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Quand l’art devient un acte de résistance

Découvrez « Affiches sans papiers, affiches sans frontières », une exposition engagée présentée au Cinex de Namur. À travers la linogravure et des témoignages poignants, AFICO interroge les politiques migratoires belges et européennes et donne une place aux récits de personnes sans-papiers.

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l’exposition qui questionne nos politiques migratoires

À Namur, des affiches qui interpellent bien plus qu’elles ne décorent

Au Cinex de Namur, l’exposition « Affiches sans papiers, affiches sans frontières » ne laisse personne indifférent. Derrière chaque linogravure, chaque texte et chaque affiche se cache une réflexion profonde sur les politiques migratoires belges et européennes, mais aussi sur la place que notre société accorde aux personnes contraintes de vivre sans titre de séjour.

À l’origine de ce projet, l’association AFICO et son groupe Art en Résistance, qui utilisent la création artistique comme outil d’éducation permanente. Pour Laurent Wilmet, animateur et formateur chez AFICO, l’objectif n’est pas de parler à la place des personnes concernées, mais d’interroger les choix politiques de notre société.

« Nous avons voulu parler des politiques, ou plutôt de l’absence de politiques d’accueil de nos gouvernements et de l’Union européenne. »

Une exposition née d’une inquiétude toujours d’actualité

Si cette exposition a été conçue il y a plusieurs années, elle retrouve aujourd’hui une résonance particulière.

Selon Laurent Wilmet, les réformes actuellement envisagées en Belgique, notamment autour des visites domiciliaires, ravivent les inquiétudes des associations qui accompagnent les personnes étrangères.

« Vu l’actualité, nous avons ressorti cette exposition et l’avons complétée, parce que les lois actuellement en préparation nous inquiètent et inquiètent les publics avec lesquels nous travaillons. »

Pour AFICO, cette exposition constitue un véritable espace de dialogue autour de questions devenues centrales dans le débat public.

Qui sont les personnes sans-papiers ?

L’interview permet également de revenir sur une réalité souvent mal comprise.

Contrairement aux idées reçues, une personne sans-papiers n’est pas uniquement un migrant arrivé récemment sur le territoire. Il s’agit le plus souvent d’une personne qui, après un long parcours administratif ou migratoire, perd le droit de séjourner légalement dans le pays.

« Les personnes que l’on définit comme sans-papiers sont des personnes qui n’ont plus leur droit de rester sur le territoire. »

Certaines ont vu leur demande d’asile refusée, d’autres sont en transit vers un autre pays, notamment le Royaume-Uni.

La linogravure : un art populaire au service de l’engagement

L’originalité de l’exposition réside également dans son support artistique.

Toutes les œuvres sont réalisées en linogravure, une technique d’impression héritée de la gravure sur bois, utilisant du lino récupéré auprès de poseurs de revêtements de sol.

Pour AFICO, ce choix n’est pas anodin.

« C’est un art qui a été utilisé dans les milieux militants. »

Mais ce procédé répond aussi à une volonté de rendre la création artistique accessible à toutes et tous.

« Nous essayons de montrer qu’on peut faire de l’art avec très peu de moyens. »

Le recyclage des matériaux devient ainsi un prolongement du message porté par l’exposition : créer autrement, avec ce qui existe déjà.

Quand les personnes concernées prennent enfin la parole

L’une des évolutions majeures de cette nouvelle version de l’exposition est l’intégration de créations réalisées par des personnes sans-papiers de l’École des Solidarités.

Leurs œuvres racontent directement leur parcours migratoire.

Certaines sont d’une sobriété bouleversante.

Laurent Wilmet évoque notamment un participant ayant simplement gravé un fouet sur fond noir.

« Il s’est fait fouetter lorsqu’il était en Libye pendant son parcours migratoire. »

Un témoignage qui l’a profondément marqué.

« Je ne souhaite à personne ce qu’ils nous ont raconté sur leur parcours migratoire. C’est très, très violent… Rien que de le raconter, je suis encore dans l’émotion. »

Ces quelques mots rappellent que derrière les débats politiques se trouvent avant tout des parcours humains.

Donner une place à celles et ceux dont on parle

L’exposition a également évolué grâce aux remarques formulées par les visiteurs.

Lors des premières présentations, plusieurs personnes d’origine étrangère ont pointé une absence importante.

« Il manque une parole. Il manque la parole des migrants. »

Une critique entendue par les organisateurs.

Depuis, AFICO tente d’intégrer davantage de témoignages directs, même si la démarche reste complexe.

Beaucoup de personnes concernées n’ont tout simplement pas envie de raconter publiquement un parcours souvent marqué par les violences, les humiliations ou la peur.

Nos références culturelles ne sont pas universelles

Autre enseignement tiré de cette expérience : certaines œuvres étaient difficiles à comprendre pour une partie du public.

Des références à Georges Brassens ou à d’autres éléments de la culture francophone passaient totalement inaperçues auprès de visiteurs issus d’autres horizons.

L’équipe a également été confrontée à une situation particulièrement révélatrice lorsqu’un participant afghan a utilisé une svastika, symbole religieux positif dans sa culture.

En Europe occidentale, ce symbole est immédiatement associé au nazisme.

L’exposition a donc choisi de conserver cette œuvre tout en l’accompagnant d’explications.

Pour Laurent Wilmet, cette expérience rappelle une évidence.

« Quand on s’intéresse à une autre culture, on se rend compte que nous avons une vision très occidentalo-centrée. »

L’art comme espace de débat citoyen

Plus qu’une simple exposition artistique, « Affiches sans papiers, affiches sans frontières » invite le public à questionner les politiques migratoires, les représentations et les préjugés.

Elle ne prétend pas apporter toutes les réponses.

Elle ouvre un espace où citoyens, artistes et personnes concernées peuvent se rencontrer autour d’une même question : quelle société voulons-nous construire ?

Comme le résume Laurent Wilmet, l’enjeu est désormais d’aller encore plus loin.

« Il faudrait absolument développer davantage la parole des personnes d’origine étrangère et trouver un moyen de mieux l’intégrer dans l’exposition. »

Une conviction qui rejoint parfaitement l’esprit de cette démarche : faire de l’art un lieu où chacun peut enfin être vu, entendu et reconnu.

Laurent Frémal

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