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Le droit à la participation : quand la démocratie ne suffit plus à donner la parole

Peut-on participer à la démocratie quand on peine à se loger ou à se soigner ? À Namur, Marie-Jeanne du GAPS et Adrienne des Équipes populaires défendent le droit de chacun à être entendu. Un entretien enregistré lors de la mobilisation du 15 octobre contre la pauvreté.

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Peut-on réellement participer à la vie démocratique lorsqu’on n’a pas de logement, lorsqu’on ne peut plus se soigner ou lorsqu’on passe ses journées à tenter de survivre ? Cette question a traversé notre rencontre avec Marie-Jeanne, du GAPS, et Adrienne, des Équipes populaires, lors de la journée de mobilisation contre la pauvreté organisée le 15 octobre à Namur par le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP).

Installées devant les micros du studio mobile de Radio Solidarité, sur la place d’Armes, nos deux invitées ont défendu une idée simple : la démocratie ne peut pas se résumer à déposer un bulletin dans une urne tous les cinq ans. Elle doit aussi permettre à chacun de prendre part aux décisions qui concernent sa vie.

Le droit de participer commence par le droit de vivre dignement

Marie-Jeanne représente le GAPS, Groupe Animation de la Basse-Sambre, une association d’éducation permanente située à Sambreville. Son travail l’amène notamment à côtoyer des personnes en grande précarité, parfois privées de logement, de mutuelle ou d’accès aux soins.

Pour elle, parler du droit à la participation sans parler des droits fondamentaux n’a guère de sens.

À La Ruche, l’accueil de jour du GAPS, certaines personnes viennent d’abord chercher un endroit où se poser. Sans obligation immédiate, sans devoir justifier leur présence. Avant de participer à une réunion citoyenne ou de s’engager dans un projet collectif, il faut parfois retrouver un peu de stabilité.

Le logement, la santé, l’accès à l’éducation ou à la culture ne sont donc pas des questions séparées de la participation démocratique. Ce sont aussi les conditions qui permettent de l’exercer.

Marie-Jeanne dénonce particulièrement les discours politiques qui présentent la réussite comme une simple affaire de volonté individuelle.

« Quand on veut, on peut » ? Pour elle, la réalité est plutôt inverse : « Quand on peut, on veut. »

Une manière de rappeler que les possibilités ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Demander à une personne de participer à la société tout en lui retirant les moyens matériels de le faire relève d’une contradiction que les associations rencontrent quotidiennement.

La démocratie, c’est aussi le droit de l’ouvrir

Adrienne, des Équipes populaires, défend une conception très concrète de la citoyenneté.

« La démocratie, ce n’est pas voter une fois tous les cinq ans », explique-t-elle. Le vote reste un droit précieux, auquel son mouvement est profondément attaché. Mais la participation doit pouvoir se vivre dans les quartiers, dans les communes et dans les décisions qui concernent directement les habitants.

Elle résume cette liberté par une expression volontairement directe : « Le droit de l’ouvrir. »

Pouvoir parler, donner son avis, raconter son expérience, rencontrer d’autres personnes confrontées aux mêmes difficultés. Et surtout, faire de ces expériences individuelles une parole collective.

Cette démarche constitue la base de l’éducation permanente.

Car une personne isolée face à une administration ou à une décision politique dispose rarement des mêmes moyens d’action qu’un groupe organisé. Adrienne rappelle que les mobilisations citoyennes peuvent obtenir des résultats auprès des CPAS, des communes et parfois même peser sur des projets de loi.

Ces victoires sont souvent modestes. Elles existent néanmoins.

Faire entendre sa voix devient de plus en plus difficile

Marie-Jeanne apporte une nuance importante à cet espoir de participation.

À Sambreville, un groupe de citoyens baptisé « Espace public » travaille notamment sur la mobilité, la sécurité et la propreté autour de l’accueil de jour. Des préoccupations ordinaires, directement liées à la vie des habitants.

Mais entre la volonté de participer et la possibilité d’être réellement entendu, il existe parfois un fossé.

Les procédures d’interpellation citoyenne permettent de prendre la parole, sans garantir que les revendications débouchent sur des changements. Marie-Jeanne décrit des réponses institutionnelles souvent difficiles à dépasser.

Elle s’inquiète également des obstacles rencontrés par les associations lorsqu’elles cherchent à unir leurs mobilisations.

Durant l’interview, elle évoque notamment les difficultés rencontrées pour faire converger une manifestation du secteur de l’insertion socioprofessionnelle avec une mobilisation liée à l’enseignement.

Pour elle, cette convergence est pourtant indispensable. Les difficultés rencontrées dans l’éducation, la formation, l’emploi ou la lutte contre la pauvreté ne peuvent pas être traitées comme des problèmes totalement indépendants.

Adrienne partage cette inquiétude. Elle estime qu’il faudra aussi défendre la liberté associative et la possibilité de porter publiquement des opinions critiques.

« On ne flotte pas mieux quand d’autres coulent »

L’entretien a également permis de découvrir une campagne des Équipes populaires, née des réflexions de leurs militants et bénévoles.

Son message s’attaque à une idée persistante : celle selon laquelle l’enrichissement des plus fortunés finirait naturellement par profiter à l’ensemble de la population.

Pour faire comprendre la fragilité des situations sociales, la campagne utilise l’image d’une pêche aux canards.

Chacun peut devenir le canard qui flanche, celui qui tombe malade, perd son emploi ou se retrouve en difficulté.

Son slogan résume le propos : « On ne flotte pas mieux quand d’autres coulent. »

Adrienne insiste sur le danger d’une société qui cherche des boucs émissaires parmi les personnes déjà fragilisées.

Appauvrir son voisin ne rend personne plus riche. Cela risque, au contraire, d’affaiblir l’ensemble de la société.

Cette campagne montre aussi ce que signifie concrètement la participation : les idées viennent des militants eux-mêmes, de leurs expériences et de leurs discussions. Elles deviennent ensuite une action collective.

La méritocratie, ou l’art de faire porter la responsabilité aux plus pauvres

La discussion est revenue à plusieurs reprises sur le thème choisi cette année par le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté : la méritocratie.

Marie-Jeanne en conteste les présupposés. Présenter les réussites et les échecs comme le résultat du seul mérite individuel revient, selon elle, à oublier les inégalités de départ.

Qui décide de ce qui constitue le mérite ? Qui dispose des ressources nécessaires pour réussir ? Et que devient celui qui n’a jamais eu les mêmes possibilités ?

Ces questions traversent le travail quotidien des associations.

Lorsqu’une personne perd son logement, sa santé ou ses droits sociaux, la présenter comme responsable de son sort permet aussi d’éviter d’interroger les décisions politiques et les mécanismes économiques qui ont contribué à sa situation.

La participation citoyenne suppose précisément de pouvoir discuter ces choix, les contester et proposer autre chose.

La pauvreté n’est pas un choix

À la fin de notre échange, une phrase est venue résumer une bonne partie de cette rencontre :

« La pauvreté, ce n’est pas un choix, ce n’est pas quelque chose qu’on choisit. »

Une affirmation suivie d’une mise en cause directe des décisions gouvernementales dans la construction de la pauvreté.

Sur la place d’Armes, les paroles de Marie-Jeanne et d’Adrienne rejoignaient celles entendues tout au long de cette journée de mobilisation.

Le droit à la participation ne peut pas être réservé à celles et ceux qui ont déjà les moyens de se faire entendre. Il concerne aussi les personnes sans logement, les bénéficiaires d’aides sociales, les travailleurs précaires et tous ceux dont l’expérience est trop souvent absente des décisions publiques.

À Radio Solidarité, nous défendons cette place donnée à la parole. Pas une parole décorative, recueillie pour la forme, mais une parole qui doit pouvoir déranger, questionner et être prise en considération.

Car une démocratie qui demande aux citoyens de participer, mais n’écoute pas ceux qui vivent les conséquences de ses décisions, laisse une partie de la population à la porte.

Écoutez le podcast

Retrouvez notre entretien avec Marie-Jeanne, du GAPS, et Adrienne, des Équipes populaires, enregistré en direct depuis le studio mobile de Radio Solidarité, place d’Armes à Namur, lors de la journée de mobilisation du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté du 15 octobre 2026.

Une discussion sur la démocratie quotidienne, les obstacles à la participation citoyenne, la méritocratie et les luttes collectives pour défendre les droits de chacun.

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