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✎ Édito

La pauvreté ne disparaît pas quand on change de guichet

Une fin de droit au chômage ne supprime ni le loyer ni les factures. Alors que la Wallonie débloque une aide pour les CPAS, une question demeure : que deviennent les personnes privées d’allocations ?

Radio Solidarité

La pauvreté ne disparaît pas quand on change de guichet

Le 22 octobre, le gouvernement wallon a annoncé une enveloppe de 5,278 millions d’euros pour les CPAS des communes de plus de 50 000 habitants. À Namur, cela représente un peu plus de 689 000 euros. Cet argent doit soutenir l’accompagnement social. Il est bienvenu. Quand une personne ne sait plus comment payer son loyer, elle a besoin de trouver quelqu’un en face d’elle, avec du temps et des moyens pour l’aider. (wallonie.be)

Mais cette annonce pose une question qui dépasse largement le montant du chèque : pourquoi organise-t-on la fin d’une protection avant de financer les services vers lesquels les personnes risquent de devoir se tourner ?

La réforme fédérale limite désormais, en règle générale, les allocations de chômage à un maximum de vingt-quatre mois, avec des exceptions. Pour les personnes déjà indemnisées, des fins de droit sont organisées par vagues dans le cadre du régime transitoire. C’est une décision politique. Pas une disparition du besoin de vivre. (onem.be)

Une allocation s’arrête. Le loyer continue.

Il faut tout de même manger, se chauffer, pouvoir se déplacer pour chercher du travail. Une date inscrite dans un courrier ne crée aucun emploi. Elle ne règle pas davantage un problème de santé ou l’absence de transport vers un lieu de travail.

Et le CPAS ne prend pas automatiquement le relais. Le droit à une aide doit être examiné, à travers une enquête sociale. Une fin de droit au chômage ne constitue donc pas la promesse d’un autre revenu. (mi-is.be)

C’est là qu’il faut regarder les conséquences d’une réforme. Au moment où une personne quitte un dispositif, que devient-elle ? A-t-elle retrouvé un travail qui lui permet de vivre ? Dépend-elle désormais des revenus de son conjoint ? Attend-elle une décision, sans savoir comment elle passera le mois ?

On ne peut pas mettre toutes ces situations dans la même colonne et appeler cela un progrès.

Des compensations fédérales sont prévues pour les CPAS à la suite de la limitation des allocations. Il serait donc faux de prétendre qu’aucun financement n’a été organisé. L’aide wallonne annoncée la semaine dernière est, elle, présentée comme un soutien à leur action quotidienne. Ce sont des dispositifs distincts. (mi-is.be, wallonie.be)

Reste la question politique : à quoi sert une économie dans un budget si elle produit une dépense ailleurs, avec, entre les deux, une personne qui doit recommencer ses démarches et expliquer pourquoi elle a besoin d’aide ?

Pour elle, la séparation entre le fédéral, la Région et la commune ne paie aucune facture.

Il faut aussi parler de ceux qui reçoivent ces demandes. On attend des travailleurs sociaux qu’ils accompagnent vers l’emploi, qu’ils comprennent les difficultés particulières, qu’ils trouvent des solutions. Cela demande du temps. Une situation ne se comprend pas toujours en vingt minutes, entre deux rendez-vous et une pile de documents.

Donner des moyens aux CPAS est nécessaire. Mais leur demander de réparer les conséquences de décisions prises ailleurs ne peut pas devenir notre manière habituelle de gouverner.

À Radio Solidarité, nous défendons une protection sociale sur laquelle on puisse compter quand la vie déraille. Perdre son emploi ne devrait pas obliger à démontrer sa valeur humaine. Demander de l’aide ne devrait pas devenir une épreuve supplémentaire.

Bien sûr qu’il faut accompagner vers le travail. Encore faut-il parler des emplois accessibles, de leurs conditions et de ce qu’ils permettent réellement de gagner. Retirer un revenu ne répond à aucune de ces questions.

Les gouvernements devront rendre des comptes sur ce que deviennent les personnes concernées. Combien ont retrouvé un emploi durable ? Combien vivent avec moins ? Combien restent sans solution ?

C’est à cela qu’une réforme doit être jugée.

Car une personne qui change de guichet n’a pas forcément changé de vie.

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