Vous avez 52 ans, 55 ans ou peut-être 59 ans. Vous avez travaillé pendant des années. Vous connaissez votre métier, vous avez de l’expérience, vous savez ce que signifie se lever tôt, respecter des horaires, prendre des responsabilités.
Et puis, un jour, vous perdez votre emploi.
Vous refaites votre CV, vous consultez les offres, vous envoyez des candidatures. Une, deux, dix, vingt… Parfois, vous recevez une réponse automatique. Souvent, rien du tout.
Alors une question finit par vous traverser l’esprit : « Est-ce que je suis devenu trop vieux pour travailler ? »
Pourtant, à 55 ans, la retraite est encore loin. Il reste des factures à payer, un logement à entretenir, parfois des enfants à aider. Et surtout, il reste des années pendant lesquelles vous avez envie de travailler.
Alors pourquoi est-ce si compliqué ?
L’expérience, on la demande. Mais quand on l’a, elle dérange ?
C’est l’une des contradictions du recrutement.
Dans les offres d’emploi, on réclame régulièrement des candidats expérimentés, autonomes, capables de prendre des initiatives. Mais lorsqu’une personne de plus de 50 ans se présente, les mêmes qualités peuvent soudain devenir suspectes.
« Il risque de coûter trop cher. »
« Il aura du mal avec les nouvelles technologies. »
« Il ne voudra pas recevoir d’ordres d’un responsable plus jeune. »
« Il sera moins flexible. »
Voilà des préjugés auxquels peuvent être confrontés les travailleurs plus âgés. Ils ne sont pas nécessairement exprimés ouvertement. Et c’est justement ce qui rend la discrimination difficile à identifier.
Bien sûr, tous les employeurs ne raisonnent pas de cette manière. Certains recherchent précisément des personnes expérimentées. Mais il serait naïf de prétendre que l’âge n’entre jamais en ligne de compte.
En Belgique, la discrimination fondée sur l’âge est interdite dans le recrutement. Un employeur ne peut pas écarter une candidature simplement parce que la personne a dépassé 50 ou 55 ans, sauf exception légalement justifiée.
Le problème, c’est qu’entre ce que dit la loi et ce qui se passe réellement dans un processus de recrutement, il peut y avoir une sacrée distance.
À 55 ans, on n’a pas forcément envie de tout recommencer
On entend souvent ce conseil : « Vous n’avez qu’à vous reconvertir ! »
Comme si changer de métier était aussi simple que changer de chemise.
Une personne qui a passé trente ans dans la construction, le commerce, le transport, l’industrie ou l’horeca ne peut pas toujours reprendre une formation de plusieurs années.
Il y a les contraintes financières, les déplacements, la santé parfois, les obligations familiales. Et puis il y a cette fatigue que peuvent provoquer des mois de recherches infructueuses.
Cela ne signifie pas qu’une reconversion est impossible. Au contraire. Mais elle doit correspondre à un projet réaliste, aux compétences de la personne et aux possibilités d’emploi.
Et pourquoi faudrait-il systématiquement changer de métier à 55 ans ? Pourquoi ne pas commencer par reconnaître ce que la personne sait déjà faire ?
Votre expérience vaut quelque chose. Encore faut-il savoir la présenter.
Quand on recherche un emploi après 50 ans, le CV mérite une attention particulière.
Pas question de cacher son âge ou de prétendre avoir vingt ans de moins. Mais un CV n’est pas non plus une autobiographie.
Quelques conseils pratiques :
- Mettez en avant vos expériences les plus pertinentes pour le poste recherché, plutôt que de raconter toute votre carrière depuis votre premier emploi.
- Présentez vos compétences concrètes : gestion d’équipe, organisation, contact avec la clientèle, maîtrise d’outils, résolution de problèmes.
- Actualisez votre CV avec vos formations et les logiciels que vous utilisez réellement.
- Évitez de vous dévaloriser avec des expressions comme « malgré mon âge » ou « même si je ne suis plus tout jeune ».
- Adaptez votre candidature à l’offre. Un CV envoyé à cinquante entreprises sans modification n’est pas forcément plus efficace que dix candidatures bien ciblées.
Et si vous n’avez pas utilisé certains outils informatiques depuis longtemps, ce n’est pas une honte. Cela peut s’apprendre.
Le Forem, les centres de compétences et différents organismes de formation proposent des possibilités de remise à niveau en Wallonie.
« Vous n’êtes pas trop âgé pour ce poste ? »
Imaginons qu’un recruteur vous pose cette question lors d’un entretien.
Vous pourriez répondre :
« J’ai l’expérience nécessaire pour ce travail, je connais les exigences du métier et je suis prêt à apprendre ce que je ne maîtrise pas encore. Ce qui compte, c’est ce que je peux apporter à votre entreprise. »
Pas besoin de vous excuser d’avoir 55 ans.
Autre remarque possible : « Nous travaillons avec une équipe assez jeune. »
Vous pouvez rappeler que vous avez déjà collaboré avec des collègues de différentes générations et que l’âge ne détermine pas la capacité à travailler en équipe.
Il ne s’agit pas de transformer chaque entretien en confrontation. Mais vous avez le droit de répondre à un préjugé sans vous laisser enfermer dedans.
Et n’oubliez pas : un entretien d’embauche sert aussi à déterminer si l’entreprise vous convient.
Et si le problème ne venait pas de votre CV ?
C’est une question qu’on pose trop rarement.
À force de recevoir des refus, beaucoup de demandeurs d’emploi finissent par croire qu’ils sont personnellement responsables de leur situation.
Leur CV ne serait pas assez moderne. Leur discours manquerait de dynamisme. Leur présentation ne serait pas suffisamment convaincante.
Parfois, ces éléments peuvent effectivement être améliorés.
Mais il existe aussi des difficultés sur lesquelles un candidat n’a pas de prise : des critères de recrutement trop restrictifs, des conditions salariales peu attractives, des exigences disproportionnées ou des préjugés liés à l’âge.
On peut améliorer une candidature. On ne peut pas, à soi seul, corriger toutes les pratiques du marché de l’emploi.
Et il faut le rappeler : être sans emploi ne signifie pas être sans compétences.
Les pistes à explorer après 50 ans
Si vous cherchez du travail, plusieurs démarches peuvent vous aider.
Faire le point sur vos compétences. Le Forem peut vous accompagner dans votre recherche d’emploi et vous orienter vers des formations. La validation des compétences peut également permettre de faire reconnaître officiellement certains savoir-faire acquis par l’expérience, même sans diplôme correspondant.
Élargir vos recherches sans accepter n’importe quoi. Les petites entreprises, les ASBL, les pouvoirs locaux ou certains secteurs professionnels peuvent offrir des possibilités auxquelles vous n’aviez pas pensé. Mais vérifiez toujours les horaires, le salaire, les déplacements et les conditions de travail.
Mobiliser votre réseau. Anciens collègues, connaissances professionnelles, associations ou entreprises avec lesquelles vous avez déjà travaillé : une prise de contact peut parfois déboucher sur une opportunité.
Continuer à apprendre. Une formation courte et ciblée peut suffire pour actualiser certaines compétences. Inutile de repartir automatiquement dans plusieurs années d’études.
Ne pas rester seul face aux refus. Un accompagnement peut aider à analyser vos candidatures, préparer les entretiens et éviter que les difficultés ne se transforment en découragement.
Et si vous pensez avoir subi une discrimination liée à votre âge, vous pouvez contacter Unia, l’institution publique indépendante chargée notamment de lutter contre les discriminations fondées sur l’âge.
Quand on vous demande de travailler plus longtemps, encore faut-il vous laisser travailler
C’est peut-être la question la plus dérangeante.
En Belgique, l’âge légal de la pension est progressivement relevé. Il est de 66 ans pour les personnes nées entre 1960 et 1963 et de 67 ans pour celles nées à partir de 1964.
On demande donc aux travailleurs de prolonger leur carrière.
Mais que se passe-t-il lorsqu’une personne de 56 ans, encore capable et désireuse de travailler, ne trouve plus d’employeur prêt à lui donner sa chance ?
Comment lui demander de rester active plus longtemps si, dans le même temps, son âge devient un obstacle au recrutement ?
Cette contradiction mérite d’être discutée, autant par les responsables politiques que par les entreprises.
Car derrière les débats sur les pensions et le taux d’emploi, il y a des personnes qui voudraient simplement retrouver un travail.
Et concrètement, je fais quoi maintenant ?
Si vous avez plus de 50 ans et que vous cherchez un emploi, commencez par trois démarches simples.
- Reprenez votre CV. Vérifiez qu’il présente clairement vos compétences actuelles et qu’il correspond aux emplois que vous recherchez.
- Prenez rendez-vous avec un conseiller emploi. Demandez un bilan de compétences et renseignez-vous sur les formations courtes ou la validation de votre expérience.
- Analysez vos candidatures. Notez les entreprises contactées, les réponses obtenues et les entretiens réalisés. Cela vous aidera à identifier ce qui peut être amélioré, sans considérer chaque refus comme un échec personnel.
Vous pouvez consulter le Forem pour l’accompagnement et la formation, la Validation des compétences pour la reconnaissance de votre expérience, et Unia si vous avez des questions concernant une discrimination.
À 55 ans, on n’est pas une date de péremption
On peut avoir 55 ans et vouloir apprendre. On peut avoir 60 ans et être parfaitement capable de s’adapter. On peut aussi avoir 25 ans et manquer de motivation.
L’âge ne raconte pas toute une personne.
Bien sûr, avec les années, certaines capacités peuvent évoluer. Certains métiers deviennent physiquement plus difficiles. Mais cela devrait conduire à réfléchir aux conditions de travail, à l’aménagement des postes et à la transmission des compétences, plutôt qu’à écarter automatiquement des candidats.
Alors, la prochaine fois qu’un employeur hésite devant un CV parce qu’il découvre une longue carrière, peut-être devrait-il se poser une autre question :
« Et si cette expérience était justement ce dont mon entreprise a besoin ? »