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EXIL :

Deux films, une même réalité : l’exil. Au Cinéma Palace à Bruxelles, Radio Solidarité a rencontré le réalisateur Yves Dorme, le CIRÉ et BelRefugees. Trois regards sur la migration, l’accueil, les droits et surtout sur les femmes et les hommes derrière les chiffres. Découvrez notre reportage.

Radio Solidarité

Deux films, une même réalité… et des êtres humains derrière les mots

Deux films. Une même réalité. Et derrière cette réalité, des femmes et des hommes que l’on entend trop souvent désigner avant de prendre le temps de les écouter.

Ce samedi 26 septembre, Radio Solidarité était au Cinéma Palace, à Bruxelles, pour « EXIL — 2 films. Une même réalité », une matinée consacrée à l’exil et aux réalités vécues par les personnes migrantes.

Au programme, deux documentaires du réalisateur belge Yves Dorme : Les Hommes seuls, consacré à des hommes confrontés à l’exil, et Quatre femmes en exil, qui porte le regard sur les parcours de quatre femmes.

Deux films, deux approches, mais cette même question qui traverse le travail du réalisateur :

Que faisons-nous de l’humain ?

La matinée ne s’arrêtait d’ailleurs pas à la projection. Après les films, un échange réunissait de nombreuses organisations actives dans la défense des droits humains, l’accueil et l’accompagnement des personnes migrantes.

Radio Solidarité a tendu son micro à Yves Dorme, au CIRÉ et à BelRefugees.

Trois rencontres qui nous ramènent à une évidence parfois perdue au milieu des débats politiques : derrière les mots « migrants », « demandeurs d’asile », « sans-papiers » ou « réfugiés », il y a d’abord des personnes.

Filmer celles et ceux que l’on ne regarde plus

C’est précisément ce qu’Yves Dorme cherche à faire avec sa caméra.

Pour lui, filmer les personnes en situation de précarité, les demandeurs d’asile ou les sans-papiers raconte aussi « ce que nous, en tant que société, créons ». Son objectif est de permettre au spectateur qui ne connaît ces situations qu’à travers les journaux de rencontrer les personnes et de voir ce qui se passe réellement.

Mais montrer ne signifie pas exhiber.

Dans ses films, Yves Dorme refuse de faire de la misère un spectacle. Lorsqu’il filme un squat, les conditions de vie apparaissent. Il ne cherche pourtant pas l’image choc pour elle-même.

Ce qui l’intéresse est ailleurs :

« Pourquoi ils sont là. Qu’est-ce qu’ils font là ? Et comment ils survivent dans ce bazar ? »

Cette différence est essentielle.

On peut montrer la pauvreté.

On peut montrer un squat.

On peut montrer quelqu’un qui dort dans la rue.

Mais derrière ces images, il reste une personne avec une histoire, un parcours et une dignité.

Quand le cinéma rejoint le travail de terrain

Le CIRÉ était également présent au Palace.

Sa représentante explique que l’association travaille quotidiennement sur ces réalités à travers le droit, les chiffres, l’analyse et l’accompagnement. Le documentaire permet, lui, de les montrer autrement.

Elle évoque notamment des personnes migrantes confrontées à des dénis de droits ou laissées à la rue malgré les protections qu’elles revendiquent. Pour le CIRÉ, le cinéma permet de rendre visibles ces situations d’une manière différente du travail juridique ou politique traditionnel.

Et c’est peut-être là toute la force de cette matinée.

Un chiffre informe.
Un dossier explique.
Une loi encadre.
Mais un visage nous oblige à regarder l’être humain.

La représentante du CIRÉ défend ainsi le rôle de la culture pour montrer des réalités complexes autrement que par les représentations simplifiées de la migration que l’on peut retrouver dans certains médias ou discours politiques.

Et puis il y a le droit

L’entretien avec le CIRÉ nous amène également sur un terrain particulièrement sensible : celui du respect du droit et des décisions de justice.

La représentante de l’association ne cache pas son inquiétude :

« C’est gravissime que des autorités ne respectent pas leurs lois. »

Juriste, elle développe dans notre reportage les raisons pour lesquelles elle considère que cette question dépasse largement le seul dossier migratoire et touche au fonctionnement même de l’État de droit.

Ses propos sont forts.

Nous avons choisi de vous permettre de les entendre directement, dans leur contexte, plutôt que de parler à sa place.

BelRefugees : derrière les politiques, il faut accueillir

Avec BelRefugees, on quitte encore un peu plus les grands concepts pour revenir aux gestes du quotidien.

Julie nous le rappelle avec beaucoup de simplicité : dans leurs centres, « ce n’est pas toujours le grand luxe », mais l’objectif reste d’accueillir les personnes décemment.

Ce matin-là, au Palace, BelRefugees avait d’ailleurs préparé pour le public un petit-déjeuner semblable à ceux servis dans ses centres.

Du pain. Du thé. Du café.

Cela peut sembler anecdotique.

Ça ne l’est pas.

Parce qu’avant les grandes déclarations sur la migration, il existe des besoins beaucoup plus simples :

Manger. Dormir. Se laver. Être en sécurité. Être considéré comme une personne.

Julie décrit également une situation devenue, selon BelRefugees, plus difficile pour les personnes migrantes et cite notamment le regroupement familial, les visites domiciliaires et les difficultés d’obtention de certains visas.

Quand l’écran devient un miroir

Il y a enfin une réalité particulière lorsqu’un film sur l’exil est regardé par quelqu’un qui l’a lui-même vécu.

BelRefugees organise des projections dans ses centres. Julie nous raconte que les réactions dépendent évidemment du parcours de chacun.

Mais elle ajoute :

« Beaucoup sont touchés, beaucoup revoient aussi une partie de leur histoire. »

Pour nous, Les Hommes seuls et Quatre femmes en exil sont des documentaires.

Pour certaines personnes, certaines images peuvent être un morceau de leur propre vie.

Et cela change forcément le regard.

« Aller à la rencontre »

Après les deux films et nos trois interviews, nous aurions pu chercher une grande phrase pour conclure.

Yves Dorme nous en a donné une beaucoup plus simple :

« Aller à la rencontre des gens. »

Voilà peut-être ce qui manque le plus lorsque l’on parle d’exil.

On parle de flux.

De frontières.

De demandes d’asile.

De retours.

De quotas.

De lois.

De « crise migratoire ».

Et au milieu de tous ces mots, il arrive que l’on ne voie plus celles et ceux dont on parle.

Alors rencontrons-les.

Écoutons-les.

Et laissons aussi le cinéma nous emmener là où nous n’irions peut-être pas spontanément.


À VOIR — Le reportage de Radio Solidarité

Radio Solidarité était au Cinéma Palace de Bruxelles pour cette matinée « EXIL — 2 films. Une même réalité ».

Nous vous proposons un reportage d’environ 15 minutes, avec Yves Dorme, le CIRÉ et BelRefugees.

Trois regards. Trois paroles.

Et une question que nous vous laissons après avoir regardé ce reportage :

Quand nous parlons de migration, parlons-nous encore suffisamment des êtres humains ?

Visionnez notre reportage et prenez le temps d’écouter celles et ceux qui filment, accompagnent, défendent et accueillent.

Radio Solidarité — La voix qui unit les paroles libres.