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Édito

Rentrée des classes : derrière les sourires, le défi des familles pauvres

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Radio Solidarité

Pour beaucoup d’enfants, la rentrée des classes sent les cahiers neufs, les retrouvailles et les nouvelles aventures. Mais pour de nombreuses familles, elle est surtout synonyme d’angoisse, de calculs et de sacrifices.

Il faut acheter le cartable, les fournitures, les chaussures, les vêtements, payer les activités, les repas et parfois même un ordinateur. La liste s’allonge alors que le portefeuille, lui, est déjà vide.

Dans certaines maisons, on compte chaque euro. On reporte une facture, on réduit les courses ou l’on renonce à un soin pour que les enfants puissent arriver à l’école avec le matériel demandé. Des parents se privent en silence afin d’éviter que leur enfant se sente différent des autres.

Car la pauvreté ne reste pas devant la grille de l’école.

Elle entre dans les classes avec l’enfant qui n’a pas le bon classeur, celui qui conserve son ancien cartable abîmé ou celui dont la boîte à tartines est presque vide. Elle se cache derrière le sourire d’une maman qui affirme que tout va bien, alors qu’elle ignore comment elle terminera le mois.

La rentrée est aussi devenue une vitrine. Il faudrait avoir le plus beau cartable, les vêtements à la mode et toutes les fournitures parfaitement assorties. Cette pression pèse sur les enfants et frappe encore plus durement ceux qui vivent dans la précarité.

Un enfant ne devrait jamais avoir honte parce que ses parents sont pauvres.

Un parent ne devrait jamais devoir choisir entre remplir le frigo et acheter du matériel scolaire. L’accès à l’éducation ne peut pas être réellement gratuit si les familles doivent encore supporter autant de dépenses pour permettre à leurs enfants d’étudier dignement.

Bien sûr, des associations, des collectifs et de simples citoyens organisent des collectes de fournitures. Cette solidarité est indispensable et mérite d’être saluée. Mais elle ne peut pas remplacer une véritable politique de lutte contre la pauvreté.

Distribuer quelques cahiers ne suffira jamais à réparer une société qui laisse des familles survivre avec des revenus insuffisants.

La précarité scolaire n’est pas la conséquence de parents irresponsables. Elle est le résultat du coût de la vie, de loyers devenus impayables, de revenus trop faibles et de choix politiques qui abandonnent une partie de la population.

En cette rentrée, regardons au-delà des photos souriantes publiées sur les réseaux sociaux. Derrière certaines portes se cachent la peur, la gêne et les larmes. Mais aussi des parents courageux qui accomplissent chaque jour l’impossible pour protéger leurs enfants.

La réussite scolaire ne devrait jamais dépendre du compte bancaire des parents.

Chaque enfant doit pouvoir franchir la porte de son école la tête haute, avec les mêmes chances, le même respect et la même dignité.

À Radio Solidarité, nous refusons que la pauvreté devienne une faute dont les familles devraient avoir honte. La honte doit changer de camp. Elle appartient à une société assez riche pour ne laisser aucun enfant de côté, mais qui accepte encore que certains commencent l’année scolaire avec un cartable rempli d’inégalités.

Laurent Frémal
Radio Solidarité — La voix qui unit les paroles libres