EN DIRECT Radio Solidarité La voix qui unit les paroles libres

Quand la jeunesse crie, pourquoi refuse-t-on de l’écouter ?

Cette semaine aura encore été bien chargée.

Elle s’est terminée pour nous avec la clôture du FIFF de Namur. Pendant plusieurs jours, nous avons regardé des films, découvert des histoires, rencontré des regards différents sur notre société. Nous avons essayé de vous les raconter avec nos mots, nos émotions et nos coups de cœur.

Je vous invite d’ailleurs à découvrir ou redécouvrir les différents articles que nous avons consacrés au FIFF et à ces films qui, chacun à leur manière, interrogent le monde dans lequel nous vivons.

Mais pendant que les lumières s’éteignaient dans les salles de cinéma, dehors, une autre jeunesse faisait entendre sa voix.

Une jeunesse qui demande simplement qu’on l’écoute

En France, des lycéens se mobilisent.

En Belgique aussi, notamment à Liège, des étudiants font entendre leur colère et leurs inquiétudes.

Et quand on prend le temps d’écouter ce qu’ils disent, plutôt que de ne regarder que les images de blocages ou d’affrontements, une question revient :

Quel avenir sommes-nous en train de préparer à notre jeunesse ?

Parce que les jeunes parlent de leur école, de leurs conditions d’apprentissage, du manque de moyens, du coût de la vie et de leur avenir.

Et pendant ce temps, j’ai parfois l’impression que nos dirigeants regardent ailleurs.

Le voile, les téléphones… et pendant ce temps, l’école manque de moyens

En France comme en Belgique, certaines préoccupations politiques autour de l’enseignement me semblent parfois complètement déconnectées de la réalité quotidienne des écoles.

On se bat contre le voile.

On se bat contre les téléphones portables.

On réglemente, on interdit, on contrôle.

On va jusqu’à investir dans des systèmes et des pochettes destinés à empêcher l’utilisation des téléphones.

On peut évidemment débattre de la place du téléphone à l’école. On peut discuter des règles nécessaires dans une classe. On peut débattre de la neutralité.

Mais pendant que nous consacrons tant d’énergie à ces sujets, parlons-nous suffisamment de l’essentiel ?

Des moyens.

Des moyens pour les écoles.

Des moyens pour les professeurs.

Des classes où l’on peut réellement enseigner.

Des bâtiments dignes.

Du matériel.

De l’accompagnement pour les élèves en difficulté.

Du temps pour les enseignants.

Des professionnels pour accompagner les jeunes qui décrochent.

Voilà où j’aimerais voir investir massivement.

Parce que l’école ne devrait pas simplement apprendre à respecter des règles.

Elle devrait permettre à chaque enfant, quelle que soit la situation financière de ses parents, d’avoir accès au savoir.

Et une question dérangeante mérite alors d’être posée.

Sommes-nous doucement en train de construire un enseignement à deux vitesses ?

D’un côté, celles et ceux dont les familles auront les moyens de compenser les faiblesses du système : bonnes écoles, cours particuliers, ordinateur, voyages, activités culturelles, études supérieures et logement étudiant.

Et de l’autre, ceux qui devront se contenter de ce qu’un enseignement public appauvri pourra encore leur offrir.

Si nous acceptons cela, l’inégalité ne commencera plus à l’entrée du monde du travail.

Elle commencera sur les bancs de l’école.

Et le savoir redeviendra ce qu’il ne devrait jamais être : un privilège.

Car celui qui possède le savoir possède aussi une partie du pouvoir.

Priver une partie de la population d’un enseignement de qualité, c’est donc aussi lui enlever une partie de sa capacité à comprendre le monde, à le contester et à le transformer.

Voilà le débat que j’aimerais entendre.

La violence serait-elle condamnable uniquement lorsqu’elle se déroule ailleurs ?

Il y a ensuite quelque chose qui me dérange profondément.

Lorsque des manifestations sont violemment réprimées ailleurs dans le monde, l’Europe sait trouver les mots.

Lorsque cela se passe en Iran, au Bangladesh, au Liban ou dans d’autres pays, nous entendons parler de respect des libertés fondamentales, du droit de manifester, de réponses disproportionnées et de violences policières.

Et heureusement.

Nous devons condamner les atteintes aux libertés fondamentales partout où elles se produisent.

Mais alors soyons cohérents.

Les droits humains ne changent pas à la frontière de l’Union européenne.

Quand des images montrent chez nous un jeune plaqué au sol, frappé ou confronté à un usage potentiellement disproportionné de la force, nous devons être capables de nous poser les mêmes questions.

Cela ne signifie pas que toutes les interventions policières sont illégitimes.

Cela ne signifie pas non plus que tout manifestant est pacifique.

Un policier agressé reste une victime. Un manifestant qui casse ou frappe doit répondre de ses actes.

Mais l’État dispose d’une force et de moyens sans commune mesure avec ceux d’un étudiant ou d’un lycéen.

C’est précisément pour cela que l’usage de cette force doit être encadré, proportionné et contrôlé.

Nous ne pouvons pas défendre le droit de manifester à des milliers de kilomètres et considérer qu’une matraque devient automatiquement légitime lorsqu’elle est utilisée à quelques kilomètres de chez nous.

Une démocratie doit accepter de se regarder avec la même exigence qu’elle regarde les autres.

Une société ne se construit pas contre sa jeunesse

Et finalement, c’est peut-être cela qui m’inquiète le plus.

La jeunesse n’est pas un problème à gérer.

Elle est notre avenir.

Nous devrions être heureux de voir des jeunes s’intéresser à leur école, à leurs transports, à leurs droits, à la politique et à la société dans laquelle ils vont devoir vivre.

Nous pouvons ne pas être d’accord avec eux.

Nous pouvons débattre.

Nous pouvons leur dire qu’ils se trompent.

Mais nous devons commencer par les écouter.

Parce qu’une démocratie qui n’écoute plus sa jeunesse risque surtout de fabriquer une génération qui ne croit plus en elle.

Et cela me semble infiniment plus dangereux qu’un portail d’école bloqué pendant quelques heures.

Diviser pour mieux régner

Depuis des années, on nous répète qu’il faut économiser.

Économiser dans l’enseignement.

Économiser dans les services publics.

Économiser dans la culture.

Économiser dans le social.

Économiser dans les transports publics.

Et au bout de la chaîne, ce sont souvent les mêmes qui encaissent.

Les familles modestes.

Les travailleurs.

Les personnes sans emploi.

Les enseignants.

Les étudiants.

Les jeunes.

Et désormais une partie des classes moyennes qui découvre qu’elle peut basculer beaucoup plus rapidement qu’elle ne l’imaginait.

Nos gouvernements se droitisent. Les discours se durcissent. Des idées que nous aurions trouvées inacceptables hier entrent progressivement dans le débat ordinaire.

Et pendant ce temps, on nous divise.

Travailleurs contre chômeurs.

Jeunes contre vieux.

Public contre privé.

Belges contre étrangers.

Pauvres contre ceux qui sont juste un peu moins pauvres.

Pendant que nous nous disputons entre nous, nous oublions parfois de regarder ceux qui prennent réellement les décisions.

Alors faisons vivre la solidarité

Ce vendredi encore, des citoyens se mobilisent pour dire non aux politiques d’austérité, aux réformes qui fragilisent l’enseignement, à l’augmentation du coût de la vie et à des choix politiques qui demandent toujours davantage à celles et ceux qui ont déjà peu.

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons être ensemble.

Nous battre ensemble.

Nous tenir la main.

Et faire vivre ce mot que certains trouvent peut-être vieux jeu, mais qui est inscrit jusque dans le nom de notre radio :

SOLIDARITÉ.

Et cette solidarité, nous allons bientôt la faire vivre dans la rue.

Radio Solidarité sera aux côtés du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté le 15 octobre à Namur, pour les actions organisées autour de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté.

Et le 17 octobre à Eupen, d’autres voix se feront entendre.

Nous serons là.

Pour écouter.

Pour donner la parole.

Pour rappeler que derrière une réforme, derrière un budget, derrière une statistique de pauvreté, derrière un uniforme de policier et derrière un jeune qui manifeste, il y a d’abord des êtres humains.

Peut-être faudrait-il recommencer par là.

Écouter.

Écouter avant que celles et ceux qui ne sont plus entendus soient obligés de crier.

Et surtout ne jamais oublier une chose :

une société qui abandonne son école abandonne une partie de son avenir.

Et une société qui n’écoute plus sa jeunesse risque un jour de découvrir que sa jeunesse, elle non plus, ne l’écoute plus.


Radio Solidarité — La voix qui unit les paroles libres.

Ce qui fait société » : six films pour regarder notre société en face

Pour cette 41e édition, le FIFF de Namur proposait pour la première fois des parcours découverte, une autre manière de traverser le festival en suivant plusieurs films autour d’une même thématique.

À Radio Solidarité, notre choix s’est assez naturellement porté sur « Ce qui fait société ».

Parce que cette question nous ressemble. Parce qu’elle traverse aussi ce que nous essayons de faire chaque jour derrière nos micros : regarder celles et ceux qui nous entourent, écouter leurs histoires, leurs différences, leurs difficultés et essayer de comprendre ce qui nous permet encore de vivre ensemble.

Radio Solidarité a donc suivi pour vous les six films du parcours :

1. 15/18, de Cédric Kahn
2. Du fioul dans les artères, de Pierre Le Gall
3. Sanguine, de Marion Le Corroller
4. Si tu penses bien, de Géraldine Nakache
5. Un détour par Diane, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni
6. Un peu avant minuit, de Nicolas Pariser

Six fictions. Six histoires qui, au premier regard, semblent parfois très éloignées les unes des autres.

Et pourtant.

On y parle de jeunesse et de santé mentale, d’amour et de frontières, de travail et de pression, d’épuisement, d’emprise, de religion, de violences faites aux femmes, de viol, de consentement, de machisme, de culpabilité et de remise en question.

Finalement, on y parle de nous.

1. 15/18 — À quinze ans, on peut déjà porter une vie très lourde

Avec 15/18, Cédric Kahn nous plonge dans une aile psychiatrique pour adolescents.

Ils ont entre quinze et dix-huit ans.

Une jeune fille y est admise avec un passé déjà lourdement chargé. Autour d’elle, une quinzaine d’autres jeunes dont beaucoup portent eux aussi des histoires difficiles.

Et très vite, derrière l’institution psychiatrique, ce sont simplement des adolescents que nous découvrons.

Ça parle d’amour.

De déchirures.

De mal-être.

De projets.

De rendez-vous manqués, mais parfois réussis aussi.

Et ça parle également de consentement lorsqu’il n’a pas été donné.

Même si 15/18 est une fiction, le jeu des jeunes acteurs rend ces vies et ces blessures particulièrement crédibles.

Pourquoi cela fait société ?

Parce qu’à quinze ans, on peut déjà avoir beaucoup trop vécu.

Nous parlons énormément de la jeunesse. Nous lui demandons de construire son avenir, de respecter les règles, de devenir responsable.

Mais savons-nous encore reconnaître sa souffrance ?

Un adolescent qui va mal n’est pas simplement un adolescent « difficile ».

Derrière une colère, un silence, un refus, un comportement qui dérange, il peut y avoir une histoire que nous ignorons.

Et lorsqu’il est question de consentement, nous touchons également à quelque chose que toute société devrait transmettre très tôt : aimer ou désirer quelqu’un ne donnera jamais un droit sur son corps.

Faire société, c’est aussi prendre au sérieux la parole et la souffrance de ceux qui n’ont que quinze, seize ou dix-sept ans.

2. Du fioul dans les artères — L’amour ne connaît peut-être pas de frontières. La société, si.

Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall est une histoire d’amour.

Mais pas seulement.

C’est l’histoire d’un amour entre deux hommes qui doit trouver sa place au milieu du travail, de la pression, des réalités quotidiennes et des frontières qui viennent s’immiscer entre deux êtres.

On aime dire que l’amour n’a pas de frontières.

C’est une jolie phrase.

Dans la réalité, les frontières existent encore.

Elles peuvent être géographiques, administratives, professionnelles, familiales ou simplement se trouver dans le regard des autres.

Pourquoi cela fait société ?

Parce que la liberté d’aimer ne devrait pas dépendre de l’endroit où l’on est né, de son travail, de son milieu ou du regard posé sur son couple.

Lorsque certains doivent encore réfléchir à ce qu’ils peuvent montrer, dire ou simplement vivre alors que d’autres ne se posent jamais la question, nous ne sommes plus seulement devant une histoire d’amour.

Nous sommes devant une question de société.

Pourquoi certains amours doivent-ils encore être plus courageux que d’autres pour simplement pouvoir exister ?

3. Sanguine — Combien de temps peut-on tenir avant de craquer ?

Avec Sanguine de Marion Le Corroller, il serait facile de ne retenir que la violence.

Mais ce serait oublier tout ce qui arrive avant.

Le stress.

La pression.

La fatigue.

L’accumulation.

Les choses que l’on garde pour soi.

Les journées où l’on continue parce qu’il faut continuer.

Et puis cette limite que l’on repousse encore un peu.

Jusqu’au moment où le corps ou l’esprit dit stop.

Jusqu’au burn-out.

Et parfois jusqu’à la violence.

Pourquoi cela fait société ?

Parce que notre société valorise énormément ceux qui tiennent.

Il faut travailler.

Être performant.

Être disponible.

Encaisser.

Continuer.

Ne surtout pas montrer que quelque chose ne va plus.

Mais combien de fois demandons-nous réellement à quelqu’un : « Est-ce que tu tiens encore ? »

Comprendre ce qui peut conduire une personne à l’effondrement n’est pas excuser la violence.

C’est essayer de regarder ce qui s’est passé avant.

Et une société qui attend qu’une personne s’effondre avant de reconnaître sa souffrance intervient peut-être déjà trop tard.

4. Si tu penses bien — Quand l’amour devient emprise

Avec Si tu penses bien, Géraldine Nakache nous plonge dans une violence qui ne se voit pas forcément.

Pas de coups nécessaires pour enfermer quelqu’un.

Il y a Jacques. Et il y a Gil, son épouse.

Peu à peu, Jacques manipule, impose, contrôle. Il installe une domination qui enferme psychologiquement Gil et finit par modifier sa perception des choses, des autres et d’elle-même.

C’est probablement ce qui rend le film aussi dérangeant : l’emprise ne s’installe pas nécessairement brutalement.

Elle avance par petites touches.

Elle isole. Elle fragilise. Elle fait douter.

Et lorsque la personne parvient enfin à partir, tout n’est pas terminé pour autant.

Le film montre avec beaucoup de justesse cette période particulièrement fragile qui suit une séparation. Jacques connaît Gil, ses failles et ses sentiments. Il sait comment revenir, comment la faire douter et comment tenter de reprendre cette place qu’elle essayait justement de lui retirer.

On pourrait regarder certaines de ses décisions et se demander : « Mais pourquoi retourne-t-elle vers lui ? »

C’est précisément là que Si tu penses bien devient particulièrement intéressant.

Parce qu’il nous oblige à changer la question.

Pourquoi cela fait société ?

L’emprise conjugale ne concerne pas seulement deux personnes enfermées dans leur couple.

Elle interroge aussi notre capacité collective à reconnaître une violence lorsqu’elle n’est pas visible.

Pourquoi reste-t-elle ?

Pourquoi revient-elle ?

Pourquoi ne part-elle pas définitivement ?

Ces questions peuvent sembler évidentes lorsqu’on regarde la situation de l’extérieur. Elles le sont beaucoup moins lorsque quelqu’un a été progressivement isolé, fragilisé et amené à douter de lui-même.

Le film montre également que quitter une relation sous emprise ne suffit pas toujours à en être libéré.

Il faut se reconstruire.

Retrouver confiance en soi.

Réapprendre à décider.

Et parfois être accompagné.

C’est aussi là que la société a une responsabilité : les proches, mais également la police, les travailleurs sociaux, les psychologues et toutes les institutions susceptibles de rencontrer une victime doivent être capables de comprendre ces mécanismes plutôt que de juger ses réactions.

C’est d’ailleurs l’une des forces du film : son regard sur l’emprise est suffisamment précis pour dépasser le cinéma. Il pourrait presque devenir un outil permettant d’en discuter, de la comprendre et de mieux la repérer.

Parce qu’avant de demander à une victime :

« Pourquoi es-tu retournée vers lui ? »

nous devrions peut-être commencer par nous demander :

« Qu’est-ce qui lui a permis de garder autant de pouvoir sur elle ? »

Faire société, c’est aussi cela : comprendre avant de juger et aider une personne à retrouver sa liberté lorsqu’une autre a réussi, petit à petit, à la lui enlever.

5. Un détour par Diane — « Pourquoi tu ne t’es pas défendue ? »

Un détour par Diane, d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, nous confronte au viol, mais aussi à ce qui arrive après.

Et notamment au regard des proches.

Face au récit d’une victime, les questions peuvent surgir :

Pourquoi tu ne t’es pas défendue ?

Pourquoi tu n’as pas crié ?

Pourquoi tu n’es pas partie ?

Pourquoi tu n’as rien dit ?

Pour celui qui pose ces questions, elles peuvent sembler logiques.

Pour la personne qui a subi la violence, elles peuvent devenir une nouvelle épreuve.

Parce qu’elles déplacent insidieusement la question.

On ne demande plus seulement pourquoi quelqu’un a commis un viol.

On demande à la victime pourquoi elle n’a pas réussi à l’empêcher.

Pourquoi cela fait société ?

Parce que la manière dont nous accueillons la parole d’une victime dit énormément de nous.

La peur, la sidération, le traumatisme ne répondent pas à une procédure écrite à l’avance.

On peut imaginer ce que l’on aurait fait.

On peut affirmer que l’on aurait crié, frappé, fui.

Mais personne ne sait réellement comment il réagira lorsqu’il sera confronté à une violence.

Et pourtant, la victime peut finir par porter elle-même la honte et la culpabilité.

C’est peut-être là que nous avons collectivement quelque chose à changer.

La première question ne devrait jamais être :

« Pourquoi ne t’es-tu pas défendue ? »

Mais :

« Pourquoi quelqu’un t’a-t-il fait ça ? »

6. Un peu avant minuit — Peut-on juger aujourd’hui l’homme que l’on était hier ?

Un peu avant minuit de Nicolas Pariser est beaucoup plus calme.

Presque un road movie.

Léo donne cours à l’université. Il a une fille très engagée dans le féminisme.

Son père italien vient de mourir. Un père qu’il n’a pratiquement pas connu puisqu’il a grandi avec sa mère.

Cette disparition et les discussions avec sa fille vont pourtant l’obliger à regarder quelque chose d’autre : son propre passé et son comportement envers les femmes.

Il raconte notamment la relation de ses parents.

Son père aurait beaucoup aimé sa mère.

Pour elle, cette relation semble avoir représenté quelque chose de beaucoup plus passager, dont son meilleur souvenir reste finalement leur fils.

Et les réflexions de la fille de Léo commencent à faire leur chemin.

Pourquoi cela fait société ?

Parce qu’une question particulièrement dérangeante apparaît :

ce qui était considéré comme normal hier devient-il automatiquement excusable aujourd’hui ?

Le machisme a longtemps été profondément inscrit dans les normes sociales.

Certaines attitudes étaient acceptées, banalisées, parfois même reproduites par des femmes qui avaient grandi dans le même système.

Le constater permet de comprendre une époque.

Mais est-ce suffisant pour tout excuser ?

Et lorsque notre regard évolue, que faisons-nous de notre propre passé ?

Dire :

« C’était comme ça à l’époque » ?

Ou accepter de regarder ce que nous avons fait avec ce que nous savons aujourd’hui ?

Et s’il apparaît que nous avons blessé quelqu’un, une dernière question arrive :

peut-on réparer ?

Faire société, c’est peut-être aussi cela : accepter que les normes évoluent et être capable de se remettre soi-même en question.

Un peu avant minuit de Nicolas Pariser est beaucoup plus calme.

Presque un road movie.

Léo donne cours à l’université. Il a une fille très engagée dans le féminisme.

Son père italien vient de mourir. Un père qu’il n’a pratiquement pas connu puisqu’il a grandi avec sa mère.

Cette disparition et les discussions avec sa fille vont pourtant l’obliger à regarder quelque chose d’autre : son propre passé et son comportement envers les femmes.

Il raconte notamment la relation de ses parents.

Son père aurait beaucoup aimé sa mère.

Pour elle, cette relation semble avoir représenté quelque chose de beaucoup plus passager, dont son meilleur souvenir reste finalement leur fils.

Et les réflexions de la fille de Léo commencent à faire leur chemin.

Pourquoi cela fait société ?

Parce qu’une question particulièrement dérangeante apparaît :

ce qui était considéré comme normal hier devient-il automatiquement excusable aujourd’hui ?

Le machisme a longtemps été profondément inscrit dans les normes sociales.

Certaines attitudes étaient acceptées, banalisées, parfois même reproduites par des femmes qui avaient grandi dans le même système.

Le constater permet de comprendre une époque.

Mais est-ce suffisant pour tout excuser ?

Et lorsque notre regard évolue, que faisons-nous de notre propre passé ?

Dire :

« C’était comme ça à l’époque » ?

Ou accepter de regarder ce que nous avons fait avec ce que nous savons aujourd’hui ?

Et s’il apparaît que nous avons blessé quelqu’un, une dernière question arrive :

peut-on réparer ?

Faire société, c’est peut-être aussi cela : accepter que les normes évoluent et être capable de se remettre soi-même en question.

Six films et finalement une question : qu’est-ce qui fait société ?

Au départ, nous avions six films.

À l’arrivée, nous avons surtout beaucoup de questions.

Et c’est probablement la réussite de ce parcours imaginé par le FIFF.

Parce que « Ce qui fait société » n’est pas une réponse.

C’est une interrogation permanente.

Que faisons-nous de la souffrance d’un adolescent ?

Pourquoi certains doivent-ils encore se battre pour vivre leur amour ?

Combien de pression pouvons-nous imposer à quelqu’un avant qu’il ne s’effondre ?

Savons-nous reconnaître une emprise lorsqu’elle ne laisse pas de bleu sur le corps ?

Pourquoi demandons-nous encore parfois à une victime pourquoi elle ne s’est pas défendue ?

Et sommes-nous capables de regarder nos propres comportements lorsque la société évolue et nous oblige à les reconsidérer ?

Voilà ce que ces six films ont finalement en commun.

Ils parlent de l’individu, mais nous ramènent constamment au collectif.

Parce qu’aucune de ces histoires ne se déroule dans le vide.

Autour de chaque personnage, il y a une famille, des collègues, des institutions, des proches, des normes, des lois, des traditions, des regards.

Il y a une société.

Et cette société, ce n’est pas quelque chose d’abstrait.

C’est nous.

Ce sont nos réactions.

Nos silences.

Nos jugements.

Nos solidarités.

Notre capacité à écouter quelqu’un dont nous ne comprenons pas immédiatement le comportement.

Notre capacité à accepter qu’un autre aime différemment.

À entendre la souffrance avant qu’elle explose.

À croire une parole sans immédiatement chercher ce que la victime aurait pu faire autrement.

À reconnaître aussi que certaines choses que nous trouvions normales hier ne le sont peut-être plus aujourd’hui.

Le FIFF présentait ce parcours comme une manière, par le cinéma, de regarder le monde, de le questionner et parfois de le bousculer.

Après ces six films, nous ajouterions peut-être simplement ceci :

faire société, ce n’est pas être tous pareils.

C’est réussir à faire une place à nos différences, à nos fragilités, à nos histoires et parfois à nos blessures.

C’est regarder l’autre avant de le juger.

C’est accepter de nous remettre en question.

Et surtout, c’est ne jamais oublier qu’une société se mesure aussi à la place qu’elle laisse à celles et ceux qui ont le plus de mal à y trouver la leur.

Six films nous auront permis d’y réfléchir.

Les lumières se rallument.

Le festival se termine.

La question, elle, reste.

Radio Solidarité — La voix qui unit les paroles libres.

Gaufre de Bruxelles, chocolat et fruits façon Le Tout Nouveau Testament

Dans Le Tout Nouveau Testament, réalisé par le Belge Jaco Van Dormael, Dieu existe. Et il habite… à Bruxelles.

Sorti en 2015, le film transforme la capitale belge en terrain de jeu pour une fable complètement décalée où Ea, la fille de Dieu, décide de quitter l’appartement familial et de partir à la rencontre des humains.

Pour notre Calendrier Gourmand cinéma, nous n’avons donc pas cherché très loin : direction Bruxelles et ses gaufres.

La gaufre de Bruxelles se reconnaît à sa forme rectangulaire, ses grandes alvéoles et sa texture légère. Nous allons la servir avec du chocolat fondu et des fruits frais.

Ce n’est pas une recette directement préparée dans le film : c’est notre clin d’œil gourmand à Bruxelles et à l’univers du film.

Et puisqu’il est question d’un nouveau testament, nous avons au moins un commandement à proposer : tu ne laisseras pas refroidir ta gaufre trop longtemps. 😄

FIFF 2026 : le palmarès tombe, Congo Boy reste dans nos cœurs

Le FIFF 2026 approche de sa fin. Après plusieurs jours passés dans les salles, des rencontres, des discussions, des découvertes et quelques belles claques de cinéma, les jurys ont rendu leurs verdicts.

Ce samedi à Namur, le Festival International du Film Francophone a dévoilé une grande partie de son palmarès.

Et cette année encore, derrière les Bayards et les récompenses, ce sont surtout des histoires, des regards et des sujets de société qui ressortent.

15/18, Bayard d’Or et choix des jeunes.

Le Bayard d’Or du meilleur film revient à 15/18 de Cédric Kahn.

Le film réalise même un joli doublé puisqu’il avait également été choisi par le Jury Junior, composé de sept jeunes de deuxième secondaire venus de différentes écoles de Belgique.

Ce double choix n’est pas anodin. Un même film qui parvient à toucher à la fois un jury professionnel et un jury composé de jeunes spectateurs, c’est aussi la preuve que le cinéma peut parler à plusieurs générations sans forcément leur parler de la même manière.

Du Fioul dans les artères, doublement récompensé

Autre film particulièrement remarqué : Du Fioul dans les artères de Pierre Le Gall.

Il reçoit le Bayard de la meilleure première œuvre, décerné par le Jury de la Culture afin de mettre en lumière une nouvelle génération de cinéastes.

Mais le film repart également avec le Bayard de la meilleure interprétation, attribué à Alexis Manenti et Julian Swiezewski.

Deux récompenses pour un film qui nous avait déjà marqués lors de sa projection au FIFF.

Scénario, photographie et Bayard spécial

Le cinéma, ce sont évidemment des acteurs et des réalisateurs, mais aussi une écriture, une lumière, un cadre, une manière de raconter.

Le Bayard du meilleur scénario est attribué à Ann Sirot et Raphaël Balboni pour Un Détour par Diane, qu’ils réalisent également.

Le Bayard de la meilleure photographie revient à Nicolas Canniccioni pour son travail sur Marie Madeleine de Gessia Généus.

Enfin, Le Corset de Louis Clichy reçoit le Bayard spécial.

Cinq longs métrages se retrouvent ainsi au cœur de ce premier grand palmarès : 15/18, Du Fioul dans les artères, Un Détour par Diane, Marie Madeleine et Le Corset.

Une nouvelle génération aussi du côté des courts

Du côté des courts métrages, le FIFF avait fait cette année le choix intéressant de travailler avec des étudiants et étudiantes de l’Université de Namur.

Le Bayard du meilleur court métrage revient à Men in towels de Kiyan Agadjani.

Prochain arrêt : Fontenay de Charlyne Genoud reçoit le Prix du jury Coup de cœur international, tandis que Le Grand Virage de Gaël Blanchard obtient le Coup de cœur belge.

Enfin, Bert Ostyn et Héloise Vanderhaegen reçoivent le Prix de la meilleure interprétation belge pour Chacun sa nuit traverse d’Ellie Delvaux.

Lors de la conférence de presse, le jury a expliqué avoir été touché par « la rencontre de deux solitudes » et par ce duo père-fille montré avec beaucoup de délicatesse.

Et Radio Solidarité a aussi son coup de cœur

Un festival, ce sont des jurys. Des délibérations. Des prix.

Mais le cinéma ne se résume heureusement pas à ceux qui repartent avec un trophée.

Pendant ce FIFF, nous avons vu beaucoup de films. Certains nous ont fait rire, d’autres réfléchir. Certains nous ont bousculés.

Et puis il y a celui qui nous reste.

Pour Radio Solidarité, ce film, c’est Congo Boy de Rafiki Fariala.

Pas parce qu’un jury nous dit de l’aimer. Simplement parce que nous avons été touchés.

Par ce jeune garçon, par son parcours, par cette volonté de continuer malgré les obstacles. Par cette histoire qui parle d’exil, d’intégration, de rêves, mais surtout de la difficulté de trouver sa place lorsque la vie vous oblige à recommencer ailleurs.

Congo Boy rappelle aussi quelque chose que nous oublions facilement depuis l’Europe : les réfugiés ne sont pas uniquement ceux qui arrivent chez nous.

On fuit et on recommence sa vie partout dans le monde.

Et partout, il faut apprendre de nouveaux codes, affronter le regard des autres, trouver sa place et essayer de ne pas abandonner ses rêves en chemin.

Parce qu’un palmarès ne raconte jamais tout

Voilà peut-être ce que nous retiendrons de ce FIFF.

Il y aura les Bayards. Les photos. Les applaudissements. Les noms inscrits au palmarès.

Et puis il y aura tous ces films qui continueront à vivre sans récompense.

Parce qu’un festival sert aussi à cela : permettre à une histoire que nous ne connaissions pas deux heures auparavant de venir bousculer quelque chose en nous.

Les jurys ont fait leurs choix.
Radio Solidarité aussi.

Et notre coup de cœur s’appelle Congo Boy.

Congo Boy : tomber, se relever, et continuer à rêver

Il y a des films que l’on regarde. Et puis il y a ceux que l’on ressent.

Congo Boy, de Rafiki Fariala, fait partie de ceux-là.

Je suis sorti de la projection avec cette sensation assez rare d’avoir vu quelque chose de profondément humain. Pas un film qui cherche à nous donner une leçon, pas un film qui nous demande d’avoir pitié. Simplement l’histoire d’un jeune qui prend des coups, qui tombe, qui doute, mais qui continue.

Et peut-être que le film peut se résumer par ces quelques mots :

« Un jour, ça ira. Il faut se battre. »

Robert, dix-sept ans et déjà tellement de choses sur les épaules

Robert est un jeune réfugié congolais qui vit à Bangui, en République centrafricaine.

Ses parents sont emprisonnés. Il doit s’occuper de ses petits frères et sœurs, trouver de quoi vivre, poursuivre ses études, affronter les difficultés liées à son statut de réfugié et essayer, malgré tout cela, de conserver une place pour son rêve : la musique.

Sur le papier, l’histoire pourrait être terriblement sombre.

Elle l’est parfois.

Mais Congo Boy refuse de réduire Robert à ses malheurs. Il y a la famille, les amis, des moments drôles, de la tendresse, de la colère et surtout énormément de musique.

Parce que Robert n’est pas seulement un réfugié.

C’est un jeune de dix-sept ans qui veut vivre.

Bradley Fiomona, une révélation

Et puis il y a Bradley Fiomona Dembeasset.

Quelle découverte.

Il y a quelque chose chez ce jeune acteur qui dépasse le simple jeu. Une présence, une énergie, une manière de passer de la colère à la fragilité, du rire à la peur, parfois en quelques secondes.

Il ne donne jamais l’impression de vouloir nous émouvoir. Et c’est probablement pour cela qu’il nous touche autant.

Lorsqu’il chante, lorsqu’il s’occupe de ses frères et sœurs, lorsqu’il affronte son père ou lorsqu’il essaie simplement de tenir debout, on oublie presque qu’il joue.

Rafiki Fariala l’explique d’ailleurs très bien : au fil du tournage, Bradley s’est approprié l’histoire au point que le réalisateur dit aujourd’hui voir Bradley lorsqu’il regarde Robert, et non plus simplement sa propre histoire.

Car il faut savoir une chose essentielle : Congo Boy est largement inspiré de la vie de Rafiki Fariala lui-même.

Cela donne encore une autre dimension au film.

Être réfugié ne veut pas forcément dire arriver en Europe

C’est probablement l’une des choses qui m’a le plus marqué.

Chez nous, lorsque nous entendons le mot « réfugié », notre imaginaire nous emmène presque automatiquement vers l’Europe, la Méditerranée, les frontières européennes ou les centres d’accueil.

Congo Boy déplace notre regard.

Robert est Congolais.

Mais il est réfugié… en République centrafricaine.

Et là aussi, il faut des papiers. Là aussi, il faut prouver qui l’on est. Là aussi, on peut être regardé comme celui qui vient d’ailleurs. Là aussi existent la méfiance, les préjugés et les difficultés d’intégration.

Rafiki Fariala l’a vécu personnellement.

Il le dit avec des mots particulièrement durs : « Je n’ai pas choisi d’être réfugié. »

Personne ne choisit de voir son pays sombrer dans la guerre. Personne ne rêve de quitter sa maison pour devenir « l’étranger » quelque part.

Et surtout, les déplacements de populations ne commencent pas aux frontières de l’Europe.

Des hommes, des femmes et des enfants trouvent refuge dans les pays voisins du leur, parfois pendant dix, vingt ou vingt-cinq ans.

Congo Boy nous rappelle quelque chose de finalement très simple : l’exil est une réalité mondiale.

Et les difficultés pour trouver sa place le sont aussi.

« Mais je suis artiste ! »

Il y a aussi cette confrontation entre ce que les adultes imaginent être une vie réussie et ce qu’un jeune rêve de devenir.

Le père de Robert veut qu’il étudie.

Il veut qu’il devienne médecin.

Robert, lui, répond simplement :

« Mais je suis artiste ! »

Cette phrase pourrait être celle de milliers de jeunes.

Parce qu’au milieu de tout ce qu’il doit affronter, Robert veut encore avoir le droit de choisir sa vie.

Et c’est là que la musique devient bien plus qu’une bande originale.

Elle devient son refuge.

Rafiki Fariala, qui était chanteur avant de devenir réalisateur, l’explique avec des mots magnifiques : « Dans Congo Boy, comme dans ma vie, la musique me permet de respirer, de sourire. »

Respirer.

C’est exactement cela.

Quand tout semble se refermer autour de Robert, il reste quelque chose que personne ne peut lui enlever : sa voix.

Ne jamais abandonner

C’est probablement ce que je garderai de Congo Boy.

Pas une morale fabriquée.

Une sensation.

Continuer.

Continuer lorsque les portes se ferment.

Continuer lorsqu’on vous fait comprendre que vous n’êtes pas vraiment d’ici.

Continuer lorsqu’on vous demande d’abandonner vos rêves pour devenir quelqu’un d’autre.

Continuer même lorsqu’on ne sait absolument pas ce qui arrivera demain.

Rafiki Fariala a une phrase encore plus forte lorsqu’il parle de son propre parcours :

« Il ne faut pas lâcher. Si on lâche, on meurt. »

Cela pourrait être terriblement sombre.

Dans Congo Boy, cela devient presque une déclaration de vie.

Un film qui parle des réfugiés sans les enfermer dans ce mot

C’est aussi pour cela que ce film mérite d’être vu.

Robert n’est jamais uniquement « le réfugié ».

Il est Robert.

Un grand frère qui doit parfois devenir père beaucoup trop tôt.

Un fils qui aime ses parents mais qui veut choisir son chemin.

Un étudiant.

Un copain.

Un jeune homme qui tombe amoureux.

Un musicien.

Un rêveur.

Un gamin qui doit devenir adulte plus vite que prévu.

Et finalement, c’est peut-être cela que Congo Boy réussit le mieux : derrière les mots « migrant », « réfugié », « étranger », il remet un visage, une famille, des rêves et une vie.

Il remet un être humain.

Et surtout, il reste l’espoir

Je ne veux volontairement pas raconter la suite.

Il faut découvrir Robert, sa famille, Bangui et sa musique dans une salle de cinéma.

Mais je peux dire une chose.

J’ai vraiment aimé ce film.

Pour son énergie. Pour sa sincérité. Pour son humour au milieu de situations parfois terribles. Pour cette famille qui tient comme elle peut. Pour cette musique qui revient lorsque tout devient trop lourd.

Et pour Bradley Fiomona Dembeasset, jeune prodige qui porte une grande partie du film sur ses épaules avec une présence incroyable.

Congo Boy parle de guerre, d’exil, de pauvreté, de papiers, d’intégration et de discriminations.

Mais curieusement, ce n’est pas cela que j’emporte avec moi.

J’emporte un jeune homme qui continue d’avancer.

Et cette petite phrase :

« Un jour, ça ira. Il faut se battre. »

Parfois, le cinéma nous raconte une histoire.

Et parfois, il nous rappelle simplement pourquoi il ne faut jamais abandonner.

Cannes 2026 — Meilleur acteur · Biarritz 2026 — Prix d’interprétation + Prix du public · Angoulême 2026 — Valois de la Musique · Coup de cœur AFCAE.
C’est particulièrement fort parce que les récompenses couvrent à la fois l’interprétation, le public et la musique.

Ratatouille provençale façon Ratatouille

Avec Ratatouille, sorti en 2007, la cuisine devient véritablement le personnage principal. Rémy, un petit rat passionné de gastronomie, rêve de devenir cuisinier à Paris et refuse l’idée que la grande cuisine serait réservée à quelques privilégiés.

Pour notre Calendrier Gourmand du cinéma, difficile de passer à côté de ce film et du plat qui lui donne son nom.

Nous avons choisi une ratatouille provençale accessible à tous, préparée avec des légumes, de l’huile d’olive et des herbes. Pas besoin d’une brigade de grand restaurant : une planche, un couteau, une bonne casserole et un peu de temps suffisent.

Et finalement, c’est peut-être ce que nous aimons le plus dans l’esprit du film : la cuisine ne vaut pas seulement par celui qui la prépare, mais par ce qu’elle parvient à transmettre.

Depuis quand avons-nous accepté l’inacceptable ?

Je ne sais pas vous, mais moi, il y a des moments où j’arrête de faire défiler les nouvelles sur mon téléphone. Je reste devant une image et je me demande comment on peut encore passer à la suivante.

Et puis je le fais quand même. Le travail reprend, le téléphone sonne, il faut préparer la journée. C’est justement ça qui me fait peur : la place que l’horreur finit par prendre dans notre quotidien.

Depuis quand avons-nous accepté l’inacceptable ?

À Gaza, on voit des familles chercher un endroit où dormir, de quoi manger, de quoi soigner leurs enfants. On apprend que des proches ont été tués. Une commission d’enquête indépendante de l’ONU a conclu qu’Israël y a commis un génocide. Je sais que ce mot dérange. Ce qui me dérange davantage, c’est qu’on puisse entendre tout cela et reprendre tranquillement la conversation comme si de rien n’était.

Et ici, chez nous ? Plus de 1,9 million de personnes étaient exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en Belgique en 2025. On connaît la formule. On l’a tellement entendue qu’on risque d’oublier ce qu’elle raconte : ouvrir son compte avant d’entrer dans un magasin, choisir quelle facture attendra, dire à un enfant « pas cette fois » alors qu’il ne demande presque rien. On devrait trouver cela insupportable. On finit parfois par appeler ça « la situation ».

Quand une personne raconte un contrôle humiliant ou des violences policières, combien de temps lui laisse-t-on avant de chercher une raison de ne pas la croire ? Quand une personne subit le racisme, pourquoi faut-il encore qu’elle prouve qu’elle n’a pas mal compris, qu’elle n’exagère pas, qu’elle n’est pas « trop sensible » ?

L’extrême droite profite de cette fatigue. Elle répète que certains seraient responsables de tous les problèmes. Elle désigne des gens, encore et encore, jusqu’à ce que les mots paraissent familiers. Et quand les mots deviennent familiers, les idées trouvent plus facilement leur place. Le fascisme ne commence pas le jour où tout le monde se dit fasciste. Il avance aussi quand on laisse passer ce qui aurait dû nous faire réagir.

Je ne vais pas vous dire qu’il suffit d’un édito pour changer le monde. Ce serait trop facile. Moi aussi, il m’arrive de me sentir impuissant. Mais je crois qu’on peut au moins refuser ce glissement. Écouter quelqu’un sans chercher tout de suite à le contredire. Ne pas laisser passer une parole raciste à table ou au travail. Soutenir une association, une mobilisation, une personne qui ose témoigner. Continuer à parler de Gaza quand les caméras regardent ailleurs. Continuer à parler de pauvreté après la journée consacrée à la pauvreté.

C’est aussi pour cela que nous faisons Radio Solidarité. Pour laisser une place à des voix qu’on entend trop peu, et pour ne pas nous habituer à ce qu’elles racontent.

Alors je vous pose la question, et je me la pose aussi : depuis quand avons-nous accepté l’inacceptable ?

On peut encore décider de ne plus le laisser passer.

Laurent Frémal — Radio Solidarité

Boulets-frites à la belge façon Dikkenek

Pour notre Calendrier Gourmand cinéma, il fallait forcément un passage par la Belgique. Et difficile de trouver plus belge dans l’esprit que Dikkenek, la comédie d’Olivier Van Hoofstadt sortie en 2006.

Bruxelles, les grandes gueules, les expressions bien de chez nous, les personnages improbables et cette manière très particulière de mélanger l’absurde et le quotidien : Dikkenek est devenu au fil des années un film culte.

Pour passer du grand écran à l’assiette, nous avons choisi un autre monument populaire : les boulets-frites.

Pas question ici de prétendre reproduire un plat précis du film. C’est notre clin d’œil gourmand à son univers belge : des boulets généreux, une sauce brune légèrement sucrée et, évidemment, des frites.

Parce qu’un calendrier cinéma belge sans frites… là, franchement, il y aurait eu un problème.

Camembert : rire de nos différences sans oublier ce qu’elles racontent

Il y a des films qui nous font rire et que l’on oublie assez vite.

Et puis il y a ceux qui nous font rire tout en glissant, presque discrètement, quelques questions dans nos poches.

Camembert, de Nicolas Slomka et Matthieu Rumani, fait partie de ceux-là.

Une comédie, une vraie. Avec des situations qui fonctionnent, des personnages que l’on reconnaît parfois un peu trop bien et ces petits moments de gêne où l’on rit justement parce qu’on sait que cela pourrait nous arriver.

Mais derrière l’humour, il y a autre chose.

Il y a le regard des autres.

Et surtout cette difficulté que nous pouvons tous avoir, un jour, à simplement assumer qui nous sommes.

Quand nos différences sociales arrivent à table

Nous ne venons pas tous du même endroit.

Nous n’avons pas fréquenté les mêmes écoles, lu les mêmes livres, vu les mêmes films. Nous n’avons pas appris les mêmes codes et nous n’utilisons pas toujours les mêmes mots.

Sur le papier, rien de bien grave.

Dans la réalité, ces différences peuvent peser lourd.

Camembert joue très bien avec cela. Avec légèreté, sans transformer ses personnages en caricatures sociales et sans nous faire la leçon.

On rigole.

Mais derrière certaines situations, on reconnaît cette petite violence que beaucoup connaissent : avoir l’impression de ne pas être à sa place.

Ne pas connaître la bonne réponse.

Ne pas comprendre une référence.

Se demander ce que les autres vont penser.

Et parfois commencer à avoir honte de quelque chose dont nous ne devrions jamais avoir honte : notre parcours.

La culture ne devrait pas être une frontière

C’est probablement ce qui nous a le plus touchés à Radio Solidarité.

La culture devrait rapprocher.

Elle devrait permettre de découvrir, de comprendre, de rencontrer.

Mais elle peut aussi devenir une manière de classer les gens.

Celui qui sait.

Celui qui ne sait pas.

Celui qui possède les codes.

Et celui qui essaye de suivre sans montrer qu’il ne les possède pas.

On connaît tous ces moments.

À l’école, au travail, dans une soirée, autour d’une table…

Un mot suffit parfois pour faire comprendre à quelqu’un qu’il n’appartient pas tout à fait au même monde.

Et ça, derrière les éclats de rire de Camembert, le film le raconte plutôt bien.

Un petit air de

Le Prénom

et du

Dîner de cons

En regardant Camembert, nous avons forcément pensé à Le Prénom.

Cette table autour de laquelle on s’installe tranquillement avant que les caractères, les différences et les non-dits commencent à sortir.

Et il y a aussi quelque chose qui nous rappelle Le Dîner de cons.

Pas dans l’histoire, mais dans cette façon de jouer avec celui que l’on croit supérieur, celui que l’on pense inférieur, celui dont on rit… jusqu’au moment où l’on se demande finalement de qui il faudrait rire.

Parce que l’intelligence ne se mesure pas uniquement au nombre de bonnes réponses données à un jeu.

Heureusement.

Des films qui ne nous laissent pas simplement spectateurs

C’est aussi ce que nous aimons retrouver au FIFF.

Des films engagés, parfois frontalement, parfois beaucoup plus discrètement.

Des films qui questionnent.

Qui dérangent quelquefois.

Qui remettent certaines choses à leur place.

Et qui peuvent aussi le faire en nous faisant rire.

Camembert ne cherche pas à nous donner une grande leçon sur les classes sociales.

Et c’est probablement mieux ainsi.

Il raconte simplement des êtres humains avec leurs différences, leurs complexes, leurs maladresses, leur affection et leurs contradictions.

On rit beaucoup.

Mais au milieu des rires reste une chose assez simple :

personne ne devrait avoir à avoir honte de l’endroit d’où il vient pour avoir le droit de s’asseoir à la table.

Et parfois, une comédie qui arrive à nous faire ressentir cela a déjà dit beaucoup.

Pot-au-feu traditionnel façon La Grande Bouffe

Avec La Grande Bouffe, réalisé par Marco Ferreri en 1973, impossible de séparer le cinéma de la nourriture. Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi s’y retrouvent autour d’une accumulation volontairement démesurée de plats.

Le film pousse la consommation jusqu’à l’absurde et utilise la nourriture comme une satire de la bourgeoisie et de la société de consommation. Autant dire qu’il ne s’agit pas vraiment d’un modèle de repas équilibré !

Pour notre Calendrier Gourmand, nous avons choisi de prendre exactement le contre-pied de cet excès avec l’un des plats les plus simples et collectifs de la cuisine française : le pot-au-feu.

Quelques morceaux de viande, beaucoup de légumes, un bouillon qui mijote tranquillement et une grande marmite posée au milieu de la table.

Dans La Grande Bouffe, on mange jusqu’à ne plus pouvoir manger. Chez Radio Solidarité, on préfère une autre idée : cuisiner suffisamment pour que chacun puisse s’asseoir autour de la table.

Le pot-au-feu raconte presque l’inverse de La Grande Bouffe.

Dans le film, l’abondance devient démesure. Dans une cuisine populaire, une grande marmite peut au contraire représenter le partage et l’économie.

Choisissez les morceaux de bœuf à mijoter en fonction des promotions du moment, augmentez la quantité de légumes et surtout gardez le bouillon et les restes.

Parce qu’une cuisine solidaire, c’est aussi celle qui sait transformer un repas en deux ou trois autres.

ENSEMBLE, ON EST PLUS FORTS.
Quand on attaque nos droits, nos salaires, nos études et notre avenir, on ne baisse pas la tête. On se lève.