Le RWLP refuse que l’injustice devienne la norme
Pendant que certains parlent de “profiteurs”, de “fainéants” ou “d’assistés”, d’autres parlent simplement de survie. Survivre avec un revenu insuffisant. Survivre avec des loyers impossibles. Survivre entre dettes, convocations administratives, contrôles, exclusions et emplois précaires. Derrière les discours politiques sur “l’effort” et “la responsabilité”, ce sont des milliers de personnes qui vivent chaque jour une réalité faite de privations, d’angoisses et d’humiliations.
Ce 12 mai 2026, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), accompagné des témoins du vécu militant·es et du Belgian Anti-Poverty Network (BAPN), appelle à renforcer le rapport de force face aux politiques d’austérité et aux discours qui banalisent l’injustice sociale.
Le communiqué est clair : pour le RWLP, il est devenu inacceptable de voir la pauvreté traitée comme une fatalité normale ou comme une conséquence individuelle méritée. Derrière les mots employés dans certains discours politiques ou médiatiques, ce sont des êtres humains qui sont désignés comme responsables de leur propre précarité. Une mécanique bien connue qui permet ensuite de justifier les sanctions, les exclusions et les coupes budgétaires.
Le RWLP dénonce notamment une stratégie politique qui consiste à opposer les personnes entre elles : travailleurs contre allocataires sociaux, pauvres contre classe moyenne, précaires contre étrangers. Une manière de détourner l’attention des véritables enjeux économiques et fiscaux.
Car au cœur du débat se trouve une question essentielle : pourquoi affirme-t-on sans cesse qu’“il n’y a plus d’argent”, tout en refusant d’aborder sérieusement la justice fiscale ? Pourquoi l’effort est-il toujours demandé aux mêmes ? Pourquoi les sacrifices concernent-ils systématiquement celles et ceux qui ont déjà le moins ?
Le communiqué rappelle que l’austérité n’est pas neutre. Elle produit des conséquences concrètes : explosion de la précarité, isolement social, détérioration de la santé mentale, fragilisation des familles, décrochage scolaire, perte de confiance dans les institutions et épuisement du tissu associatif.
Mais au-delà des chiffres et des politiques, le RWLP pose aussi une question profondément humaine : qu’est-ce qu’une société qui abandonne une partie de sa population ? Que devient une démocratie lorsque les droits sociaux sont présentés comme des privilèges et non comme des garanties fondamentales ?
Dans un contexte où les discours de haine, de stigmatisation et de division prennent de plus en plus de place, le mouvement rappelle une évidence souvent oubliée : personne ne construit sa vie seul. Les parcours dépendent aussi du logement, de la santé, de l’éducation, des rencontres, du soutien familial, de l’accès aux droits ou encore des opportunités.
Pour cette mobilisation du 12 mai, le RWLP a également choisi une forme originale et visuelle avec deux personnages symboliques : Mme Merit Ocratie et Mme Fait Dumieux Quellepeut. Deux figures volontairement caricaturales pour illustrer les inégalités de départ dans la vie. L’une avance avec tous les privilèges possibles, l’autre tente simplement de tenir debout malgré les obstacles permanents.
Une manière de rappeler que certains naissent “avec le chemin tout tracé”, pendant que d’autres doivent mener un véritable parcours du combattant simplement pour accéder à leurs droits les plus élémentaires.
Le RWLP oppose ainsi à la violence sociale une mobilisation collective mêlant humour, colère, dignité et détermination. Une colère qui ne vise pas les individus, mais un système qui normalise les inégalités et culpabilise les plus fragiles.
Chez Radio Solidarit, cette mobilisation résonne particulièrement. Parce qu’au-delà des slogans, ce sont des réalités humaines que nous rencontrons chaque semaine sur le terrain : travailleurs pauvres, familles monoparentales, jeunes en errance, personnes sans logement, seniors isolés, associations à bout de souffle et citoyens qui refusent de se résigner.
Informer, donner la parole, documenter les luttes sociales et rappeler que derrière chaque statistique il y a une vie : c’est aussi cela le rôle d’un média associatif.
Et peut-être plus que jamais aujourd’hui, rappeler une chose simple :
Une société ne se juge pas à la richesse de ses plus puissants.
Elle se juge à la manière dont elle traite les plus fragiles.
Laurent Frémal