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Maredsous Sound Festival : quand la techno fait vibrer les murs de l’abbaye

Radio Solidarité était présente à la première édition du Maredsous Sound Festival. Avant le show de Padre Guilherme, le prêtre DJ portugais, nous avons rencontré le père abbé François Lear et Mgr Fabien Lejeusne, évêque de Namur. Entre techno, foi, jeunesse et solidarité, retour sur un festival qui bouscule les habitudes.

Radio Solidarité

Ce vendredi 28 août 2026, Radio Solidarité était présente au cœur de l’Abbaye de Maredsous pour assister à la première édition d’un festival particulièrement surprenant. Dans ce lieu habituellement associé au calme, à la prière et au recueillement, la musique électronique a fait vibrer les murs de l’abbaye.

Le contraste était saisissant. Sur l’esplanade, une grande scène, des jeux de lumière, des écrans géants et des milliers de festivaliers avaient remplacé le silence habituel. Près de dix mille personnes étaient attendues pour cette soirée exceptionnelle, presque complète, avec en tête d’affiche Padre Guilherme, le célèbre prêtre DJ portugais.

Avant sa prestation, une conférence de presse a réuni Padre Guilherme, le père François Lear, neuvième père abbé de Maredsous, et Mgr Fabien Lejeusne, évêque de Namur et évêque référent pour la jeunesse auprès des diocèses francophones de Belgique.

« Oser aller à la rencontre des jeunes »

En accueillant les journalistes, le père François Lear a présenté le sens de cette première édition du Maredsous Sound Festival.

« Ce festival est né d’une conviction toute simple : nous devons oser aller à la rencontre des jeunes là où ils sont, avec leur culture, leur musique, leur enthousiasme, mais aussi leurs questions et leur recherche de sens. »

Pour le père abbé, accueillir un festival électro au cœur de Maredsous ne constitue pas une rupture avec la vocation de l’abbaye. Il s’agit, au contraire, d’une autre manière de remplir sa mission d’accueil et de rencontre.

« Nous voulons dire aux jeunes qu’ils sont ici chez eux, qu’ils ont leur place dans l’Église et que nous avons besoin de leur joie, de leur créativité et de leur espérance. »

Le père François Lear souhaite montrer une Église vivante, capable de sortir de ses habitudes et d’utiliser de nouveaux moyens pour rejoindre une génération qui ne fréquente plus nécessairement les lieux religieux.

Selon lui, le christianisme ne porte pas un message triste ou enfermé dans des règles. Il peut également transmettre de la joie, de la vie et de l’espérance.

Le Maredsous Sound Festival ne se limite donc pas à une grande soirée musicale. Le programme comprend également des rencontres, des ateliers, des conférences, des activités, des temps de partage et des moments de prière.

La musique ouvre la fête. L’abbaye propose ensuite à chacun un espace pour se rencontrer, réfléchir et, s’il le souhaite, découvrir la foi autrement.

Padre Guilherme : prêtre partout, même derrière les platines

Originaire du Portugal, Padre Guilherme est devenu une figure internationale de la musique électronique. Prêtre et DJ, il rassemble désormais des foules considérables et compte plus de deux millions et demi d’abonnés sur les réseaux sociaux.

Derrière les platines, il mélange techno mélodique, images, paroles religieuses et messages d’espérance. Il refuse cependant de séparer sa mission de prêtre de son activité artistique.

« Pour moi, je suis prêtre partout : dans l’église comme en dehors. Le fait d’être derrière les platines ne change rien à cela. »

Son aventure musicale a commencé modestement dans sa paroisse. La musique devait initialement permettre de rassembler les familles, les jeunes et les générations plus âgées, mais aussi de récolter de l’argent pour soutenir la paroisse et restaurer son église.

Avec le soutien de sa communauté, Padre Guilherme a progressivement commencé à se produire devant un public de plus en plus important.

« Dans une église, nous pouvons transmettre un message aux personnes qui s’y trouvent. Mais nous savons que beaucoup de gens ne vont plus à l’église. Nous devons donc sortir de l’église, et la musique est l’un des chemins possibles. »

Lorsqu’on lui demande ce qu’il souhaite laisser au public après ses concerts, sa réponse dépasse largement le cadre religieux.

« Nous pouvons faire beaucoup les uns pour les autres et pour notre monde. J’espère qu’à la fin du concert, chacun rentrera chez lui avec l’envie de faire quelque chose pour rendre le monde meilleur. »

La musique comme langage universel

Pour Padre Guilherme, la musique permet d’exprimer ce que les mots ne parviennent pas toujours à dire. Elle peut transmettre une émotion, une conviction ou une espérance à toutes les générations.

Il insiste d’ailleurs sur le fait que la musique électronique ne rassemble pas uniquement des jeunes. Parmi les personnes qui le suivent et assistent à ses concerts se trouvent également de nombreux adultes et des familles.

Son objectif est de créer des ponts entre des univers qui, trop souvent, se connaissent mal et se jugent à distance.

« Personne n’aime ce qu’il ne connaît pas. Certains jeunes ne connaissent l’Église qu’à travers les mauvaises nouvelles. De la même manière, certaines personnes parlent négativement de la musique électronique sans avoir jamais participé à un festival. »

Padre Guilherme invite donc les catholiques à découvrir davantage les festivals, mais aussi les amateurs de musique électronique à dépasser leurs préjugés sur l’Église.

Le prêtre DJ raconte notamment avoir reçu le témoignage d’un jeune qui, après l’avoir vu en concert, avait décidé de revenir vers la foi. Il reconnaît toutefois ne pas pouvoir mesurer tous les résultats de son action.

Il ne prétend pas toucher tous les cœurs. Il veut simplement semer une graine.

Une Église ouverte, mais des critiques assumées

La présence d’un DJ prêtre dans une abbaye ne fait évidemment pas l’unanimité. Padre Guilherme sait que certaines personnes considèrent sa démarche comme déplacée ou incompatible avec sa fonction.

Il comprend que son travail puisse susciter des interrogations.

« Si je n’étais pas prêtre et que je voyais ce que je fais, j’aurais peut-être moi aussi des doutes. Mais je sais pourquoi je le fais. Nous devons pouvoir vivre dans un monde libre et également dans une Église ouverte. »

À ceux qui désapprouvent sa démarche, il adresse une réponse simple : « S’ils n’aiment pas ce que je fais, qu’ils prient au moins pour moi. »

Padre Guilherme rappelle que l’Église a toujours utilisé les moyens culturels de son époque pour transmettre son message : la peinture, la sculpture, l’architecture, les chants, les livres, le cinéma et, aujourd’hui, les réseaux sociaux ou la musique électronique.

« Le message ne change pas, mais les langages évoluent. Le monde ne s’arrête pas. Il est donc important de comprendre ces nouveaux langages et d’être présent auprès des gens. »

Il cite également le psaume cent cinquante, qui invite à louer Dieu avec tous les instruments. La musique électronique n’existait évidemment pas à l’époque biblique, tout comme l’électricité, mais elle peut, selon lui, devenir à son tour un moyen d’expression spirituelle.

« Danser ensemble malgré nos différences »

Au-delà du message religieux, Padre Guilherme voit dans les festivals une image de fraternité.

« Des personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent soudainement à danser ensemble. Elles n’ont pas toutes la même histoire, les mêmes convictions ou la même religion, mais elles partagent le même moment. »

Dans un monde marqué par les divisions, il considère cette expérience collective comme un symbole fort.

« Nous devons apprendre à vivre avec nos différences et comme des frères. La musique électronique offre cette belle image : elle peut rassembler tout le monde. »

Il espère que le public repartira heureux, avec le sentiment d’avoir vécu un moment collectif, mais également avec une petite graine d’espérance ou de foi.

La techno mélodique lui permet d’alterner les passages très puissants et les longues respirations. Les basses donnent de l’énergie, tandis que les pauses permettent de faire entendre une parole, de réfléchir, puis de recommencer à danser.

Pour l’évêque de Namur, « l’Église, c’est aussi savoir faire la fête »

Mgr Fabien Lejeusne, évêque de Namur, s’est montré enthousiaste dès que le projet lui a été présenté par le père abbé.

« C’est une manière de sortir un peu des sentiers battus et de rejoindre ceux qui ne sont pas coutumiers de la vie de l’Église. Cela permet aussi de montrer un visage festif de l’Église. »

Pour l’évêque, la foi ne se limite pas aux célébrations ou à la pratique individuelle.

« L’Église, c’est d’abord la rencontre du peuple de Dieu. C’est vivre sa foi au quotidien, mais c’est aussi savoir faire la fête ensemble. »

Mgr Fabien Lejeusne replace l’utilisation de la techno dans la longue histoire des moyens employés pour transmettre un message.

Après la parole orale et les textes écrits sont venus les œuvres d’art, les livres, la bande dessinée, le cinéma, les réseaux sociaux et, désormais, la musique électronique.

Il voit également dans ce festival une expérience de rencontre : rencontre entre Français, Belges et participants venus d’autres pays, rencontre entre les générations, mais aussi possible rencontre spirituelle dans un lieu qui, par son histoire et son architecture, invite naturellement au recueillement.

« Si les jeunes peuvent repartir d’ici en se disant que l’Église, c’est aussi cela, alors ce sera tout bénéfice. »

Les jeunes en quête de sens

Interrogé sur la distance entre les jeunes et l’Église, l’évêque de Namur préfère parler d’un passage de relais devenu plus difficile entre les générations plutôt que d’un véritable malaise.

Il reconnaît toutefois la nécessité de mieux s’écouter et de se rejoindre.

Un festival comme celui de Maredsous offre, selon lui, une image plus proche, originale et accessible de l’Église. Mais il rappelle également que de nombreux jeunes participent encore aux grands rassemblements religieux ou demandent aujourd’hui le baptême et la confirmation.

« Notre jeunesse est en attente d’un message fort et recherche du sens pour sa vie. Elle attend aussi une réponse de l’Église. Ce festival n’est pas la seule réponse possible, mais il montre que nous essayons d’être au rendez-vous. »

La solidarité, c’est « faire corps »

Radio Solidarité a profité de cette rencontre pour interroger directement Mgr Fabien Lejeusne sur la place de la solidarité dans l’Église catholique.

Sa réponse rejoint pleinement les combats portés quotidiennement par notre média.

« Être solidaire, c’est faire corps. C’est marcher ensemble. C’est celui qui marche vite qui attend celui qui marche plus lentement. C’est aussi mettre nos forces en commun. »

Pour l’évêque de Namur, la solidarité se trouve au cœur de la vie chrétienne. Elle implique de se préoccuper des jeunes, mais également des personnes les plus démunies et de toutes celles qui subissent la précarité.

« Cette période amène malheureusement beaucoup de précarité. Nous devons nous demander comment être au cœur de la vie des femmes et des hommes de notre temps, quelle que soit leur situation. Nous devons évidemment être particulièrement attentifs aux plus pauvres. »

Radio Solidarité lui a enfin demandé quel message il souhaitait transmettre aux personnes précarisées et aux associations confrontées à une crise sociale et humanitaire, en Belgique comme ailleurs dans le monde.

« Ne perdez pas confiance. Ne perdez pas l’espérance. Combien de familles vivent aujourd’hui des situations critiques ? Nous sommes à vos côtés. Vous ne marchez pas seuls. N’hésitez pas à accueillir la main tendue et, quelquefois, à la demander. Nous essaierons d’être au rendez-vous avec vous. »

Une première édition qui ne passe pas inaperçue

Le Maredsous Sound Festival crée une rencontre inattendue entre deux univers : celui d’une abbaye bénédictine chargée d’histoire et celui de la musique électronique contemporaine.

Certains y verront une formidable ouverture et une manière originale de s’adresser à une nouvelle génération. D’autres resteront certainement déconcertés par l’arrivée de la techno dans un lieu traditionnellement consacré au silence et à la prière.

Mais une chose est certaine : cette première édition ne passe pas inaperçue.

Au pied de l’abbaye, les basses ont résonné, les lumières ont illuminé les bâtiments et des milliers de personnes ont dansé ensemble. Padre Guilherme a transformé la scène en un espace de fête, mais aussi de réflexion, de rencontre et d’espérance.

Radio Solidarité était sur place, avec ses micros, pour recueillir les paroles des organisateurs, des responsables religieux et des participants, et pour vous faire découvrir de l’intérieur cet événement particulièrement atypique.

Depuis l’Abbaye de Maredsous, Laurent Frémal pour Radio Solidarité.