La voix de Hind Raja
bouleverse le RamDam Festival
Il est 9h00, un dimanche matin, lorsque le RamDam Festival lance sa première projection de la journée. Le choix du film donne immédiatement le ton : La voix de Hind Raja, un documentaire attendu avec une émotion palpable. Dès l’entrée en salle, quelque chose se joue déjà. Le public est nombreux, la salle est comble. Un mélange de générations, de regards, de sensibilités. Tous sont là pour comprendre, pour rendre hommage, ou simplement pour ne pas détourner les yeux de la réalité.
Dès les premières minutes, le silence s’installe. Un silence dense, habité. Les spectateurs sont concentrés, immobiles, absorbés par le récit. Les images, les témoignages, la voix portée à l’écran touchent au plus profond. Dans l’obscurité de la salle, les émotions circulent sans bruit. Des yeux rougissent, des larmes coulent discrètement. Personne ne cherche à les cacher, personne ne les commente. Chacun vit ce moment à sa manière, mais tous le partagent.
Le film avance, et avec lui une tension émotionnelle qui ne faiblit pas. Ici, pas de réactions spectaculaires, pas de soupirs audibles. Juste une attention totale, presque solennelle. Le documentaire impose son rythme, sa gravité, et la salle l’accepte pleinement. Le cinéma devient un espace de recueillement.
Puis vient le générique. Un moment qui, d’ordinaire, marque la fin, le retour au mouvement, aux discussions, à la sortie. Mais pas ce matin-là. Lorsque l’écran passe au noir, personne ne se lève. Pas un bruit. Les spectateurs restent figés sur leur siège, comme si quitter la salle était impossible, comme si l’histoire devait encore infuser. Le silence est total, profond, presque sacré.
Dans l’obscurité, quelques lampes de téléphones s’allument lentement. De petites lumières isolées, non pas pour rompre le moment, mais pour reprendre pied dans le réel. Les visages apparaissent alors, éclairés par ces écrans : des traits marqués, des yeux rougis par les larmes, des regards encore ailleurs. Toujours aucun mot. Le public commence à bouger, très doucement, presque avec retenue.
La sortie de la salle se fait dans un silence solennel. Les spectateurs avancent lentement, sans se presser, sans échanger. Chacun emporte avec lui ce qu’il vient de voir, ce qu’il vient de ressentir. Il n’y a rien à ajouter, rien à commenter immédiatement. Le film continue de résonner, bien au-delà de l’écran.
En programmant La voix de Hind Raja en ouverture de journée, le RamDam Festival rappelle avec force ce qu’est le cinéma qu’il défend : un cinéma qui dérange, qui questionne, qui touche, mais surtout un cinéma qui oblige à l’écoute. Ce dimanche matin à Tournai, il n’y a pas eu de débat à la sortie, pas de brouhaha. Il y a eu mieux que cela : un silence collectif, lourd de sens, comme un hommage, comme une promesse de ne pas oublier.
Laurent Frémal