilli près de 1 000 manifestants à l’appel du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP). Radio Solidarité était au milieu du cortège, en direct vidéo sur YouTube et TikTok, pour faire vivre cette mobilisation et donner la parole à celles et ceux qui refusent de voir leurs droits reculer.
Des pancartes, des banderoles, des cuillères en bois et des cuillères dorées qui s’entrechoquent. Et beaucoup de monde dans les rues de Namur.
Après une matinée de témoignages et de prises de parole au Théâtre royal, les participants à la journée de mobilisation du RWLP se sont retrouvés place d’Armes avant de parcourir les rues de la capitale wallonne.
Radio Solidarité a accompagné le cortège, caméra et micros à la main. Un direct un peu sportif par moments, entre les manifestants, les rencontres improvisées et les déplacements pour rejoindre la tête de la manifestation.
Mais c’est aussi cela, faire de la radio de terrain : aller là où les gens se mobilisent, les écouter et leur permettre de s’exprimer.
« Démontons la méritocratie ! »
Cette année, le RWLP avait choisi de s’attaquer à une idée que l’on entend régulièrement dans les discours politiques : la méritocratie.
Cette conviction selon laquelle chacun pourrait réussir à condition de travailler suffisamment, de faire les bons choix et de fournir les efforts nécessaires.
Mais sommes-nous réellement tous égaux au départ ?
Sur les banderoles, les réponses étaient claires : « Le mérite ne construit pas des crèches ! DES DROITS » ou encore « Démontons la méritocratie ».
Une manière de rappeler que le logement, l’enseignement, les soins de santé ou les revenus décents ne devraient pas dépendre du mérite individuel.
Christine Mahy : « On n’est pas égaux dès la naissance »
Au milieu de la manifestation, nous avons retrouvé Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté.
Malgré une journée particulièrement chargée, elle a pris le temps de répondre à nos questions en direct sur YouTube et TikTok.
Pourquoi cette mobilisation ? Pourquoi remettre en question la méritocratie ? Et surtout, que deviennent nos droits sociaux face aux décisions politiques actuelles ?
Pour Christine Mahy, le constat est sans détour :
« On n’est pas égaux dès la naissance. Il y a des enfants qui vont naître dans des milieux où il y a tout. Il y a l’argent, il y a les relations, il y a le confort, il y a le plaisir, il y a la culture. Il y a des enfants qui vont vivre dans des milieux où il n’y a pas tout ça. »
Elle dénonce également les politiques qui conditionnent de plus en plus l’accès aux droits à des obligations individuelles.
« Depuis quand, dans une société, doit-on mériter un logement ? Doit-on mériter la santé ? Doit-on mériter la mobilité ? »
Au fil de notre entretien, Christine Mahy est revenue sur les revenus insuffisants, la justice fiscale, les aides publiques aux entreprises et les choix budgétaires des gouvernements.
Notre parcours nous a également conduits dans la rue Saint-Nicolas, où elle a abordé la question de la gentrification : ces transformations de quartiers qui peuvent entraîner une hausse des loyers et pousser les habitants les moins favorisés à partir.
La pauvreté n’a pas de frontière
Nous avons également rencontré Caroline, représentante du Belgian Anti-Poverty Network (BAPN), le réseau belge de lutte contre la pauvreté.
Elle a rappelé que les difficultés rencontrées par les personnes précarisées ne s’arrêtent ni aux frontières régionales ni aux frontières linguistiques.
La suppression de certaines aides, les économies dans l’aide alimentaire, les difficultés d’accès au logement et l’augmentation du sans-abrisme étaient au centre de notre échange.
Son message aux responsables politiques est clair : chercher les moyens financiers là où ils existent et ne pas faire supporter les économies aux personnes qui rencontrent déjà les plus grandes difficultés.
Des étudiants en travail social inquiets pour leur avenir
En fin de cortège, nous avons aussi tendu notre micro à des étudiantes du CESA, engagées dans des formations sociales.
Elles nous ont parlé de leur choix professionnel, de leur inquiétude devant les politiques actuelles et des conditions dans lesquelles elles devront demain accompagner les personnes les plus fragilisées.
Elles ont également évoqué les mobilisations étudiantes, la défense de l’enseignement et les violences policières qu’elles dénoncent lors de certaines manifestations.
Des paroles engagées, parfois inquiètes, mais qui méritent d’être entendues.
Car derrière les débats budgétaires, il y a aussi celles et ceux qui devront, demain, travailler sur le terrain avec des moyens parfois insuffisants.
Une manifestation à revivre en vidéo
Tout au long du cortège, Radio Solidarité a voulu montrer la mobilisation telle qu’elle se déroulait : les rues remplies de manifestants, les pancartes, les rencontres et les échanges.
Nous avons aussi découvert le symbole des cuillères en bois et des cuillères dorées. Une référence à cette expression bien connue : « Nous ne sommes pas tous nés avec une cuillère en or dans la bouche. »
Une image qui résume assez bien le débat sur la méritocratie.
Vous avez manqué notre direct ? Retrouvez la manifestation et nos entretiens avec Christine Mahy, Caroline du BAPN et les étudiantes du CESA en replay sur notre chaîne YouTube Radio Solidarité.
Cette vidéo fait partie de notre couverture de la journée du 15 octobre, organisée par le RWLP dans le cadre de la mobilisation contre la pauvreté.
Nos autres podcasts, vidéos, reportages et photographies de cette journée seront également à retrouver sur notre site.