Vous avez travaillé pendant quinze, vingt ou trente ans. Vous connaissez votre métier, vous avez acquis de l’expérience, traversé des difficultés, appris à vous adapter. Et aujourd’hui, vous cherchez un emploi.
Vous envoyez votre candidature. Votre parcours correspond au poste. Vous avez les compétences demandées. Parfois même davantage.
Et puis arrive cette réponse : « Votre profil est intéressant, mais vous êtes trop qualifié pour la fonction. »
Trop qualifié ? Depuis quand est-ce un défaut de savoir travailler ?
Une formule qui cache parfois autre chose
Derrière cette expression se trouvent plusieurs réalités.
Un employeur peut craindre qu’une personne expérimentée demande un salaire trop élevé. Il peut imaginer qu’elle s’ennuiera rapidement ou qu’elle quittera son poste dès qu’une meilleure occasion se présentera.
Parfois, la question de l’âge entre aussi en jeu, sans jamais être clairement exprimée.
Mais ces suppositions ne disent rien des motivations réelles du candidat.
Une personne qui a occupé des responsabilités peut parfaitement souhaiter un emploi plus simple, avec moins de pression. Après des années à diriger une équipe, elle peut avoir envie de retrouver le terrain. Après une période de chômage, elle peut simplement vouloir reprendre une activité professionnelle.
Pourquoi faudrait-il toujours chercher à monter dans la hiérarchie ? Pourquoi accepter un poste avec moins de responsabilités serait-il considéré comme un échec ?
Le droit de changer de direction
Notre société a une drôle de manière de considérer les parcours professionnels.
On valorise l’expérience, mais on se méfie parfois de ceux qui en ont beaucoup. On encourage la reconversion, mais on demande aux candidats de justifier leur changement de métier. On répète qu’il faut être flexible, tout en regardant avec suspicion les CV qui ne suivent pas une ligne parfaitement droite.
Pourtant, une carrière n’est pas une autoroute.
Il y a des licenciements, des problèmes familiaux, des entreprises qui ferment, des métiers qui disparaissent. Il y a aussi des personnes qui changent simplement d’envie.
Un ancien responsable peut devenir employé. Un commerçant peut choisir le secteur associatif. Une personne qui a passé sa vie derrière un bureau peut découvrir un métier manuel.
Ces changements ne retirent rien aux compétences acquises.
Comment répondre à un recruteur qui vous trouve trop qualifié ?
La première chose est de ne pas vous excuser pour votre expérience.
Si un recruteur exprime cette réserve, demandez-lui ce qui l’inquiète réellement.
Est-ce votre salaire ? Votre capacité à accepter les responsabilités du poste ? La crainte que vous ne restiez pas longtemps ?
Cette question permet de sortir des suppositions.
Vous pouvez ensuite expliquer clairement votre démarche :
« Je comprends que mon parcours puisse vous interroger. Mais si je postule aujourd’hui, c’est parce que ce poste correspond à ce que je recherche. Je connais les responsabilités proposées et je suis prêt à les exercer. »
Inutile de prétendre que votre expérience n’existe pas. Elle fait partie de votre parcours.
En revanche, votre candidature doit montrer pourquoi vous souhaitez précisément cet emploi, et pas simplement pourquoi vous êtes capable de l’occuper.
Faut-il alléger son CV ?
C’est une question délicate.
Lorsque vous postulez pour un emploi très différent de vos anciennes fonctions, il peut être utile d’adapter votre CV.
Vous n’êtes pas obligé de détailler chaque responsabilité exercée depuis le début de votre carrière. Sélectionnez les expériences et les compétences qui correspondent au poste recherché.
Si vous postulez comme employé polyvalent après avoir dirigé une équipe, insistez sur votre connaissance du terrain, votre autonomie et votre capacité à travailler avec les autres.
Mais attention : adapter son CV ne signifie pas inventer un parcours ou mentir sur ses qualifications.
Le but est de permettre au recruteur de comprendre rapidement ce que vous pouvez apporter à son entreprise.
Et si le problème venait aussi du recrutement ?
On demande souvent aux chercheurs d’emploi de se remettre en question.
Ils doivent refaire leur CV, préparer leurs entretiens, améliorer leur présentation, suivre des formations et expliquer chaque interruption de carrière.
Ces conseils peuvent être utiles. Mais ils ont leurs limites.
Un recrutement est aussi une responsabilité de l’employeur.
Écarter une candidature uniquement parce qu’une personne possède davantage d’expérience que nécessaire, sans chercher à comprendre ses motivations, peut faire passer à côté d’un excellent collaborateur.
Et lorsqu’un refus présenté comme une question de qualification dissimule en réalité une discrimination liée à l’âge, la situation devient plus grave.
En Belgique, la discrimination fondée sur l’âge est interdite dans l’accès à l’emploi. Une personne qui pense en être victime peut notamment demander conseil à Unia.
Votre parcours n’est pas un défaut
Si vous êtes confronté à ce type de refus, ne laissez pas une formule de recrutement définir votre valeur professionnelle.
Essayez de comprendre les objections, ajustez votre candidature et expliquez vos motivations sans détour.
Vous avez le droit de vouloir changer de métier. Le droit de rechercher moins de responsabilités. Le droit de recommencer ailleurs, même après vingt ou trente ans de carrière.
Et surtout, vous avez le droit de chercher un emploi sans devoir vous justifier d’avoir déjà beaucoup travaillé.
La question qu’un employeur devrait se poser n’est peut-être pas : « Pourquoi cette personne est-elle trop qualifiée ? » Mais plutôt : « Pourquoi souhaite-t-elle travailler chez nous ? »
Radio Solidarité – Coaching Emploi